‹ L'art gréco-bouddhique du GandhâraChapitre 1 sur 36 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LES OliKilM-S \)E I.KCOLE DU G.VNDHÂRA.

Alix statues et aux bas-reliefs, sculptés dans la pierre de schiste ou modelés dans le mortier do chaux, ajoutez de très nombreuses monnaies, de rares intailles et quelques objets d'or, d'argent et de cuivre''' : vous aurez épuisé tout ce qui nous reste des productions de l'école indo-grecque du Nord-Ouest de l'Inde. Des fresques qui, nous dit Hiuan-tsangf-', couvraient à profusion les vantaux des portes et des fenêtres et les murs des couvents bouddhiques, le climat de l'Inde a eu depuis longtemps raison, et nous ne conservons aucun espoir d'eu retrouvei- jamais au Gandhàra le moindre vestige. Les grottes de l'Afghanistan, à défaut des tumuli de Bactres, nous en rendront-elles un jour quelques fragments? Ou faudrat-il à tout jamais nous contenter, pour en prendre une idée du moins approximative, des plus anciens spécimens de |)eintures murales récemment découverts dans l'Asie centrale? C'est le secret de l'avenir. Pour I instant, il convient de rappeler une lois de plus que, dans nos collections de sculptures gandhàriennes, nous possé-

''' On trouvera encore cjuelijues spé- logirnl Sitrveij of India, Animal Itcimit

ciniens île poterie publiés par MM. J. H. ii)0'2-3, fig. ai et p. 180). Mabshali, et J. Pli. VoGEL à la suite de <^' Mém., 1, [i. 67; Records, I, p. 7A :

leurs Excavations at Chdisadda (Arcliii'o- Travcis, p. i/t-.

(;(\nnun. - 11. -jli

L'auteur, se trouvant actuellement en mission sur le terrain de ses recherches, se réserve de publier ultérieurement un appendice contenant, outre un index général des deux volumes et un répertoire des principales œuvres de la sculpture gandhàrienne, les corrections et additions reconnues nécessaires.

/iO"2 LKS ORIGINES DE L'ECOLE DU GANDH\RA.

dons seulement les débris mutilés d'un des deux grands tronçons (le l'art indo-grec •

Parenthèse sur la peinture. — On ne saurait douter, en effet, que le répertoire des peintres n'ait été au moins aussi étendu et aussi varié que celui des sculpteurs; et rien d'ailleurs ne prouve que plus d'un de nos artistes n'ait manié tour à tour, et avec la même aisance, le pinceau, le ciseau et l'ébauchoir. Assurément il se marque chez les vieux traités de discipline une tendance déjà toute puritaine — ou, si l'on préfère, toute musulmane — à prohiber les représentations d'hommes ou de femmes pour ne tolérer sur les murs des cellules monastiques que de simples motifs décoratifs : mais un passage du Lolus de Ja Bonne Lot prouverait clairement, s'il en était besoin, qu'artistes et donateurs n'avaient pas reculé devant la figuration du Maître lui-même C. Bien d'autres témoignages écrits nous entretiennent d'images de piété ou de scènes de légende : seulement c'est ailleurs qu'au Gandhara que nous devons en chercher la confirmation figurée. Pour rencontrer une de ces fr Roues de la transmigration n qui, selon le Dmjâvadâna, étaient reproduites sur la paroi du vestibule à Tontrée de tous les monastères, il nous faut descendre jusqu'au fragment qui en subsiste encore sous l'une des vérandas d'Ajantâ (-1 De même, nous avons dii attendre les fouilles heureuses de Sir Aurel Stein dans les parages désertiques du Lob-nor pour retrouver un redet du pathétique tableau représentant le Viçvantnra-jdiaka, que Song Yun a •mcore vu au Gandhara et qui, nous assure-t-il, arrachait des larmes même aux barbares '''. Mais c'est l'une des trouvailles faites ])ar MM. Griinwedel et von Le Coq sous les décombres des temples

''' Cullavngga, vi. 3, d; Lolus de la ''' M.-A. Stein, Riiiiis oJ désert Calhay,

/)'o«J!e Lo/, li;i(l. Biinoi F, p. .33, si. 85. 1, f\g. i/iG-i'^y. — SoNr, Yit\', Irad.

