Loyseau, Des Ordres, chap. xii
164 l'art et la condition des artistes.
lettres de maîtrise devinrent presque immédiatement un moyen de battre monnaie ou de faire des largesses*. Ainsi Henri 111, en 1580, accorda à sa sœur le droit de créer deux maîtres de chaque métier à toutes ses entrées solennelles dans certaines villes du royaume . Et comme personne sans doute n'avait voulu profiter du privilège concédé à la reine de Navarre, le roi de France, en 1585, força les corporations elles-mêmes à acheter les lettres, quitte à les revendre. La taxe qu'elles durent- payer de ce chef varia de 20 à 8 écus ', Henri IV abusa plus que personne des lettres de maîtrise : une dans chaque métier pour son avènement, deux pour son mariage, quatre pour la naissance du dauphin, deux pour celle du second fils, deux encore pour celle du troisième '. Le Parle* ment avait en vain réclamé; des lettres de jussion triomphèrent de sa résistance *. Mais il y en avait un tel stock sur la place que le roi dut, en 1608, sup^ primer toutes celles qu'on avait émises avant 1589 et qu'on offrait en vain à bas prix, ce qui n'empêcha pas Louis XIII d'en mettre de nouvelles en circulation à son avènement ^, Ne nous étonnons pas que les maîtres aient pro-
4. Le Catalogue des actes de François /•' est rempli de créations de maîtres de métier dans les villes du royaume.