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C'est une histoire encore obscure que celle de l'art français à la fin du xvi" siècle et au commencement du xvlI^ Cela tient non seulement à ce que les historiens ne s'y sont guère portés, mais aussi et plus encore à l'incertitude même de l'époque, où les œuvres sont difficiles à saisir et leur caractère presque impossible à déterminer. En somme, elle forme une terminaison plutôt même qu'une transition.
Tout d'abord, il faut observer que la grande génération de la Renaissance a disparu en moins de vingt ans. Philibert Delorme meurt en 1570, Jean Cousin vers 1589, Germain Pilon en 1590; ils sont accompagnés par les écrivains : Ronsard en 1585, Montaigne en 1592, Desportes, un peu plus tard, en 1606. Ainsi vraiment ce siècle se clôt et il enferme
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avec lui toute une pensée, ou plutôt il la laisse inachevée. Ce n'est pas seulement dans la littérature qu'il y a des Franciades interrompues : le Louvre, les Tuileries, Saint-Eustache et tant d'autres monuments montrent que le temps n'avait pas suffi à la tâche entreprise : le temps ni les forces.
Il est facile de trouver les causes de ce fait; on les a tout d'abord et avec raison cherchées dans les événements politiques; et en effet les guerres de religion et surtout l'explosion de la Ligue étaient moins que favorables au développement de l'art. Entre 1576 et le retour du roi à Paris en 1594, tout s'arrêta, l'activité architecturale en particulier fut comme suspendue. Mais il y a aussi des causes intellectuelles à ce déclin. La Renaissance, depuis 1550 environ, s'était attachée étroitement à l'antiquité, y avait puisé comme à la seule source vitale. Le terrain étroit où elle s'enfermait devait se stériliser assez vite. L'effort d'un Philibert Delorme comme d'un Ronsard, pour ressaisir directement l'inspiration grecque ou romaine, était original par sa puissance, même par son exagération. Il ne pouvait que se répéter, non se reproduire; la théorie était trop absolue pour fournir au second degré autre chose que l'imitation factice.
Il est à remarquer d'ailleurs que cette sorte d'épuisement se produisit partout, après que le mouvement de la Renaissance eut accompli son évolution, en Italie, dans les Flandres, aussi bien qu'en France.
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Cependant Henri IV rétablissait son gouvernement à Paris en 1394 et les circonstances historiques se modifiaient par là; le roi fit entrer presque immédiatement les arts dans ses grands projets de restauration du royaume, et les trop courtes années de son règne, entre 1593 et 1610, furent marquées par une série de travaux considérables et de desseins plus remarquables encore. Mais il ne pouvait transformer les circonstances intellectuelles en quelques années. La génération d'hommes qu'il a eus à son service pour la peinture, la sculpture ou l'architecture, est restée effacée, entre ses devanciers et ses successeurs; aucun des noms qui la composent n'est arrivé à la pleine renommée.
A ne citer que les principaux, ce sont : pour la peinture, après Toussaint Dubreuil [j 1602), Ambroise Dubois (-]- 1614), Martin Fréminet (7 1619) ; pour la sculpture, Pierre P'' Biard {']- 1609), du Tremblay (7 16:29), Barthélémy Prieur {j 1611), Francheville (7 vers 1615) ; pour l'architecture , après Du Pérac (7 1601), Jacques Androuet 11 du Cerceau (7 1614).
Par une coïncidence curieuse, presque tous ces hommes avaient l'càge de Henri IV et disparurent, ou peu s'en faut, avec lui.
Il ne leur fut guère donné que d'être des continuateurs en tout. En architecture particulièrement, l'époque s'efforça d'achever les construclions entamées. Si les architectes ont ainsi, pour la plupart, la mauvaise fortune que leurs œuvres ne soient que
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des fragments d'un tout qui appartient à d'autres, les peintres n'ont pas été beaucoup plus favorisés : leurs tableaux ou leurs fresques ont presque entièrement disparu. Quant aux sculpteurs, c'est par tronçons mutilés, presque par bribes qu'on les retrouve. Mais, en dehors de ces malechances, il faut bien reconnaître que ces artistes n'étaient pas de force à s'imposer à la postérité : ils appliquaient, non sans talent, une doctrine qu'ils n'avaient pas faite, ils suivaient des leçons, ils n'en donnaient pas. Ils ne manquaient pas de mérite; ce qui leur manquait, c'était de signifier quelque chose, de représenter une idée. S'il reste peu de leurs œuvres, nous devons le regretter pour eux peut-être plus que pour nous. Elles n'ajouteraient rien, en définitive, au fonds sur lequel nous vivons.