'- Cf. t. I, p. aGô , pour tes référentes Ed. Chavanxes. dans te liiilhilii ilo l'Ecole

(lire naUirellenienl h la ligne 19 Tdonze- française d'Exlrèmc-Orienl, lit, p. h-io ,

au lieu de rrliuil'î). ou Béai., Ihiddlilst Records ofthe llcs/eni

LES ORIGINES DE L'ÉCOLE Di: (lANDIÙRA. 'i03

du Turfan, qui nous apporte peut-être la vérification de toutes la plus inattendue. Hiuan-tsang nous raconte en passant qu'il y avait sur le côté Sud de l'escalier Est du atùpa de Kaniska, près de Pèsliawar, une image peinte du Buddha, naturellement haule de seize pieds*'', et qui présentait cette particularité de se scinder en deux au-dessus de la ceinture. Bien entendu, sur ce cas extraordinaii'e une légende s'était greffée. Un peintre, racontait-on, à qui deux pauvres donateurs avaient payé chacun une pièce d'or, n'avait exécuté qu'une seule figure sur leur double commande; et comme ses clients en demeuraient un peu interloqués, soudain le torse de l'image se dédoubla miraculeusement pour la justification de l'artiste et l'exultation des fidèles. On eût peut-être découvert sans trop de peine à ce phénomène arlislique une explication plus rationnelle : la plus simple paraît d'admettre qu'après la réfection des peintures qui décoraient la paroi gauche de cet escalier, la partie supérieure d'une ancienne image avait reparu par tran.sparence sous le nouveau badigeon. Mais peu importe : le point intéressant est que sur les bannières qui pendaient jadis aux voûtes des temples du Turkestan et qui se sont conservées jusqu'à nous sous une couche protectrice de terre, on a déjà retrouvé deux reproductions de l'image miraculeuse de Pêshawar avec son double corps enté sur une seule paire de pieds'-).

On ne risque donc pas d'exagérer — ce clioix d'exemples concordants le prouve — ni l'importance locale de la peinture gandhârienne, vu que son œuvre comportait, au même titre que celle de la sculpture, des décors, des scènes légendaires et des images; ni non plus son influence au-dehors, puisqu'elle a été imitée jusque dans ses bizarreries et, pourrait-on dire, ses verrues. On ne saurait non plus trop regretter sa totale destruction. Se serait-elle

World, I, p. cm. — Le \ içvanUiru-jd- contrées occukiilales , I, p. iio ou Biid-

lalca est également rej)résenlé dans la dliisl Records of llie Western World, I,

grotte XMl d'Ajantà. p. 102. Une des images du Turfan a

''' Cf. t. II, p. 3h\. été puliliéu [lar Von Le Coq, Cliotscho,

''' lIlUAN-TSANO, ]Iêmoires sur Ici pi. '10 a.

AO^i LES ORIC.INES DE L'ÉCOLE DU GANDHARA.

