SUR LA RESTAURATION GRÉGORIENNE EN ANGLETERRE
Depuis rétablissement et la victoire de l'anglicanisme et des diverses confessions protestantes, aux xvi^ et xvii" siècles, le chant liturgique de ces églises représentait, ([uant à son origine, des dérivés du chant grégorien, du choral allemand, des cantiques français, mêlés à tout un apport spécial et nouveau.
Le catholicisme, détruit par des lois violentes, n'existait plus, à l'état cultuel, que dans la petite chapelle de Lincoln's Inn Field, dont le D"" Arne (Fauteur de Rule Bri' tannla) fut organiste de i^Sô à \'j^\. L'influence du plus mauvais italianisme y fut prépondérante, ainsi que dans les nouvelles églises catholiques bâties depuis la liberté accordée par la reine Victoria.
Ce qu'on a appelé le « mouvement d'Oxford », avec Pusey, puis avec Newmann (devenu archevêque catholique et cardinal), amena, dans la « haute église », un retour de plus en plus marqué vers les anciennes formes l'cligieuseSjdont le chant grégorien était appelé à profiter.
b^n effet, lorsque, sous le nom de « ritualisme » ce mouvement se traduisit, au point de vue cultuel, par l'adoption de plus en plus étroite de la liturgie romaine, (célébrée en langue anglaise), les ritualisles furent des premiers à s'intéresser à la restauration accomplie par l)om Pothier. Plusieurs pasteurs anglicans ritualistes allèrent s'instruire du chant grégorien dans les monastères bénédictins, et, bientôt, publièrent des textes liturgiques en chant grégorien.
Tantôt, la traduction anglaise suit le plus rigoureusement possible le texte latin, de manière à ce que la mélodie et les groupes de notes soient fidèlement respectés, tantôt les textes de la liturgie anglicane, lorsqu'on ne pouvait pas y toucher, ont été adaptés.
Le Kyrie eleison « Rex splendens y> (éd. Vat., n*^ 7) — dit aussi « de saint Dunstan », parce que ce célèbre archevêque de Ganterbury (92,5-988), passe pour en avoir composé les tropes, — a reçu, en manière de trope, les paroles : Lord hâve mercy upon us, and incline our hearts to keep tliis Icuv. L'introït de la Pentecôte a été calqué sur le texte latin :
Spiritus Domiiii replcvil orbem torrarum
The Spirit of the Lord liath fillcd the whole world, etc.
Les formules d'intonation des psaumes (voir p. i6'2) ont été également traduites. Les chants vocalises euxmêmes sont traités semblablement. Ainsi le répons-graduel de Pâques (Easter grail) donné ci-dessus page i^S, est ainsi chanté avec texte anglais, correspondant au texte latin :
This is the day which the Ijord halh made, wowillbojoy- [tliiîc dios qiiam focit Dominus, exsullo-
ful, and will be glad in it. . Y. O give thanks,
[mus, et \ve - te-mur in ea . Y. Conhtemini. etc.
On trouvera chez les libraires anglais toute une collection de chants grégoriens ainsi adaptés ; la dernière édition de The cn<^lish hyninal ivith tunes (Oxford, 190^)), est très caractéristique à ce sujet.
Le mouvement de retour au chant grégorien a été tout d'abord moins marqué chez les catholiques romains, mais à l'heure actuelle, il est devenu très important. Le chœur de la cathédrale catholique de Westminster, en particulier, est des plus remarquables.