DE L EFFORT
lui-même: le monde applaudit, et s'y trouve, mais l'artiste alors peut être convaincu du néant de ce qu'il a produit.
Il faut que Tœuvre d'art nécessite un haussement moral chez le spectateur. Si on entre de plain-pied dans sa pensée, si les relatifs de réalité sautent aux yeux tout de suite, l'impression esthétique n'a pas lieu.
L'œuvre ne peut avoir le niveau du premier venu ; elle doit dégager ce même recueillement où elle fut produite et cette volonté qui longuement l'a engendrée, pour en faire un tremplin de l'âme, une excitation, sinon à penser, à rêver.
Il faut queTcBuvre pentaculise un sentiment impérieux, et plus elle est faite loin du monde, mieux elle le subjuguera.
DE Là tempérance
Les désappointements naissent tous d'une mauvaise équation entre nos désirs et les renonciations nécessaires à leur satisfaction. Mèmement les insuccès de Tartiste proviennent le plus souvent de n'avoir pas su abandonner certains rapports secondaires, pour montrer en entière valeur la qualité significative.
Dans un portrait, celui qui s'aniuse aux damasquinures de la cuirasse, à la dentelle du cou, ou cet autre qui, à l'instar du cavalier Bernin, chiffonne la draperie du marbre, en coup de vent, et s'applique à rendre des différences d'étoffe ; enfin ceux là qui, à la suite de Ruskin, voulurent que les feuilles d'arbres fussent étudiées aussi minu^
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de peluche, les brillants de la soie, les matités du drap. La robe de la Joconde en quoi est-elle ?Nul ne se le demande. De quoi s'agit-il en art ? De produire de la beauté plastique, il le faut ; de la beauté morale, on le doit ; de la beauté intellectuelle, qu'on s'y efforce ! Ceux qui réalisent la seule réalité comme Franz Hais, comme Velasquez ont droit à l'admiration des élèves qui apprennent à parler la même langue des couleurs, comme celui qui s'énonce avec aisance dans les circonstances de la vie excite une approbation unanime. Hercule ne réside pas dans ses biceps, mais dans l'emploi qu'il en fait ; de même Liszt n'était pas admirable pour la vélocité de ses mains, ses arpèges et ses traits, mais dans l'emploi esthétique où il les appliquait : ainsi celui qui, par un sûr procédé, étreint l'extériorité des choses et la transporte dans le marbre ou sur la toile, ne témoigne que de son aptitude, et non de son altitude.
L'artiste réaliste, qu'il s'appelle Jordaëns ou Chardin^ est semblable au Paganini qui jouerait des transcriptions de musique militaire, ou au chanteur qui consacrerait une admirable voix aux inepties d'Auber et de Adam. Quand se produit un tempérament semblable à celui d'Haïs, de Rubens, on est en présence de ce qui s'appelle en
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musique une belle voix. La nature a donné, mais ses dons ne signifient devant l'art, que par leur adhésion à l'éternelle beauté. Au point de Tue moral quel monstre dangereux serait l'esprit laïque et n^ateur apportant l'analogue de l'onction h. la propagande alhéiste ? Tels, cependant, sont les exécutants d'art sans pensée et sans reflet de la divinité. Inutile de se figurer avec mauvaise foi notre enseignement restreint h la mysticité proprement dite : le paganisme est susceptible d'un sens divin, et même l'Embarquement pour Cythère de Watteau ne disconvient pas à la beauté. Que celui, impuissant à réaliser le Beau, aboutisse au joli, — ce sera encore une victoire, ce sera encore une vertu dans le sens latin de force, car peu d'êtres perçoivent le Beau, en ses formes suprêmes ; beaucoup le recevront sous des couleurs diluées, amoindries, maïs suffisantes à cette action sociale qui associa jadis à l'homme des Dieux, l'homme des Arts.