DU SUJET
En toutes matières, l'enseignement détermine puissamment l'avenir de l'élève, et les fautes d'une génération incombent toujours à ses éducateurs.
N'envisageons pour un moment que les cours de l'Ecole des Beaux-Arts, arrivons au point décisif de l'entraînement: au concours. Quelle folie spéciale dicte les sujets et les emprunte à des domaines incompréhensibles, sans une haute culture. Demander à un jeune homme, qui ignore la mythique, de dessiner un Orphée, un Prométhée, ou bien d'illustrer un verset, incompréhensible souvent, de la Bible, serait probant au point de vue intellectuel et archéologique à la fois, mais ne signifie rien par rapport aux Arts du dessin.
Au contraire, si je dis à un élève : exprimez, par une ou plusieurs figures, la joie, la terreur,
la piété, la supplication, le courage, je le force à montrer le dedans de lui-même et à donner sa mesure.
En art, il faut commencer par les sentiments précis, schématiques, pour aboutir plus tard aux formules complexes, ambiguës ; de même qu'il faut composer, en commençant, d'une façon linéaire et n'arriver que tard à l'emploi du clairobscur.
Ce qui devrait être la règle des concours deviendra le salut de plusieurs, empêchés de produire dans le sens harmonique ou subtil. — Cette expression des états typiques de l'àme, obtenue en formule drapée ou nue, apparaît le terrain le plus sûr où l'artiste puisse marcher, pourvu qu'il se souvienne, surtout en statuaire, que le mouvement sentimentalisé doit signifier d'une façon périphérique. En outre, le mouvement de la figure principale détermine déjà, dans une large mesure, celui des figures corollaires ; de même, au point de vue de la couleur, tous les tons d'un tableau doivent être la dégradation complémentaire de la figure principale : telle la semblable orchestration de l'ordonnance des masses et des teintes. On le voit, la plus extrême logique s'applique à cette matière du goût, qui, à en croire