bornée à nous dmiiier, avec quelque chose de plus familier et de plus vivani, lo pendant en couleurs de nos pierres sculptées, que cet élément de comparaison nous eût été des plus précieux. Mais nous avons des raisons de croire qu'avec elle nous avons perdu mieux encore : au point de vue artistique, de ^éritables chefsd'œuvre, supérieurs aux meilleurs bas-reliefs; au point de vue historique, de non moins irremplaçables lumières sur les origines mêmes de l'école. Quand on constate le rôle considérable que la i)einture a joué dans l'adaptation de l'art antique aux besoins spéciaux du Christianisme, on ne peut s'empêcher de se demander si ce n'est pas également le pinceau libre et prompt des peintres hellénistiques qui a le premier ménagé la ti'ansition nécessaire entre le répertoire classique et l'imagerie particulière du Bouddhisme. Les sculpteurs, toujours plus routiniers et lents à s'émouvoir, n'auraient fait, dans cette hypothèse, que repuendre en matériaux plus durables les créations des peintres indo-grocs, si bien que nous ne connaîtrions guère que de seconde main l'objet direct de nos études. Imaginons, pour préciser les idées, une situation analogue à celle où nous nous trouverions si les peintures des Catacombes étaient perdues et que nous n'ayons conservé, comme premiers spécimens de l'art chrétien, que les sarcophages du m" siècle. Ces considérations peuvent expliquer tantôt nos tâtonnements et nos incertitudes, et tantôt, au contraire, l'assurance avec laquelle nous avons tout de suite établi le catalogue du répertoire et la formule quasi immuable de chaque sujet!') : elles doivent assurément peser d'un poids très lourd sur la suite de notre enquête historique. Nous atteindrons vraisemblablement , à l'aide des documents dont nous disposons, un état assez voisin des débuts de l'art gréco-bouddhique : mettons-nous bien dans l'esprit la possibilité — et même la vraisemblance — que la disparition de son œuvre peinte nous dérobe à jamais la période initiale de ses essais.

''' ce. iiolniiiiiiciil I. Il . |i. ;5'iB cl 370 et. iiii coniraiic, l. I, ji. (joi el 61 7.

LES ORIGINES DE L'ÉCOLE DU GANDHARA. 'lOÔ

Objet et plan de notre enquête historique. — Ceci bien eiileiidii, il va de soi que le plus zélé des archéologues ne peut utiliser pour ses recherches que ce que les fouilles ont rendu; et, par suite, notre tache se trouverait terminée si, dès la première ligne, nous n'avions promis d'étudier lécole du Gandhâra non seulement dans son œuvre, mais encore dans ses origines et dans son influence : c'est l'engagement qu'il se fait lcm[)s de Icnir. 11 peut sembler qu'un exposé en bonne et due forme aurait dès l'abord traité le premier de ces deux points. Mais la meilleure méthode n'est pas toujours de commencer par le commencement. En abordant un sujet encore mai débrouillé, il nous a paru plus sage de faire connaissance avec les monuments, dont bon nombre étaient encore inédits, avant de nous livrer à aucune considération historique sur leur compte. On ne nous en blâmera pas. Assurément notre travail demeurerait incomplet si nous ne tentions à présent de suivre, autant que faire se peut, l'évolution de l'école depuis ses premiers débuts jusqu'à son ultime décadence : car, pas plus qu'aucune autre manifestation de l'activité humaine, elle n'a échappé à cette fatale loi. Mais déjà l'on devine que les résultats raisonnes auxquels nous a conduits l'examen- de l'œuvre vont singulièrement faciliter notre enquête historique, ne serait-ce qu'en délimitant exactement son objet et en déterminant à l'avance son plan.

S'il est une conclusion qui soit revenue comme un refrain à la fin des trois premières parties de cet ouvrage, c'a été la constatation du caractère composite, mi-grec et mi-indien, de l'école du Gandhâra : ce sont aussi les raisons historiques de ce double aspect qu'il nous faudra d'abord rechercher ou, plus simplement, coordonner. Qu'on ne se méprenne pas en effet sur les intentions du présent chapitre. 11 ne s'agit nullement pour nous de découvrir s'il s'est produit en un temps et en un lieu, entre l'hellénisme et l'indianisme, un contact suffisamment intime et prolongé pour être fécond. Nous considérons que la preuve matérielle de ces relations

/lUG LHS olilGlM'S 1)K L'ÉCOLE DU tIANDIlÀin.

