LE BOUDDHISME AU GANDHÂRA
Nous ne risquons donc pas de nous ti'omper beaucoup en assignant les débuts de la conversion de IV Inde du Nord n au milieu du ni" siècle avant J.-G. : a Depuis cette époque jusqu'à nos jours, pouvait-on écrire an v^ siècle de notre ère, le Kaçniîr et le Gandhàra resplendissent de robes jaunes et sont par-dessus tout dévots aux trois joyaux (•'.Il Les relations des pèlerins chinois nous confirment l'une après l'autre cette antique prospérité de la Bonne Loi, encore llorissante pour Fa-hien (v*^ siècle), déjà chancelante pour Song Yun (vi* siècle), presque passée à l'état de souvenir pour Hiuan-tsang (vn^ siècle), quelque peu restaurée lors de la venue de Wou-k'ong (vni'= siècle) : car (il est bon de le spécifier dès à présent) le Gandhâra, sitôt converti, allait rester jusqu'à l'invasion des Musulmans l'une des terres d'élection du Bouddhisme. A ces témoignages tardifs nous pouvons ajouter celui, plus ancien, d'Açvaghosa'-'. En ce qui concerne l'époque même de nos sculptures, nous n'avons qu'à nous en fier à nos propres yeux. Assurément nous ne prétendons pas retrouver sur nos monuments des tableaux d'histoire représentant le triomphe local de la Bonne Loi, ni voir, par exemple, avec Cunniiighnm, dans la scène où nous avons appiis à l'econnaitie rextinction du bûcher du Bienheureux (fig. 290 a, 298 h, 299 rt), "Aa victoire du Bouddhisme sur le culte du feu(-^)r. Mais pour nous en tenir aux plus prudentes généralités, dès l'Introduction de cet ouvrage, nous n'avons su ce qu'il fallait admirer le plus, de la multitude des ruines ou de la profusion des sculptures qui les décoraient'''. Que cette double constatation sulfise à attester le grand et durable succès de la doctrine au Gandhâra, nul n'en disconviendra sans doute. 11 est vrai que, réciproquement, le nombre et la richesse de ces fondations religieuses seraient inexplicables sans une exceptionnelle lloraison de dévotion :
'■' j1/rt/irtï'«Hisn, XII, 28; riutroiliu-tiou ''' Sùtnilaiikdra, trad. Ed. Huber,
de la S(imanla-i>(is(idikd de Buddliaghosa |). 8. Cf. plus bas, p. il 8. i^Vinaya Pitakam, éd. H. Oldenbero, '^' Paiijnb Gaiette, Suppl., a'i juil-
III, p. .3i5-3iG) s'exprime à peu près lel 187.3, p. 636. dans les mêmes termes. '"' T. I , p. 1 1 et a 1 .
'il2 LES ORKMNES DE L'ÉCOLE DU GANDIliin.
cl, ainsi Ton lùiiira j)as été f'àclié, IVit-ce même en devançant nn pou les temjJH. d'entendre confirmer celle-ci d'autre source. (Juand enfin ces confirmations nous apporteiil en plus des précisions, et (ju'elles nous apprennent, par exemple, (jue la secte anciennement dominanle au Gandhàra était celle des Sarvastivadinst'', elles n'en sont que davantage les bienvenues : car elles achèvent de nous rassurer sur le choix des textes que nous avons pris pour guides en même temps qu'elles justifient tout le parti que nous en avons tiré. Peut-être même quand, grâce aux sinologues, nous serons devenus plus familiers avec les idées et les usages de cette secte, reconnaîtrons -nous à plus d'un trait précis sa marque particulière empreinte sur nos sculptures. Déjà nous avons eu l'imjjression que le rùle considérable attribué à Vajrapàni par les bas-reliefs gandhàriens n'était pas sans rapport avec sa popularité locale'^'. Il semble également qu'un détail constant des images du Buddha copie une pratique spéciale aux Sarvâstivàdins. Si Ton en croit le témoignage (il est vrai bien tardif) de \i-tsing, ceux-ci étaient les seuls, parmi les quatre grandes écoles primitives, qui eussent coutume de couper droit le bord inférieur de leur vêtement de dessous : or telle est aussi, comme nous l'avons vu('', la mode adoptée par les statues indogrecques du Bienheureux et propagée avec elles dans le reste du monde bouddhique.
L'acclimatation des légendes. — Un autre fait, des plus significatifs, que nos sources nous révèlent, c'est que les missionnaires bouddhiques n'ont pas seulement importé au Gandhàra des idées et des pratiques pieuses : ils ont encore réussi à y acclimater des
''' Cf. t. II, p. 876. encore, avec ce dernier, attribuer aux
''' Cf. t. H, p. 62. Sarvàstivâflins l'habitude de se draper à
''' Voir t. il, p. 3ii, et Yi-tsing, larges plis, et les amples draperies de
A Record of ihe Biiddhisl religion, p. 6 la snitghnti gandliàrieune jjroct^deraienl-
et 7; cf. A. BiBTii, dans Journal des elles pour une part de l'observation di-
Savanls, sept. 1898, p. 523. — Faut-il recte des moines indigènes?