DU SORT
logie ; en effet, la force des esprits réside dans la continuité de leur vouloir.
L'homme qui œuvrerait sans cesse, accumulant productions sur production, forcerait magiquement la gloire même à venir s'offrir. Seulement, une épouvantable complication se dresse : la santé. La création esthétique épuise les forces et, si l'admiration ne vient pas les renouveler, l'inspiration tarit.
Aussi ne faut-il pas, de gaieté de cœur, se hisser en Stylite sur sa colonne ; si Tœuvre ne doit rien concessionner, Fhomme a . le droit de vivre et de plier parfois, dans l'abord, les manières, être enfin courtois aux imbéciles, pour sauver l'intégrité de sa pensée.
On ne remarque pas assez que Tintransigeance de l'œuvre passe assez aisément, si l'artiste luimême transige ; et mieux vaut encore porter un monocle et un pantalon retroussé en plein soleil que les sculpter ou les peindre.
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Si Ton étudie qi les fatigues du rie somme d'efforts existences, on vf sont compensée
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la nuit, dessiner les œuvres des concurrents de Raphaël ! Gomme on voudrait que cps beaux génies fussent fiers et purs, tels que leur œuvre.
Nous sommes convenus, en occulte, de transposer les passions, au liei^ de l^s nier. Que l'envie s'applique aux génies morts, dans une éniulation ardente ! Que chacun choisisse son patron 4'art et rageusement poursiiive le mênae idéal ! Sentiment noble et fructueux, et d'où sortira une œuvre intense. L'envi^ de valoir présente un écueil ; l'espoir d'égaler. Un peu de cette crainte, que le rituel religieux donne pour commencement à la sagesse, devrait enseigner aux jeunes ^rtistes,pour les grands maîtres, une vén^rs^tion fanatique.
Ce qui accuse les professeurs de TEcole des Beaux-Arts, c'est le silence qu'ils gardent sur les vrais géi^ies. Op ne cherchera pas bien loip la raison do cette conduite : Harpocrate ici s'appelle a la crainte pour son prestige n. Aucpii enseigpan'^ de nos jours ne donne Vimpressipp salutaire du respect des maîtres, dans- le ton où il doit être présenté. Malheur en art h celui qui p'admire pas jusqu'à balbutier, à pleurçr devant une œ^v^^e ! Malheur à l'artiste qui tranqlJlil[IeIfl^^l; apprécie, comme ^^ matière ordinaire. Un des exemples les plu? fam^u;ç de ce ^giint ç^njour, V^rroghio, Iq
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statuaire du GoUeone, l'a montré : son jeune élève, Léonard, chargé de peindre un ange dans le Baptême du Christ^ se révéla tel — on peut voir le panneau à TAcadémie des Beaux-Arts de Florence — que maitreAndréa renonça à peindre et se consacra entier à la sculpture. Quel contemporain suivrait ce modèle?
L'artiste de la Renaissance, supportait mal la critique et la dague aurait infailliblement répondu aux tons des journaux actuels ; cette exaspération allant jusqu'au meurtre venait, sans doute, de la mauvaise foi des rivaux : aujourd'hui elle naîtrait de leur ignorance.
Je m^étonne que Delacroix ait parfois tant souffertd'unarticle^comme je reste stupéfait d'avoir vu Gustave Moreau à l'Institut. L'artiste doit puiser en lui-même la résistance opposable aux contradictions ; et, s'il s'appuye fermement aux règles et aux maîtres, il dédaignera, certain que le temps, cet allié de toute vérité, en sa voie lente, mais sûre, fera triompher son idée.
Le secret des grandes œuvres réside à œuvrer pour le siècle à venir, sans jamais s'enquérir de l'avis contemporain.
Car, invinciblement, l'homme médiocre, au lieu de chercher Dieu dans l'œuvre, s'y cherche