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CHAPITRE VIII

Son attitude est fière, sauvage, les pattes maigres et couvertes de longs poils, le ventre d'une maigreur excessive, il est bien le symbole de la force, du courage indomptable; c'est le fauve qui rugit et qui, debout sur ses pattes, semble en combattant se jeter sur son adversaire pour le vaincre et le dévorer.

C'est qu'aux xiv° et xv* siècles, le chevalier est sans cesse en guerre, il a toujours l'épée de combat à la main; tandis que, plus on avance vers le xvnr* siècle, les mœurs changent, le combattant est devenu courtisan et le lion qu'il porte dans ses armoiries a changé, lui aussi, d'allures. Autrefois sa crinière inculte était indiquée par de longs poils quelque peu hérissés, son œil sanglant, ses pattes garnies d'ongles acérés; aux xvn* et xvm e siècles, c'est une superbe et abondante toison qui lui couvre la tête; il est gras, bien nourri, symbolise la puissance et la souveraineté, il ne lutte plus, il règne en maître et sa large face indique plutôt la majesté que la férocité (fig. 87).

C'est d'Hozier qui donne le type de tous les animaux employés en armoiries et, sur les brevets qu'il daigne signer, on reconnaît sur l'écu qui a été soumis à l'enregistrement officiel un parti pris de représenter toute figure calme, reposée. L'aigle elle-même semble réfléchir, le cheval fait le beau et le mouton a un air de victime qui fait plaisir à voir.

Quant aux blasons des nouveaux anoblis, ils se ressentent du goût général, on les croirait composés par Le Nôtre.

Les armes à enquerre sont rares et les pièces mal ordonnées presque inconnues sous le grand roi ; la pièce

an L'ART HERALDIQUE.

principale en abîme est généralement accompagnée de trois pièces posées deux et une; cela fait bien, c'est correct, aligné, méthodique.

Une croix quelconque, pattée, dentelée, est accompagnée de trois étoiles ou trois croisettes; les armes parlantes étaient auf si très communément octroyées, et lorsqu'on voit un blason composé d'une lettre de l'alphabet comme celui de la famille de Zeddes qui porte: d'or, au Z de gueules, il n'est pas nécessaire d'être grand clerc en héraldique pour deviner qu'on se trouve en face d'une arme parlante.

Que si un artiste avait jamais à peindre une tête de vache, il ne soit pas embarrassé pour savoir comment il doit la représenter. Ktienne Pasquier raconte plaisamment le fait de deux gentilshommes plaidant pour la possession d'un blason distinctif; chacun d'eux portait trois têtes de bœuf sur son écu et donnait d'excellentes raisons pour les conserver.

Le juge les accorda en décidant que l'un porterait trois têtes de bœuf et l'autre trois têtes de vache.

Ils gardèrent chacun leur écu et s'en retournèrent contents.

L'azur domine sur les écus français et particulièrement sur les écus de l'Ile-de-France, lieu de résidence des souverains.

La plupart des écus de Bourgogne ont le champ de gueules et les Bretons celui d'hermine, comme les écus du Dauphiné ont des chefs, ceux de la Franche- Comté des billettes et ceux de Guyenne et de Picardie des lions et des léopards par suite de l'occupation an-

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