‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 45 sur 48 · DU DIVIN · texte numérisé non relu

DU DIVIN

On entend, en ésotérisme catholique^ par œuvre des trois personnes, la succession substantielle, individuelle et abstraite, des manifestations d'une idée, selon Téconomie de la création où Dieu le Père donna la Réalité ; Dieu le Fils, la Charité ; et Dieu le Saint-Esprit, FEsprit ou Perfection.

On entend aussi, sous cette dénomination, les trois âges évolutifs de l'humanité.

Le réel aurait eu son apogée entre le déluge et la venue du Christ. L'animisme et l'individualisme chrétien seront couronnés par une perfection de l'entendement, effluve de TEsprit-Saint, recteur à son tour d'une période et accomplissant les effets déjà produits. J'ouvre ici ces célestes perspectives, pour que l'on sente ; que les choses ne

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peuvent pas rester ce qu'elles sont, et qu'un événement va se produire démentant la prudence, stupéfiant les courtes habiletés et secouant le monde intellectuel d'une façon terrible. Voilà pourquoi, suivant la comparaison d'Eschyle, comme au soir, s'il y a de la houle et une menace de tempête, les nautes amarrent solidement leurs esquifs, pour les sauver de la double fureur des vents et des flots, l'esthète initié, doit rassembler ses notions, les appuyer, les affermir, afin de résister à la tourmente qui se forme, marche et va crouler.

C'est pour cette fatalité que je prêche : afim que l'art soit sauvé de la grande intumescence des peuples.

Première condition de ce salut : il faut que les techniciens reconnaissent la règle esthétique ; il faut que les idéalistes soient d'infaillibles techniciens ; sinon, ils ne rempliront pas leur grande mission de Nouah et de sauveurs de la lumière. Si ceux qui savent sculpter et peindre, se convertissaient à la Beauté, s'ils venaient à l'idéal, avec leur excellent procédé, quelle floraison magnifique précéderait la nuit de l'an deux mil.

Le nabi, serait-il plus éloquent que tous ceux de la Judée, ne réveillerait pas ces chiens dor-

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mants d'Eschàya, ces tièdes et ces neutres de l'enfer du Dante qui cheminent leur vie et leur œuvre, d'un pas de promenade.

Combien ont reçu le don du Père qui est la Réalité, sans en user dignement, êtres singuliers qui savent une langue, et ignorent ce qu'elle doit dire, arrangeurs de mots n*ayant pas d'idées, œils et mains sans pensée.

Comme un peu de cervelle s'unit rarement à un peu de dessin, quel triste divorce entre la faculté de s'exprimer et la plénitude de pensée !

Réconcilier l'idée et la forme, le sentiment et la technie, l'art et l'idéal : tel le devoir où quiconque a reçu d'En Haut Tamour de la beauté doit travailler de ses forces entières.

Tfop longtemps a duré ce divorce scandaleux entre la pensée esthétique et son expression, entre le rêve et la réalisation, entre l'idéologie et la plastique.

Il faut que surgisse une cohorte de réconciliation, une phalange unificatrice de ces deux éléments stériles, séparément ; et qui, unis, aboutiraient à la plus rayonnante lumière.

Le Père, auteur du réel, incarne l'autorité. Or Tautorité en matière esthétique, appartient aux mort$ «<; à l^ur^^ oeuvres ; elle ne se présente pas,

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impérieuse et vivante, sous la forme d'une individualité peut-être antipathique. L'autorité, c'est la voix de la tradition, l'expérience, l'acquêt inestimable de tout l'effort humain. Quel fou se priverait de cette lumière où s'insurgerait contre ce salutaire rectorat ?

L'orgueil ne persuade-t-il pas de suivre la voie de lumière, où le meilleur des races a marqué son effort, au lieu de se dater de son pauvre soi-même. Ah! misère de l'être qui n'est que lui, qui s'y borne, en sa piètre impression ; l'homme est une lampe parfois précieuse et prismatique ; mais, si le divin ne l'alimente, cette lampe, objet sans clarté et sans chaleur^ ne mérite plus qu'on s'y arrête.

Il y a dix-neuf siècles que la seconde personne de la Sainte Trinité, Dieu le Fils, est venu sur la terre.

A ce moment, les Esséniens possédaient un corps de doctrine théologique supérieur au séminrire actuel de Rome.

La vérité abstraite n'agissant que sur l'exception, le monde pourrissait, malgré un groupe de penseurs aussi illuminés que ceux de la Révélation primitive.