vient d'être ainplenieut fournie par les sculptures ijui en ont été le plus durable i'ruit. Ne posséderions-nous aucun autre témoignage, le lieu même de leur trouvaille serait-il incertain, qu'elles suffiraient à démontrer — point lumineux flottant dans le noir des siècles, ou point noir errant sur le blanc des cartes — la rencontre des deux grandes civilisations de notre antiquité indo-européenne. Mais le cas n'est heureusement pas aussi désespéré, bien loin de là! Nous savons en gros où la fusion s'est faite, nous savons même à peu près quand 0 : nous n'avons qu'à en préciser dans la mesure du possible la date et l'occasion. En d'autres termes, il reste seulement à élucider les conditions générales qui encadrent, situent et relient au mouvement général de la civilisation de l'Ancien monde le fait particulier, et en soi bien établi, de l'art indo-grec. Patiemment, pièce à pièce, à l'aide dune mosaïque de fragments détachés, nous avons tant bien que mal construit notre sujet : il ne s'agit plus que de lui donner un fond et une atmosphère. Ce faisant, nous nous garderons de dévider — érudit à peu de frais — toute 1 histoire de l'Asie antérieure aux siècles qui ont précédé et suivi le début de notre ère. Gomme tout à l'heure nous ne pensions rappeler de la mythologie du Bouddhisme ou de la biographie du Buddha que ce qui importait à l'interprétation des monuments, nous nous elTorcerons à présent de ne retenir, parmi les faits d'ordre religieux, politique ou économique, que les plus significatifs et ceux qui intéressent directement le développement de l'arL Aussi bien les manuels ne man(|uent plus désormais, auxquels renvoyer le lecteur'-). Dès que nous relevons nos yeux, jusqu'ici obstinément penchés sur les fouilles gandhâriennes, c'est pour nous apercevoir que notre petit enclos de spécialiste se trouve sur l'une des grandes voies de l'histoire.

'"' Cf. t. I, p. io-'ia. Oxford. 1908V — Mentionnons encore,

'"' Citons noianiineut le cleniiei' et le à la dernière heure, i'eseellent petit livre

plus commode de tous : Mncenl A. de E. J. Rapson. Aiicienl Imita (Cam-

Smith, F.arlij Ilislori/ of Indiii i-i' éd. liridjje, i()ii).

LE BOl DDIllSMK AU CANDHARA.

S 1. Le BoUDDHISiME AU GaîSDHÀRA.

A quel moment les circonsbiices histoiiques ont-elles rendu possible et même naturelle la naissance, dans la région IVonlière (lu Nord-Ouest de Tlnde, des hybrides créations de l'école indogrecque? La première préoccupation d'un Européen, devant une pareille question, c'est (on peut le gager sans crainte) de se demander comment Tinflneuce belléni(|ue a réussi à par\enir jusqu'aux bords de l'Indus. On nous permettra d'insister, selon notre habitude, sur l'autre point de vue, et de l'aire observer que, pratiquement, le Gandhàra nest guère moins éloigné des bouches du Gange bouddhique que de celles de lEuphrate hellénisé. Dès lors, les deux éléments composants de nos sculptures ont dû également venir 1 un au-devant de lautre et parcourir en sens inverse à peu près le même chemin. Pour rendre compte de l'apparition des œuvres gréco-bouddhiques, il est aussi nécessaire de vérifier la pénétration de la religion bouddhique que celle de Tai't grec dans le pays qui devait être le théâtre de leur union; et c'est même par là — si du moins la forme doit céder le pas au fond — qu'il conviendra de commencer notre enquête.

La coMVEnsioN. — A 1 heure actuelle, non seulement le Gandhàra n'est plus bouddhiste : mais il est plus qu'à moitié afghan de race et iranien de langue, en même temps que musulman O. Au plus haut que nous puissions remonter dans l'histoire, le pays ne faisait même pas politiquement partie de l'Inde. Hérodote est d'accord avec les inscriptions des Achéméuides pour incorporer les ctGandarioin à l'enqMre perse : peut-être y avaient-ils été annexés par Cyrus dès le milieu du vi'' siècle avant notre ère. On conçoit aisément que ce territoire ait toujours été contesté entre les deux

<'i Cf. 1. 1,1). 11.