11 faut cependant les étudier, moins pour les faire connaître — c'est une œuvre à reprendre ailleurs — que pour en dégager le sens, la direction, la portée, et voir ce qu'elles léguaient au temps qui allait venir. Ambroise Dubois et Martin Fréminet, membres ou chefs d'une nombreuse dynastie de peintres, au milieu de laquelle il est encore assez difficile de se retrouver, ont surtout travaillé à Fontainebleau. Il en était de même de Toussaint Dubreuil, mais, des peintures qu'il avait exécutées dans ce château royal ou au Louvre, il ne reste plus rien.
A Fontainebleau, Ambroise Dubois avait décoré la galerie dite de la Reine, il y avait représenté des scènes tirées du roman des Amours de Théaeène et
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Chariclée. Quant à Fréminet, son œuvre principale se trouvait dans la Chapelle de la Trinité. C'est évidemment là que ces artistes doivent être jugés et appréciés, et on ne verra pas ce qui reste d'eux sans leur rendre quelque justice. Mais si l'on veut simplement caractériser leur style et surtout leurs tendances, il suffit de les examiner au musée du Louvre. Dubois y est représenté par deux toiles (n°* 271 et :272); la première vient de Fontainebleau, c'est Chariclée subissant l'épreuve du feu; la seconde emprunte au Tasse l'épisode du Baptême de Clorinde. Quant à Fréminet, il y figure avec un Mercure ordonnant à Enée d' abandonner Didon (n° 304). Deux de ces sujets ont été puisés dans l'antiquité romanesque, dans les amours héroïques, et ils ne s'éloignent guère du motif d'inspiration demandé au Tasse. C'est une veine qui s'est ouverte dans la seconde période de la Renaissance, et qui va s'épandre largement dans l'art aussi bien que dans la littérature, depuis l'Amadis jusqu'à l'Astrée et plus tard le Cyrus et la délie. Il n'est pas moins intéressant d'observer comment les sujets sont traités; ils l'ont été dans le goût antique, comme on disait, mais dans le goût antique interprété par l'école italienne de Rosso et de Primatice.
Les artistes français italianisés hésitèrent pendant longtemps, tout le démontre, entre l'apparence désordonnée de force, le faux michelangesque du premier et la fade élégance, la mièvrerie, la facilité conventionnelle du second. C'est vers celui-ci sur-
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tout qu'ils allèrent. Les peintures dont nous parlons ne sont donc pas une exception, ni une nouveauté; elles dérivent directement de cette École de Fontainebleau, dont les nombreuses productions, pour la plupart anonymes, ont pendant longtemps défrayé le goût public et fait Téducation de nos artistes. On n'a qu'à les rapprocher des n"* i013 {Diane) et 1014 (Continence de Scipion) pour s'en convaincre, et trouver immédiatement la raison d'être des Dubois et des Fréminet. Mais cet espace étroit des salles du Louvre permet d'autres comparaisons plus instructives. Tout à côté de la travée consacrée à la Renaissance française, figurent deux tableaux des Écoles flamande et allemande : le premier, du peintre Zuslris (f 1600), représente une Vénus (2640), le second, du peintre Roltenhammer i-j- 1623), une Mort d'Adonis (2732). Même style, même ordre de sujets, même façon de comprendre l'antiquité, d'exprimer le beau. On pourrait sans inconvénient transporter les œuvres d'une école dans une autre, elles ne feraient pas disparate; ici, il n'y a plus d'Allemands, de Français, de Flamands, plus même d'Italiens, rien qu'une école, celle de la Renaissance cosmopoUte, imposant à tous la même manière de voir, la même doctrine, le même dogme, d'autant plus absolu qu'il est plus conventionnel. Ainsi se constitua, pour un moment, au milieu de différences historiques extraordinaires, une sorte d'unité artistique, composée d'ailleurs d'éléments singulièrement amalgamés. Si le tempérament de chaque peuple