EXHORTATION
Artiste, tu es prêtre : TArt est le grand mystère et, lorsque ton effort aboutit au chef-d'œuvre, un rayon du divin descend comme sur un autel.
présence réelle de la divinité resplendissante, sous ces noms suprêmes: Vinci, Raphaël, Michel- Ange, Beethoven et Wagner.
Artiste, tu es roi : l'Art est l'empire véritable ; lorsque ta main écrit une ligne parfaite, les chérubins eux-mêmes descendent s'y complaire, comme dans un miroir.
Spirituel dessin, ligne d*âme, forme d'entendement, tu incarnes nos rêves, Samothrace et saint Jean, Sixtine et Cenacolo, saint Ouen, Parsital, Neuvième Symphonie, Notre-Dame !
Artiste, tu es mage : l'Art est le grand miracle ^ il prouve seul notre immortalité.
328 L*ÂRT isiAUsn it mniTiûnii
Qui doute encore? Le Giotto a touché les stigmates, la Vierge est apparue à Fra Angelico ; et Rembrandt a prouvé la résurrection de Lazare!
Réplique aux arguties pédantes, on doute de Moïse, mais voici MichislfAnge ; on méconnaît Jésus, mais voilà Léonard ; on laïcise tout, TArt immuable et sacré continue sa prière.
Sublimité indicible et sçre^a^, saint Graal toujours rayonnant, ostensoir et relique, oriflamme invaincu. Art tout-puissant, Art-Dieu, je t'adore à, genoux, dernier reflet d'Eu-Haut suc, notre putrescence.
Les rois hébétés et sordides, devenus citoyens, achèvent de mourir sur le pavé des villes où leur race a régné.
Les nobles heaument leur bla^&on du bonnet de septembre^ ils courtisent, le. peuple, ou bien, stupides, se complaisent aux choses d^écurie.
Les prêtres ont revêtu ia livrée homicide ; où sont donc les insermentés ?
Tout est pourri, tout est fini, la déç^deoça lézarde et fait trembler Fédifice latin : et la croix . esseulée n'a plus niême, à sa garde, l'épée des Guise, le fusil d'un choua^.
Pleure, Grégoire VU, ô pape gigantesque,, tqi qui eus tout sauvée pleure^ du haut dii ciel,. ^u^iTt
EXfiOHTÂTION 329
ton Eglise enténébrée, ettoi, vierixDrfnte, lèvë-toi de ton trône de gloire, Homère catHbliqùe, et iiQ^le ta colère au désespoir du Buonarotti.
•Une lueur pourtant de la sainte lumière^ une pâle couleur a paru, se fonçaait... Voici que le -gibet du saint stipplice s'étoile d'une fleur.
Miracle ! miracle ! une rose s'élève et s'ouvre grandissante, s'efforçant d'enserrer, en ses feuilles ^pieuseE, la croix divine du salut ; et la croix consolée resplendit ; Jésus n'a pas maudit ce monde, Jésus reçoit l'adoration de l'Art.
Les Mfiîges, les prémiei*s, vinrent au divin Maître; les Mages, les derniers, resteront ses enfants.
L'enthousiasme auguste de Tartine survit à la piété éteinte d'autrefois.
Pitoyables modernes, le néant Vous aspire; tombez donc sous le poids dô votre indignité : vos blasphèmes jamais n'effaceront la foi dés œuvres, ô stériles !
Vous fermerez l'Eglise, mais le musée ? L^ Louvre officiera, si Notre-Dame est profanée.
Oui, le Strauss a nié, mais Parsifal aiffirme ; et l'archange de Franck, de sa sublime voix, a
couvert le commérage impie du Rehàn.
L'humanité, ô citoyens, ira toujours à Ik thttsse,
'330 l'art idéauste et mystique
quand le prêtre sera Beethoven, Palestrina : on ne peut pas athéiser Torgane sublime I
Misérables Alberichs, vous ne vaincrez jamais ; car le saint Georges, ô monstre, Téternel justicier, c'est le génie, et le beau toujours sera Dieu.
Frères de tous les arts, formez une sainte milice pour le salut de Tidéalité.
Nous sommes peu, mais les anges sont nôtres.
Nous n'avons point de chefs ; mais les vieux maîtres, du haut du paradis, nous guideront vers Montsalvat.
