Relation, p
'2. Akt. 6. Voir ci-dessus, p. 100.
logés dans les faubourgs. Indépendants des jurés parisiens, ils ne pouvaient non plus avoir de clientèle à Paris, et jusqu'au xv" siècle, il n'y avait sur la rive gauche, en dehors des murs, qu'une population très clairsemée. Mais à partir de cette époque, tout changea en fait, pendant que se conservait l'ancien droit. Le quartier Saint-Germain devint un quartier habité et riche. Dés lors, les artisans de Saint-Germain des Prés eurent là une clientèle nombreuse et vraiment parisienne. Il y avait donc, pour les artistes, un intérêt très grand à obtenir du bailli de Saint-Germain des Prés le titre de maîtres.
Aussi peut-on faire mention d'assez nombreux peintres ou sculpteurs qui usèrent du privilège. Quelques-uns, bien peu à vrai dire, ont laissé un nom dans l'histoire de l'art, mais il faut observer que la plus grande partie des registres où s'inscrivaient les réceptions dans la maîtrise ont disparu. On rencontre cependant le dessinateur Jean de Saint-Igny et le peintre Lubin Baugin '. Un seul nom d'ailleurs suffirait à démontrer que la corporation de Saint-Gcrmain-des-Prés ne se composait pas seulement de vulgaires praticiens : celui d'Antoine Le Nain. 11 avait déjà, lorsqu'il se présenta, une certaine réputation, car on se contenta de son consentement à faire une « légère expérience », au lieu du chef-d'œuvre ordinaire '. Il est vrai qu'il pro-
i. Reçus le G mai 1628 et le 23 mai 1629. Voir les acles dans Noiiv. Arch. de l'Art français, 1816, p. 101. 2. Voici l'acte, que je donne à titre de spécimen, d'après
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duisait une de ces fameuses lettres de maîtrise, auxquelles le plus souvent on tenait à joindre par précaution la maîtrise régulière.
On voit assez combien la situation était complexe et combien de conditions particulières s'étaient créées, combien d'intérêts entraient en ligne de compte, combien de lois ou de règlements en conflit.
Si nous examinons les choses au moment où la lutte va s'engager entre les maîtres et les artistes restés en dehors de la maîtrise, c'est-à-dire vers 1643, deux observations doivent, semble-t-il, être faites. En premier lieu, et à prendre la question objectivement, les maîtres avaient pour eux le droit, non seulement au sens strict du mot, mais aussi
les Nouv. Afch. de l'Art français (187C, p. 218) : « Du seizième du dict moys de mars 1629. Sur la requeste faite par Antoine Le Nain, compagnon peintre, à ce qu'il soit reçeu maître au dict art et mestier, en vertu des lettres de don par luy obtenues du Roy en faveur du mariage et entrée de la Royne, veu lesquelles lettres... et oy sur icelles Roch Voisin et Salomon du Maurier, Jurés, Gilles Le Maistre, Jean Dumel, Maguelon Mirail, Nicollas le Blanc, Jean Clément et plusieurs aultres maistres, qui n'ont sceu dire causes pour ce empescher; avons, du consentement du procureur fiscal, reçeu le dit Le Nain et icelluy recepvons maistre peintre audict Saint Germain des Prez, pour y jouir et user de la dite maistrise plainement et paisiblement audict lieu comme font les autres maislres, à la charge de garder les estatuz et ordonnances dudict mestier, obéyr à la Justice et soulTrir la Visitation des Jurés, et ordonnons que, de son consentement, fera une légère expérience sans paier, et à ceste fin a fait le serment en tel cas requis et accoustumé. Au bas : Je soussigné, Antoine Le Nain, confesse avoir retiré l'original de la dicte lettre en faveur de laquelle j'ay esté receu, dont je quitte et descharge M. le Greffier. Fait le 19 mars 1629. Le Nain. »
dans ce qu'on pourrait appeler son acception générale et historique. Que le régime des corporations présentât de graves inconvénients, surtout en fait d'art, peu importe, il existait en vertu de déclarations formelles de la royauté; elle venait tout récemment de proclamer qu'elle voyait en lui le principe du travail industriel. Les maîtres remplissaient certaines obligations pour obtenir leur titre, étaient soumis à certaines règles pour exercer leur profession. Comment s'étonner qu'ils aient protesté contre des privilèges, qui allaient non seulement contre leurs intérêts, mais aussi contre les règlements édictés par la royauté elle-même? Le système de la liberté écarté, rien ne justifiait ni les lettres de maîtrise, ni les brevets de retenue permettant de travailler pour le public aussi bien que pour le roi.
D'un autre côté, on peut se demander si, en fait, les gardes jurés avaient entravé la production des peintres et sculpteurs non adjoints à la maîtrise. Une réponse négative ne saurait se faire, car il s'en faut de beaucoup qu'on ait dépouillé les registres du Chàtelet, où se trouverait la trace de poursuites exercées. Il est certain pourtant qu'il y a eu dans la première moitié du xvii^ siècle une activité artistique remarquable. Eh bieni où voit-on que Vouet, Philippe de Champaigne, Bourdon, Sarrazin et tant d'autres aient été l'objet de « persécutions »? Ils appartenaient à la classe des commensaux ou des brevetés de la Maison du roi, dira-t-on. C'est donc
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que le privilège élail respecté, lorsque le titulaire n'invoquait pas un titre de fantaisie; ou bien encore c'est que les maîtres savaient s'incliner devant le talent. Poussin, avant d'avoir la qualité de premier peintre du roi, ne cessait pas d'envoyer en France des tableaux, qu'achetaient ou commandaient les particuliers. Ils ont toujours passé en franchise. En réalité (on n'oserait l'affirmer, mais on le donne comme très vraisemblable), la corporation a surtout lutté contre la concurrence des métiers similaires ou contre l'intrusion des artisans médiocres ou contre la vente des tableaux ou sculptures par des marchands sans titre. Chose curieuse, la liste des mays de Notre-Dame montre que ces tableaux étaient commandés tantôt à des maîtres peintres, tantôt à des peintres indépendants, et cela par une communauté qui avait un intérêt évident à ce que les prérogatives des corps de métier ne reçussent aucune atteinte. Et l'on ne voit nullement que les maîtres peintres aient réclamé. Je crois que sur ces points il faut taire justice des allégations produites plus tard par l'Académie. Elles portent avec elles une singulière exagération.