DU SUJET
les imbéciles, serait réfractaire à toute dogmatisation. Du reste, l'artiste, afin de n'être pas le passif écho d'une voix même autorisée n'a qu'à vérifier, d'après les œuvres canoniques de son art, ce que valent ces préceptes.
Je veux être profitable et me soucie assez peu d'étonner : une des conséquences de la vérité d'une doctrine, c'est l'engrenage fatal, l'annellement obligatoire, entre les points à démontrer qui forcent à des répétitions trop fréquentes.
Considérant, selon cette méthode expérimentale, formule rationnelle du moment, les chefsd'œuvre comme des phénomènes, comme des expériences, je leur applique le déterminisme qui résulte pour tout esprit sensé de leur étude.
Il est certain qa'à exécution même inégale, le thème religieux élève le pinceau et le ciseau qui l'abordent ; que l'âme est plus difficile à fixer dans le marbre et à figer sur la toile que les formes extérieures ; enfin que la beauté, qui commande au classement extérieur des êtres, doit commander à la figuration de la vie ; qu'il n'y a pas plus de raison à reproduire les mœurs d'un temps que les modes d'une saison, que plus l'artiste élague les éléments transitoires, plus il prolonge dans l'avenir lintérêl et le rayonnement de son œuvre ;
enfin, que la même hiérarchie des matières, qui met la théologie en tête de la culture intellectuelle, instaure aussi l'expression religieuse, par-dessus toutes les autres, mais qu'on ne se trompe pas sur cette proclamation de l'excellence mystique. Une divinité sort des formes, et, si la beauté pouvait n'être que belle, elle serait encore l'absolu matériel; si la beauté pouvait n'être que sentimentale, elle serait encore l'absolu du cœur. Elle est plus que cela, puisque sa destination lui attribue un rôle médian entre nos aspirations et la réalité.
Celui qui sera assez lucide pour se souvenir de cette formule : « la Beauté est la théologie de la substance », celui-là fera indubitablement une œuvre valable pour les siècles à venir, car les théologales vertus s'appliquent à tous les actes de l'homme ; et quel acte égale l'œuvre ! Il faut donc croire au Verbe de cette Eglise des Génies qui promulgue ses Bulles perpétuelles aux Pinacothèques et aux Glyptothèques ; il faut espérer dans la promesse tacite qu'ils ont donnée à tous ceux qui les suivraient en leur effort de lumière ; il faut, enfin, aimer l'idéal, afin que le miracle du génie se produise par l'enthousiasme, comme les autres miracles se produisent par la prière.