‹ L'art idéaliste et mystique, précédé de la réfutation de TaineChapitre 44 sur 46 · EXHORTATION · texte numérisé non relu

EXHORTATION

ton Eglise enténébrée, et toi, vieux Dante, lève-toi de ton trône de gloire, Homère catholique, et mêle ta colère au désespoir du Buonarotti.

Une lueur pourtant de la sainte lumière, une pâle couleur a paru, se fonçant... Voici que le gibet du saint supplice s'étoile d'une fleur.

Miracle ! miracle ! une rose s'élève et s'ouvre grandissante, s'efforçant d'enserrer, en ses feuilles pieuses, la croix divine du salut ; et la croix consolée resplendit ; Jésus n'a pas maudit ce monde, Jésus reçoit l'adoration de l'Art.

Les Mages, les premiers, vinrent au divin Maître; les Mages, les derniers, resteront ses enfants.

L'enthousiasme auguste de l'artiste survit à la piété éteinte d'autrefois.

Pitoyables modernes, le néant vous aspire ; tombez donc sous le poids de votre indignité : vos blasphèmes jamais n'effaceront la foi des œuvres, ô stériles !

Vous fermerez l'Eglise, mais le musée ? Le Louvre officiera, si Notre-Dame est profanée.

Oui, le Strauss a nié, mais Parsifal affirme ; et l'archange de Franck, de sa sublime voix, a couvert le commérage impie du Renan.

L'humanité, ô citoyens, ira toujours à la messe,

33ô l'art idéaliste et mystique

quand le prêtre sera Beethoven, Palestrina : on ne peut pas athéiser l'organe sublime !

Misérables Alberichs, vous ne vaincrez jamais; car le saint Georges, ô monstre, l'éternel justicier, c'est le génie, et le beau toujours sera Dieu.

Frères de tous les arts, formez une sainte milice pour le salut de l'idéalité.

Nous sommes peu, mais les anges sont nôtres.

Nous n'avons point de chefs ; mais les vieux maîtres, du haut du paradis, nous guideront vers Montsalvat.

Notre mission a commencé du jour où le blasphème devint roi; qu une chevalerie paraisse pour honorer et servir l'Idéal ; imparfaits et pécheurs, soyons au moins des preux ; que la rose des formes et des couleurs s'érige en tabernacle, et la croix rédemptrice s'y complaira.

Cette Eglise si chère, la seule chose auguste de ce monde, bannit la Rose et croit son parfum dangereux.

Auprès d'elle, dressons le temple de Beauté; nous œuvrerons aux échos des prières, émules,] non rivaux, différents, non pas divergents, car" l'artiste est un prêtre, un roi, un mage, car l'art est un mystère, le seul empire véritable, le grandi miracle !-

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