Versailles (n" 102), 1res. joli, (n
'■i. GuiLLET DE Saint-Georges, I. p. 230, 233, donne sur ce point quatre pages de description.
LA PEINTIRE. 345
en œuvre toutes les ressources de l'allégorie pour célébrer les mérites du modèle. Au contraire, le portrait du chancelier Séguier figure tout simplement le personnage dans son cootume officiel, sans autre apparat que celui de la fonction même, et sans autre recherche que la ressemblance. C'est une œuvre intéressante à étudier comme spécimen '.
Il y a donc eu là, on le voit, toute une école de la réalité, mais de la réalité contemporaine, c'est-à-dire distinguée, élégante, (* noble ». comme les hommes et les femmes de la société.
Quand on arrive aux autres genres de peinture, deux noms semblent tout d'abord attirer l'attention : ceux de Valentin (1600-1634) et des Le Nain. Évidemment A'alentin se classe à part, il s'éloigne autant de Youet que de Poussin. En examinant des oHivres comme son Jaf/nnenf de Snlomon (Louvre, o7) (ju sa Chaste Suzanne (56), on est tenté de voir en lui un novateur; impression qui se modifie entièrement dès qu'on les rapproche de certains tableaux du Caravage. Yalentin est un artiste remarquable, mais son réalisme n'est que de seconde main, ce qui jure avec le mot lui-même, et il n'a rien de la réalité française du temps, car on ne retrouve chez nous à cette date ni les types, ni les sentiments qu'il a reproduits. Gela n'est pas étonnant d'ailleurs, si l'on songe que ce peintre s'établit à Rome dès l'âge de vingt-trois ans et y demeura jusqu'à sa mort.
i. Versailles (n" .3473).
Sera-ce donc dans les Le Nain qu'il faudra voir les véritables réalistes de l'époque? On l'a soutenu pendant longtemps et avec quelque raison : encore y a-t-il lieu à commenter les choses. Le malheur veut que la biographie de ces peintres demeure obscure et qu'on ait cherché trop vite à l'éclaircir, en prenant les renseignements de toutes mains et en les employant quelquefois sans beaucoup de critique. Nous nous bornerons ici aux points qui semblent incontestables. Il y a eu trois frères du nom de Le Nain, tous trois nés à Laon : Louis, Antoine et Mathieu. On ne sait rien de bien positif sur Louis, si ce n'est qu'il fit partie de l'Académie de peinture et de sculpture, dès le 1"' mars 1648, peu de jours par conséquent après sa fondation, et mourut le 23 mai de la même année '. Nous avons vu qu'Antoine fut reçu maître peintre à Saint-Germain des Prés en 1629. Il appartint, comme son frère, à l'Académie, dés le 1" mars 1648, et mourut deux jours après lui, le 23 mai. Quant à Mathieu, qui figura aussi parmi les académiciens, il vécut jusqu'en 1677. Les trois frères habitaient ensemble, rue du Vieux- Colombier. Un acte notarié du l*^"" décembre 1646 constate qu'ils se font donation de tous leurs biens, vu que « longtemps y a cju'ils demeurent et tra-
1. Les dates de mort sont exactement constatées par les billets de faire part, de même que la qualité d'académicien. D"après les mentions ajoutées par le concierge de l'Académie, Louis aurait eu cinquante-cinq ans et Antoine soixante, en 1648. Mais ces dernières mentions n'ont par elles-mêmes qu'une valeur insuffisante.
vaillent ensemble sans s'estre séparez ». Mathieu prit plus tard le titre de Chevalier, Seigneur de la Jumelle; il eut son domicile rue Honoré-Chevalier, sur la paroisse Saint-Sulpice. Il avait acquis une jolie fortune '. Ces constatations ont un assez grand intérêt. Il s'en faut de beaucoup, on le voit, qu'on ait affaire en ces artistes à des besogneux, menant une vie de bohème. C'étaient au contraire de bons bourgeois, à l'existence grasse et large, ayant une clientèle où figuraient des seigneurs titrés, et (l'un d'eux au moins) ne dédaignant pas les honneurs ^ Pour leurs œuvres, il reste bien des incertitudes, malgré les efforts faits pour les classer. On a essayé, sans grand succès, à ce qu'il me semble, de déterminer les attributions pour chacun des frères*. Une partie de leurs productions appartient à la classe dite des bambochades, à ce que nous appelons la peinture de genre. Certaines sont tout simplement et tout naïvement familières, avec une petite pointe de trivialité; il est probable qu'elles sont inspirées