‹ L'art français au temps de Richelieu et de MazarinChapitre 80 sur 112 · l^eftres, p · texte numérisé non relu

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3. Quelquefois même, elle domine chez lui la préoccupation morale (la Léda, quelques Bacchanales),

de laque fort claire. Ce dernier aveugle est conduit par un homme vêtu de jaune. La robe du Christ est d'un blanc jaunâtre et son manteau est de pourpre... ; l'un de ses disciples est couvert d'un manteau jaune; l'on voit seulement au droit d'une épaule la couleur de sa robe, qui est d'un gris de lin fort éteint.... » La comparaison avec l'aspect actuel du tableau est intéressante.

D'ailleurs, si le Louvre nous permet de juger la conception artistique de Poussin, il ne suffit pas pour le juger tout entier. Le peintre a produit énormément, on le sait, et il y a dans d'autres musées ou dans des galeries privées des tableaux, où le coloris a un charme et un éclat tout particuliers. Mais, tout compte fait, ce n'est à coup sûr pas là chez Poussin la qualité maîtresse, ni, remarquonsle, celle de son temps. A l'exception des Flamands et des Hollandais, la peinture de l'époque allait beaucoup plutôt vers les qualités du dessin et de la composition. Dans les artistes de la Renaissance, le peintre a peu pratiqué les Vénitiens, pour donner ses préférences aux Romains et aux Florentins. 11 ne rencontrait pas chez eux la préoccupation de la couleur; il la trouvait moins encore chez les anciens, qui lui servirent de guides constants, puisqu'il ne pouvait guère les connaître que par la statuaire.

Non pas qu'il ait négligé absolument cette partie de l'art, mais il la jugea plutôt secondaire ', et sur-

i. Voir la conférence de Teslelin {Conférences, p. 195), mais en notant que l'artiste y soutient une thèse.

tout il y apporta comme dans le reste plus de raisonnement que de tempérament. Là encore, les Conférences de l' Académie de peinture sont d'un grand prix. On y voit que Poussin s'attachait surtout à rendre les efïets de lumière générale et qu'il subtilisait volontiers sur ce point aussi bien que sur les autres. Puis,- comme il arrive toujours, ses commentateurs subtilisaient encore plus que lui. Le Brun regarde d'un œil vraiment particulier le tableau des Israélites recueillant la manne, lorsqu'il dit : « Le ciel est couvert de nuées fort épaisses en quelques endroits, et la lumière qui se '•épand sur les figures paraît une lumière du matin, qui n'est pas fort claire, parce que l'air est rempli de vapeurs, et même, d'un côté, il est plus obscur par la chute de la manne » *. Ailleurs il voit une « lumière si pâle et si foible qu'elle imprime de la tristesse ». Parfois du moins, on rencontre des observations qui paraissent répondre mieux à la façon dont un homme comme Poussin devait comprendre la couleur. Le Brun distingue « une lumière souveraine, qui est celle qui éclate davantage, une lumière glissante sur les objets, une lumière perdue et qui se confond par l'épaisseur de l'air ^ Le jaune et le bleu étant les couleurs qui participent le plus de la lumière et de l'air, M. Poussin a vêtu ses principales figures d'étoffes jaunes et bleues. » Bourdon n'insiste pas

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