‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 43 sur 181 · Procès-verbaur, I, p · texte numérisé non relu

Procès-verbaur, I, p

l'académie de peinture et sculpture. 187

On aimerait à savoir quels sentiments éprouvait l'Académie à Tégard de cette royauté qui avait présidé à sa naissance. Nous n'avons trouvé sur ce point dans les procès-verbaux qu'un témoignage négatif, mais singulier. Le 22 septembre, la Compagnie fut convoquée pour délibérer sur la proposition de députer auprès du roi, comme faisaient les autres corps et communautés de Paris. Elle ne put prendre de décision, faute d'un nombre suiffîsant de membres. Séances vides en octobre et le 2 novembre ; le 11 novembre seulement, on résolut de rétablir l'en^ geignement à l'Académie. Girard y revint le 19, vingt jours après la rentrée du roi dans sa capitale. Voilà une date historique et qui marque vraiment le retour de l'ordre.

Le calme se rétablit aussi pour un moment entre les maîtres et les académistes; il se fit là comme dans la politique une amnistie. Les deux corps, vers janvier (1653), se réunirent encore une fois, mais pour constater, dès l'abord, leur gêne financière : les loyers n'étaient pas payés. Un ancien juré de la corporation, Claude Vignon, sauva l'Académie, il prêta 250 livres, qu'on s'obligea à lui restituer « préalablement à toutes choses » ^ L'année 1653 s'écoula péniblement. Mais, dès 1651, les conflits renaissaient chaque jour.

Les maîtres s'abstenaient souvent de venir aux

i. Procès- verbal de la séance du 8 mars 1653. Il porte trente-sept signatures, vingt d'académistes, dix-sept de maîtres.

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188 l'art et la condition des artistes.

séances. En octobre 1654, Buyster déclarait « rejeter la qualité d'académicien », pour conserver celle « d'ancien bachelier » *. La rupture se produisit en 1655; elle se fit par une sorte de coup d'État préparé de longue main et secrètement contre les maîtres ^. Cette fois on s'adressa au surintendant des bâtiments royaux, M. de Ratabon. Errard, Le Brun, Testelin s'abouchèrent avec lui, préparèrent en commun des articles nouveaux, les communiquèrent « secrètement » aux académistes, s'assurèrent l'appui du chancelier, allèrent trouver le secrétaire d'État, La Vrillière, et même le cardinal Mazarin. Seul, le premier président. Mole, fit quelques difficultés : « il objectait qu'il y avait une transaction avec les maîtres, laquelle on devait observer de bonne foi » ^.

Pour amuser ceux-ci, on faisait courir le bruit que le roi accordait aux deux corps de nouvelles grâces. Tout bien préparé, on fît une « convocation générale des deux compagnies, pour s'assembler en la salle commune, laquelle on décora extraordinairement par une tapisserie de haute lice : on couvrit la table d'un grand tapis de velours cramoisy, lequel on accompagna de trois fauteuils. Cette magnifique décoration surprit et estonna tous les maistres, dont la plupart se tenaient par respect dans la salle de

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