LA MUSIQUE OU GYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ
En catégorisation de perceptibilité, si tous les arts s'adressent en leur essence à l'entendement, c'est par les yeux que nous éprouvons leur action. Michel-Ange presque aveugle promenait ses mains sur le torse du Vatican, et percevait ainsi la beauté de ce marbre, en vertu d'une loi hyperphysique.
La sensibilité à l'état normal se localise dans certains organes qui deviennent récepteurs d'une série phénoménale particulière ; mais, dans l'état somnambulique qui est le modèle des unifications nerveuses, la sensation retrouve son caractère essentiel de faculté périphérique.
De même que l'on fait voir, avec des mots, les formes les plus subtiles, de même le monde sensible peut être perçu par l'imagination. Toutefois
le dessin et ses succédanés, architecture, sculpture et peinture, ressortissent de la perception optique. Seule, parmi les arts de Beauté, la musique agit sur nous à l'état périphérique : c'est, avec la théâtrique, le seul qui soit basé sur le mouvement ; les autres sont immobiles. La musique est le moyen de faire naître, selon une volonté expressive et des règles, une succession d'ondes sonores. Dans la peinture, la vibration colorée demeure fixe, l'harmonie est un procédé latent qui ne se manifeste pas, hors de circonstances matériellement évocatrices ; voilà pourquoi ce chapitre s'isole des autres arts, qui tous sont basés sur le maintien d^une expression une fois trouvée.
La Joconde répète depuis deux siècles la pensée de Léonard à ceux qui s'en approchent et, à part l'alchimie du temps sur ses couleurs, elle dit toujours les mêmes choses aux êtres d'une compréhension semblable ; sa tonalité a pu baisser en mineur, son rythme continue malgré les chimifications des vernis. Au contraire, pour ressentir l'impression des derniers quatuors, quatre instrumentistes préparent une sorte de résurrection d'âme musicale. L'harmonie est la Belle qui dort en sa beauté et qu'il faut éveiller par le baiser d'une interprétation analogue à son