Parmi eux, les uns reconnurent la nécessité

d'évoluer sur le plan animique ; lea autres, obéissant à l'infatuation cérébrale, se séparèrent de l'Eglise commençante.

Loin de moi la pensée d'instruire le procès d'Ammonius Saccas.

La primitive Rome a refusé aux inteltectitels leur stalle dans le chœur; et les intellectuels n'ont pas su pardonner cette étroitesse excusable par son but : le salut du plus grand nombre.

L'hérésie n'est jamais qu'un orgueil humain se cachant sous les traits d'une idée ; il n'y a pas de raison contre la hiérarchie.

Ce qui a trompé les Essénieus et, plus tard, les gnostiques, c'a été le spectacle, du sacerdoce ancien où le commandement des esprits et celui des âmes, où la direction esthétique comme la direction morale, appartenaient aux mêmes hommes.

Aujourd'hui, le myste va h la messe, tient pour un honneur de la servir et se confesse très humblement à un prêtre dont il ne supporterait pas la conversation deux minutes.

Ce déplorable divorce entre la pensée théocratique et l'action que Hugues des Païens voulut conjurer; cet autre divorce entre la perfection intellective et la perfection animique, où a'épuisa Roiencreuz ; toîÙ la matière de l'effort*

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Il faut cependant que Tidéal soit manifesté encore une fois, il faut que la latinité finissante livre, à ceux qui doivent lui succéder, un livre, un temple^ une épée. Il faut faire l'inventaire des trésors légués, par le passé et des conquêtes modernes ; il faut surtout réaliser dans un mode susceptible de civiliser lep Barbares qui vont venir.

Or, TArt seul peut agir sur le collectif animique, è défaut de mysticité : nous connaissons tous, des croyants à Phidias, à Léonard, qui n'ont cure de la vérité catholique.

Insufflez dans l'art contemporain et, surtout, dans la culture esthétique, Tessence théocratique.

Ruinez la notion qui s'attache à la bonne exécution : éteindre le dilettantisme du procédé, subordonner les arts à l'Arty c'est-à-dire rentrer dans la tradition qui est de considérer l'idéal comme le but unique de l'effort architectonique ou pictural ou plastique.

Si l'art est le miroir du Divin au monde formel, il doit supporter les appellations divines : « Ars est Caritas, » L'art est un amour du parfait qui rend indulgent aux défauts d'auirui ; nul plus que l'artiste ne sait quelle distance incommensurable sépare la créature & son apogée, de l'ombre môme lointaifie de ion Créateur \ nul^ pw ceoié-<

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ùént, n'est pïus averti dès cfevoïrs qui incombent , tout être de valeur et à la spéciale mission de homme de beauté. J'appelle ainsi, celui dont la ocation implique une expansion prosélytiste'.

L'humanité se'dîvisé eh prêtre» et fidèlesl prêtre és'expén^hces, prêtée d^s hypothèses, prêtre ^^^^^ lées, prêtre des formes, et chacun a ses ouailles, eàt-à-dire la série à laquelle il peut faire du ién et prociirer de Télévàtion d^âmê.

La laideur est une désharmonie. L'artiste a onc le rôle de thérapeute ; par ce qu'il réalise,

nous console de ce que nous sommes et opère n rapprochement de l'invisible, en satisfaisant os sens avec des réalités d'art, sertissant une réalité de pensée.

Pourquoi n'a-t-on pas dévoilé à l'artiste, avec )s lois de son effort, le rôle bienfaisant qu'il joue, 5s miracles de bonification qu'il esl susceptible 'opérer ?

Le laïcisirae a-t-il vu un danger dans la religion u Beau? A-t-il pressenti d'irréductibles adveràires ou mieux le courant de l'erreur a-t-il débordé ar le plan esthétique ?

Las^ l'orgueil n'a rien dit aux artistes I Ils ignoeront donc toujours leur dignité, leur puissance t leurs devoirs aussi sublimes que leurs droits.

Concevoir l'idéal et le réaliser reste la plus haute des vocations.

Pour; l'éprouver : va aux maîtres, va au chefd'œuvre.

Cède au rabatteur de l'idéal ; la voix qui m'a parlé te parlera, qu'elle sorte d'une statue, d'un pilier, d'un tableau.

Quand tu l'auras entendue, ton esprit se détournera de [la terre et tu prononceras le vœu d'idéaUté.

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