/i08 l,KS ()lili;i\i;s l)K l.l'COLK 1)1 (1 \,M)II \i; A.

mondes, ii'iiiiicii cl iikIkmi. \ liinixéc; (rAlcxamlic riinliis, ;issiire Strabon, Iriir servait encore de IVoiitière. C'est Séleucos qui, après une infructueuse tentative d'invasion, aurait cédé on 3u3 a\ant notre ère une grande partie de TAriane au premier empereur histori([ue de Flnde, ce Candragnpta (|ue les Grecs appellent Sandracollosf'. Dès lors la Gandaritis lit partie des vastes possessions des Mauryas. Peut-être fut-elle à ce moment rattacliée à Taksaçilà, la grande et riche ville de commerce et d'études que certains témoignages placent, par une sorte de réciproque, te dans le l'oyaume de Gandhâra'-' -n. L'humeur indépendante de ces marches lointaines est un molif dont jouent constamment les contes. Bindusâra, le fils et héritier de Candragupta, aurait successivement envoyé ses deux fils, Açoka et Sushna, pour réduire des rebellions de Taksaçilà : et Açoka à son tour — quand, selon le procédé resté en hoimeur dans l'Inde jusqu'à la fin de la dynastie moghole, il se fut débarrassé de ses frères et emparé du trône — aurait chargé de la môme tâche le plus aimé de ses fils. C'est pourquoi Fa-hien a soin de noter que le Gandhâra était ttle pays dont Dharmavarddhana, le fils d'Acoka, fut gouverneur ■». Ce Dharmavarddhana est resté célèbre dans la légende sous le surnom de l'oiseau kitndla que lui avait valu la fatale beauté de ses yeux : aussi Hiuan-tsang est-il au fond d'accord avec son précurseur quand, de son côté, il attribue à Kunàla cfle gouvernement de Taksaçilà P) T.

Que tout dans ces récits ne soit pas de pure fantaisie, nous avons au moins une raison sérieuse de le penser. On sait que, soucieux de faire régner l'ordre moral dans son vaste enqjire, Açoka a pris soin d'afficher un peu partout, gravées sur des parois de rocher assez grossièrement épannelées ou sur des piliers merveilleusement

''' Cf. BoiciiiÎ-Leclercq, liisloirc îles ^ tnid. dunsl}Ln\oi:i, /»/)W((f(iu)i, p. 862,

Séleucides (Paris, 1918), ji. ag. 363 et io5). — Fa-hien, ch. x; Hikan-

"' JdiaJîu . n° ii'}i el piissim. tsang, Biiddhist Becords of ihe ]] cstern

Divynviiddim, p. 871, 872 cl 607 World, I, p. 189 et suiv.

LE lîOUDDHlSME AU GAN1)1I\R\. '.09

polis, des piocKiniatioiis où il recominandail à ses peuples la pratique de la vertu. Or deux de ces inscriptions ont justement été retrouvées, l'une au cœur même du Gandliâra, près du village actuel de Shàhbàz-Garlu (le Po-lou-clia des pèlerins chinois), et l'autre dans son voisinage immédiat, mais sur la rive opposée de rindus, à Mansehra, un peu au Nord de Taxile. Ces deux authentiques épaves des curieux Imds sur pierre du royal prédicant présentent un caractère commun et qui sulTit à les distinguer de toutes celles qui ont survécu par ailleurs dans le reste de l'Inde, des sources du Gange au Maison r et du Goujerate à l'Orissa : elles sont les seules à être écrites de droite à gauciie et à employer, au lieu de la hrâhmi indienne, une variété de l'alphabet araméen, connue sous la dénomination quelque peu conventionnelle de kharosthi, et apparemment introduite dans les provinces riveraines de l'indus, au temps de la domination achéménide, par les scribes à la solde des satrapes perses^. Le détail esta retenir: peut-être n'est-il pas non plus indifférent de faire une autre remarque. Ces deux inscriptions s'accordent à mettre eu vedette, la première en lui attribuant un Idoc spécial, la seconde en lui alniiidonnant toute une face du rociier, le douzième des treize ou quatorze édits, celui justement qui recommande aux sectes une récipro(jue tolérance (-'. Cette précaution s'accoiderait bien avec le fait que la région venait seulement de s'ouvrir à la propagation de la foi bouddhique.

