AU SALON CARRE
Rien ne démontrera mieux, l'importance pédagogique de ce livre, qu'une étude du Salon Carré qui, au dire des guides, renferme les plus beaux tableaux des diverses écoles, et qui, en réalité ne contient pas les plus remarquables du Louvre. Nul n^ignore que l'Ecole Bolonaise, tout en étant supérieure aux Académies Julian et aux professeurs de l'Ecole des Beaux-Arts, s'appelle l'abomination de la peinture italienne. Eh bien! une telle indifférence unit le Directeur des Beaux- Arts au Directeur des Musées et aux Directeurs des différents départements, qu'en l'an de grâce 1894, le Guerchin s'étale en plusieurs exemplaires, Fille de Loth^ Protecteur de Modène, Résurrection de Lazare; le Guide, autre décadent,a un Enlèvement
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d*Europe piteux ; l'obscur Napolitain Lionello Spada y montre un Concert. Véronèse, dont les Noces de Cana occupent presque tout un mur, a encore un autre panneau pour sa médiocre Chute des Titans. H y a même un Bassan, ce dégoût de TEcole de Venise. Quant au Murillo payé 615.300 francs, tableau de dixième ordre, '\\ fait le digne et démesuré pendant du tableautin du Spagna payé 200.000 francs, je crois, par les soins fantastiques de M. le vicomte Delaborde. Non loin se trouve une tête attribuée à Durer, qui déshonorerait une élève de première année. Le Poussin a un de ses moindres ouvrages, le Diogène ; Jouvenet,une médiocre Descente de Croix ; Valentin étonne encore par sa présence qui est double, si je ne me trompe. Enfin, s'étalent à côté de la divine Joconde, ces artistes de néant, ces Meissonnier d'autrefois, ces choses qui ne sont que de la peinture et non de l'Art, les Terbug, les Metsu, les Dow ; ce qui n'empêche pas de faire un cours d'esthétique dans le même immeuble. A quelles personnes? alors que sont absents du Salon Carré le Tondo de Boticelli, le Triomphe de saint Thomas de Gozzoli, la Gloire du Paradis de Fra Angelico, la Madone de la Victoire et le Parnasse de Mantegnaj la Vierge glorieuse de
2Ô6 l'art idéaliste et mystique
Lippi, le Jugement de Jean Cousin, le Christ de Quentin Matsys, la Vierge de Jean Bellin, la Descente de C^vix de van der Weyden, le Saint- Etienne de Carpaccio, V Adoration des Mages de Signorelli, la Madone de Bianchi. Enfin, si on voulait faire du patriotisme, au lieu de cette \ Chute des Titans de Véronèse, il faudrait mettre, en regard des Noces de Cana, l'Entrée des Croisés de Delacroix.
Pour combler la mesure, la Ferronnière, la Vierge aux rochers^ et ce chef-d'œuvre de l'art entier, le Précurseur, ne sont pas au au Salon Carré.
En revanche, on a commencé une salle des peintres peints par eux-mêmes où les barbouilleuses, les bas-bleus de la peinture s'étalent.
Vainement le goût public a marché, vainement la salle des Primitifs n'est plus un simple passage, les conservateurs en leur immuable mollesse semblent tous endosser cette stupidité de Stendhal : « Que n'eût pas fait Raphaël, s'il eût connu le Guide. »
Il y a deux sortes d'erreurs dans ce classement, Terreur sur le peintre, et l'erreur sur le tableau.
Guerchin, Guide, Valentin, Lionello Spada Carrache, Murillo, Jouvenet, Rigault, Jordaens,