ViTET, p. 3-8, et Appendice
Mais qu'a-t-elle donné à l'art proprement dit? Elle ne l'a fait ni plus grand ni plus haut, car Poussin, Le Sueur, peuvent, je suppose, se comparer au moins à Le Brun et à Mignard; et, de plus, au talent de ces deux peintres eux-mêmes l'Académie n'a rien ajouté. Le Brun a formé l'esprit de la compagnie, on ne voit guère ce qu'il a reçu d'elle.
Elle a, à vrai dire, créé deux choses également fâcheuses : l'unité et la pédagogie. Cela tient beaucoup à Le Brun, à Louis XIV, à Colbert. Ces trois esprits ne concevaient rien en dehors de leur idéal particulier, et comme ils dominèrent sans réserve l'Académie S ils se servirent d'elle pour faire disparaître à peu près tous les genres qui ne rentraient pas dans leur conception du Beau. Quant à la pédagogie, la compagnie, mise en possession du monopole de l'enseignement, la fixa tout naturellement dans le sens prétendu classique, auquel Le Brun affectait de se rattacher. Or, rien de plus factice, de plus faux, ajoutons le mot, de plus pauvre que cette pédagogie. Elle ne comprenait pas l'antiquité, qu'elle connaissait fort mal, dont elle ne pénétrait pas l'esprit; elle ne connaissait rien de la nature ni de la vérité psychologique; elle ramenait tout, la pensée, l'expression, l'exécution, à des formules -.
1. Malgré quelques lenlatives de résistance, mais facilement réprimées.
2. Je ne puis ici donner les preuves; elles abondent. On n'a qu'à lire sans parti pris les procès-verbaux des Conférences de l'Académie. On verra combien les Anciens, Raphaël, Poussin, y sont rapetisses. Voir aussi, pour le com-
198 l'art et la condition des artistes.
Alors disparurent la personnalité, l'individualisme *, tout se coula dans le même moule, et Ton se prend à regretter cet enseignement uu peu vagabond qu'avaient reçu les Poussin, les Lorrain, ou cet apprentissage par lequel avaient passé les Le Sueur, ou cette libre éducation dans laquelle l'artiste se formait au hasard, ou encore ce Tour de France, où il prenait le sens de son pays, de son temps et surtout celui de la vie.
mencement du xvui" siècle, le poème ridicule de Coypel sur la peinture. On trouvera ci-dessous, dans les chapitres iv et v de la quatrième partie, quelques extraits des Conférences.
1. Voir DE CnENXEviÈRES, Recherches sur... quelques peintres provinciaux, t. III. p. 15-18. — Marquis de Laborde, de l'Union des aris el de l'industrie. 1856. — Vitet, p. 146-Uirp.