L*A1T IDÉALISTE ET MYSTIQUE
Ainsi, pour que reste en notre âme le souvenir fervent de notre angélique origine, il nous faut, les uns par l'œuvre, et les autres par la compréhension de l'œuvre, entretenir notre entendement et nos sens même, du désir de retourner un jour auprès de ceux qui nous donneront le parfait amour, comme ils nous donnèrent la réalité et la vie. Et maintenant, de cette sphère des harmonies spirituelles, abaisserons-nous nos regards sur les chopes d'un Manet, la raie de Chardin, les dindons d'Hondekoeter, les casseroles de Kalf, les figurants de Meissonnier ?
Un esprit cultivé, une fois amené sur les hauteurs de l'art véritable, ne tarde pas à découvrir l'ignominie de l'art sans beauté, ce pendant de la parole sans pensée.
On croit communément que l'esthétique est une branche de la littérature ou de l'érudition: même pour ces esprits inférieurs qui ne s'élèvent pas jusqu'à la foi, l'esthétique doit leur paraître la philosophie de sentir ; et, comme ce que nous appelons plaisir emprunte sa catégorie à un inverse que nous appelons souffrir, ainsi le Beau ne saurait être perçu, que par son antithèse radicale, le Laid.
Revenons aux définitions antérieures et relevons
les trois caractères attribués à la Beauté: l'ombre n'étant que l'absence de la lumière, la Laideur a trois informes, trois manques : manque d'intensité, manque de subtilité, manque d'harmonie.
Si l'on m'objectait le bestiaire du Moyen Age, les gargouilles, les dragons, les chimères, je répondrais qu'elles rentrent dans l'intensité, et qu'elles ont le double caractère de la forme réelle en ses parties, et irréelle en son ensemble.
Je crois avoir établi que la Beauté est une des trois façons humaines de concevoir la Divinité, et j'appelle les sept arts nommés beaux entre tous, les sept modes expressifs de la Beauté.