‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 34 sur 112 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

FONDATION DE l'aCADÉMIE DE PEINTURE ET SCULPTURE

La fondation de l'Académie de peinture et sculpture marque une date dans l'histoire de l'art; pour en bien saisir les conséquences, il faut commencer par en pénétrer exactement les causes déterminantes. Or cette création s'explique, pour la plus grande partie, par la transformation qui s'opérait dans l'esprit des artistes. Sous l'influence de l'antiquité et de la Renaissance, l'art avait constitué sa théorie et même sa philosophie, il se considérait comme appelé à exprimer un idéal; cette conception donnait à ceux qui l'exerçaient une haute idée de leur valeur. Ils étaient ainsi amenés à se séparer de la maîtrise, moins parce qu'elle les gênait que parce qu'elle les diminuait. Héritiers des Phidias, des Apelle, dont les noms depuis deux siècles ressuscitaient glorieux , ils se jugeaient compromis par le contact avec un corps « avili » par la pratique du métier et la médiocrité de ses membres.

174 l"arï et la condition des artistes.

Sur ce dernier point au moins, il y a des réserves à faire. Qu'on dise que la corporation comprenait beaucoup d'hommes obscurs, de simples commerçants, que la grande majorité des hommes remarquables au temps de Louis XIII se trouve en dehors d'elle, nul ne le contestera, mais on doit reconnaître aussi qu'elle n'était pas sans compter des gens de talent.

Vitet a déjà essayé d'en dresser la liste : il a cité Jacques Blanchard, Lubin Baugin, Pierre Patel, Claude Vignon , Le Blanc, Quesnel, Lallemand, Poorson. On peut ajouter Simon Guillain, Michel Bourdin, Louis Beaubrun \ Nicolas Legendre, Laurent Magnier, Philippe Buyster, Houzeau ^ Jean de Saint-lgny, Mathieu Le Nain et sans doute aussi ses deux frères. Guillain, Le Nain, Magnier, Buyster méritent une place à part dans la peinture et la sculpture, les deux premiers surtout; les autres eurent un talent fort estimable "et valent beaucoup de ceux qui contribuèrent à former l'Académie. Et avant tout, on doit, à la même époque, citer Le Sueur lui-même. On essaie, il est vrai, d'enlever à ce fait toute signification, comme si l'on y voyait une tache sur la mémoire de l'artiste. Mais, en reconnaissant qu'il contribua plus que personne à la fondation de l'Acanémie, on ne fera pas qu'il n'ait appartenu à la maîtrise jusqu'en 1048 : il lui appartenait encore, lors-

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