S'il ne subsiste aucune incertitude sur le statut politique de l'Inde du Nord-Ouest pendant la première moitié du m'' siècle, il est en revanche fort douteux que la Bonne Loi y eût déjà pénétré. On n'entrevoit pas, à travers les récits des historiens d'Alexandre, que celui-ci ait rencontré dans le Penjâb de véritables hhiksii. De

'■' Celle llléorie , due à M. Clerraont- Surveij oj India, Ann. Rep. ujt'i-iô,

Ganneau , a éld récemmeufconfinnée par p. 20 ).

la (]i''cotiverle à Talisaçilà (l'un fiagmeiit '■' Cf. Epigr. Indira, 11, p. '1/17, et

(J iiiscii|itioii araiiiéeiiue [Arcliœiiloylcdt Ind. AiUiij., \l\, 1910, p. 43.

410 LES ORIGINES DE L'ÉCULE UL GANDHÀBA.

leur côté les historiens du Bouddhisme se résignent à admettre que, pendant les deux siècles qui suivirent le Nirvana, la conimunanlé resta confinée dans le bassin moyen et inférieur du Gange, plus occupée, semblc-t-il, de ses divisions intestines que soucieuse de propagande ('). Ge serait le zèle impérial d'Açoka (jui l'aurait définitivement lancée à la conquête de Tliide. On sait en clïet comment la manie réi'ormatrice du souverain, apiès s'être d'abord contentée de prêcher une sorte de morale neutre à l'usage commun de tous les honnêtes gens et de prescrirai des mesures philanthropiques d'une portée générale, prit avec les années une allure de plus en plus confessionnelle et sectaire, et aurait même fini par tourner à l'inquisition. Le résultat le plus connu, comme le plus elficace, de cette tendance nouvelle lut l'envoi, hautement proclamé dans le XIII" édit sur roc, de missionnaires bouddhiques, tant au dedans de la péninsule qu'au dehors. Or pour Açoka, si l'on en juge par les termes de son V*^ édit, les Gaiidhàras étaient encore à évangéliser au même titre que les Yavanas, les kambojas et les autres nations-frontières. Qu'ils l'aient été sous son règne même par l'apôtre Madhyânlika, du même coup que le Kaçmîr et à la même époque que Geylan, cette tradition, telle qu'elle nous a été transmise par les chroniques singhalaises, est en soi des plus vraisenddables. Elle gagne encore en autorité quand on s'aperçoit que les témoignages tibétains et chinois sont en définitive d'accord avec elle'-': car s'ils ont imaginé de faire de Madhyàntika un disciple d'Ananda, cela ne les empêche nullement de le placer a cent ans après le Nirvana n, c'est-à-dire, dans leur système chronologique, au temps même d'Açoka.

''' Cf. Kern, Maniial. p. iilj. portés par Hiuan-tsang. Buddhist Records

(^' Telle est aussi l'opinion lie M. IvERN, 0/ ihe \]estc\-ii U orld . 1, p. i/if) et

Histoire du Houddhismu dans l'Inde, H, TâranÂtha, p. 12. placent le l'ait eiii-

p. 204-265. — Cf. RocKiiiir. , The Life quante ans pins tôt afin de iliminner

of llie Biiddliii iind tlip earli/ lii.tlorii of liis d'autant rinlervalle qui le séparait du

Order, p. 1G6 et suiv.; les récits rap- Nii'vâija.

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