MUSIQUE OU CYNÉTIQUE DE LA BEAUTÉ
essence. Non seulement une sonate de Beethoven exige un bon instrument et un virtuose ; mais encore la qualité d'âme de Texécutant, qui se traduit en formule nerveuse, influera sur l'impression de l'auditeur. C^est donc l'art qui exige les conditions matérielles les plus spéciales : en revanche il permet à l'exécutant de collaborer en quelque sorte à l'audition. Un jour, on demandait à Léonard de Vinci qu'elle était la hiérarchie des beaux-arts, et il répondit : « Ce qui les classe, c'est le degré de matérialité expressive. » Il donnait ainsi la première place au dessin, cette écriture par les formes ; il plaçait la peinture immédiatement après, parce que dans la sculpture l'impression agit sensiblement plus matérielle sur la rétine par la ronde-bosse, même si elle n'est pas polychrome. Il ne pensait certainement pas, en son classement, à l'architecture qui, bien que matérielle par ses masses, représente cependant le plus grand effort de l'idéalisation ; en elle, la quantité disparait, si l'on envisage que la formule architectonique, au lieu de concrétiser un principe individuel, comme la statue et le tableau, elle réalise l'aspiration d'un peuple, d'une race, d'un cycle. Certainement il songeait à la musique, lui qui improvisait sur les instruments qu'il avait
fabriqués, et il concluait, comme nous, qu'elle est le mode le plus matériel delà réalisation deBeauté. L'opinion générale et superficielle attribue, au chant comme à l'harmonie, le plus haut caractère d'au-delà, parce que l'opinion se forme d'impressions et non de raisonnements. Comme la musique produit des états nerveux analogues aux phénomènes passionnels, c'est la vivacité de la sensation qui a décidé de la formule. Pour le métaphysicien, cette intensité montre que l'art des sons, attaquant la faculté périphérique et produisant chez l'auditeur des diathèses de pathologie morale, se révèle comme l'art substantiel, non seulement en ses moyens, mais en son action.
XXXIV. — Aie point de vue occalte, la musique ent le cijiictisine esthétique, V électtHsation anlmique et peut-être la for me artistique de la volupté.
11 y a trois catégories musicales, la musique proprement dite, c'est à-dire cette partie des œuvres de chambre de Mozart, de Haydn et de Mendelssohn qui caressent la sensibilité sans l'ébranler. Ensuite vient la musique émotionnelle, telle que Chopin, Schumann et même partie des