Notre mission a commencé du jour où le blasphème devint roi; qu'une chevalerie paraisse pour honorer et servir Tldéal ; imparfaits et pécheurs, soyons au moins des preux; que la rose des formes et des couleurs s'érige en tabernacle, et la croix rédemptrice s'y complaira.
Cette Eglise si chère, la seule chose auguste de ce monde, bannit la Rose et croit son parfum dangereux.
Auprès d'elle, dressons le temple de Beauté ; nous œuvrerons aux échos des prières, émules, non rivaux, différents, non pas divergents, car l'artiste est un prêtre, un roi, un mage, car l'art est un mystère, le seul empire véritable, le grand miracle I
l'appel du graâl
Dans^ Vèther pur, où ne vibre aucune aile^ — au-delà des neuf chœurs et du troisième ciel, — il est une splendeur si radieuse et si sublime que nul esprit ne la peut contempler.
Ce feu subtil^ cette clarté divine sépare V Absolu du créé.
D'innombrables rayons de ce foyer s' épandent et vont extasier Vâme des bienheureux, ou se prolongent vers la terre ^illuminant d'Abstrait les génies créateurs.
Quand ces filles du Verbe^ les Augustes Idées descendent des hauteurs pour s'incarner icij alors un hosanna indicible s' élève ^ et le monde céleste entier est prosterné.
(1) Ecrit après une représentation de Lohengrin.
332 l'art idéauste et utstiqub
C'est Vidêal, soleil d Éternité qui échauffe et féconde de joie et de beauté les saints et les artistes.
Celui qui a reçu le baiser de Vidée repousse la joie vaine des humains ; il est le fiancé de V au-delà vermeil^ il est le chevalier d'une pure pensée.
S'il fait servir sa magique puissance à satisfaire de personnels desseins, son front sitôt terni perdra la trace lumineuse du baiser séphirien. Mais si, pieux amant des belles Normes, il sacrifie sans cesse à V oriflamme sa propre gloire et les joies actuelles que le siècle décerne au félon, alors de V Idéal la force sans seconde le cuirasse et le heaume d'invincibilité ; il n'est plus un mortel, et les anges eux-mêmes l'assistent de leur bras.
De l'Idéal le merveilleux mystère fut révélé par Mo?i Seigneur Jésus, lorsqu'il nous enseigna le sacrifice volontaire, le don de soi pour le rachat de tous.
Artiste qui n'as pas appelé sur ton œuvre le rayon du divin, écoute : je révèle ici la récompense promise aux preux de l'Idéal. Sais-tu que l'art descend du ciel, comme la vie nous coule du soleil ? Qu'il n'est pas de chef-d'œuvre
^qui ne ^sQp le refl0i,^[^m i^fijfçnnell^^^ Çiue ce qu'on nomme Abstrait, peii\trfQp '^piXjitj^i , le ?aiS'tu ? ,&e^t unpey, .çîe fiiem même, ^(^^n* une œuvre.
A^rmds qm^ si ifM crées u^ne fa^i^nepa^mte, une âme viendra l\ha^iiie;r^ fit qu'elle ^mel mie ^iji^rcelle de VÂrcfiée.
N'aS'tu pas vu briiler.au regard du saint Jean la subtilité même ? la Sa/mothrace t'ort^lle pas parlé, la Nik^ surhummne ?
Apprends encore ceci : au croulement du mondCj Dieu sauvera l'âme des œuvres j comme Vâme des justes.
Le ciel aura son Louvre et le cœur des chefsd'œuvre adorera pendant V éternité son Créateur^ Vartiste comme nous-mêmes^ Dieu.
Ah I tu n'auras jamais un autre devenir que celui de ton rêve^ et d! autres compagnons, dans le siècle infini, que les fils de ton art.
Prends garde: nul repentir ne vaut contre la félonie ; si tu aimas le laid, tu n'as droit qu'à Venfer. Il en est encore temps^ préfère les siuives invites des anges conseilleurs : écouteles chanter le rappel au divin^ et sonner la trompette idéale ;
à34 l'art IDiAUSTB KT ICYSTIQUB
c Rose (TAmour^ encadrez de sourire la redoutable croix.
Croix du saluty purifiez de larmes la Rose trop terrestre.
Rose du corps^ épanouis ta grâce sur le symbole du supplice accepté.
Croix du renoncement^ sublimise la viCy apaise ses vertiges et consacre la Rose.
Emmêlez f symbole très parfait^ la charité au beaUf la pensée à la forme et que la Rose enguirlande la croiXj et qu£ la croix vive au cœur de la Rose. »