‹ L'art idéaliste et mystique: précédéde la réfutation de TaineChapitre 9 sur 48 · EL · texte numérisé non relu

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pestilentiœj qui, pendant un quart de siècle, a officiellement servi à la ville et au monde les vaticinations de l'incompétence.

Taine fut un sectaire, non de* ceux qui se partagent les deniers d'une église, mais de ces autres, tout aussi redoutables, qui se taillent une originalité aux dépens de la vérité et de l'expérience.

II n'y a pas d'originalité possible dans la recherche sincère : la vérité ne fournit pas des aspects si variés que chaque survenant puisse s'affirmer autrement que par des coordinations et des éclaircissements.

Toute théorie personnelle est une erreur; toute nouveauté une ignorance ou une grimace perverse: et la pire trahison se voit aux efforts d'innovation doctrinale.

Voulez-vous créer ? Soyez artistes et renouvelez les formes. Enseignez-vous ? Attentifs au legs du passé, commentez-le, sans ce misérable souci de paraître neuf aux matières cent fois séculaires.

L^esthétique mérite de conquérir son existence propre, d'être affranchie à la fois du prêtre et du libre-penseur.

Trop longtemps on a demandé à l'art son billet de confession ; il ne faut pas qu'on lui impose un certificat d* athéisme.

M. Curie n'a nul besoin de théologie pour constater le phénomène de radiance qui justifie la doctrine spirituaiiste, et en prouvant Tunité de matière, apporte une surprenante confirmation à Tunité de Dieu. En face de ses appareils il peut être matérialiste, sans que cela gêne ses découvertes.

L'artiste, au contraire,se condamne à la stérilité^ en appliquant à sa recherche une formule de laboratoire. Ce qu'il constate ne signifie rien : les éléments que lui fournit la nature doivent traverser des états successifs pour se cristalliser en beauté; et Falambic ici est son propre cerveau. Comment le modèle, analogue au carbone, va-t-il se sublimer en diamant ? A quelles températures d'âme faudrat-il soumettre le sombre minerai pour l'amener à l'état lumineux et radiant ? Secret vraiment impénétrable, secret quasi divin que cette transformation de la forme actuelle en forme immortelle ! • Celte considération, qui juge l'œuvre de l'art d'après les précédents et les subséquents, qui lui donne son rang dans révolution historique, cette considération critique qui compare et établit un palmarès chronologique, abolit la véritable esthétique.

L'ouvrage d'art doit nous .apparaître comme un

individu; et comme tel,ilfaut l'envisager sans souci de ses aïeux ou de ses fils, sinon les spécialistes seuls pourraient en approcher.

L'Italien illettré ne comprend pas Dante : mais Giotto s'offre à lui autrement lisible puisque le grand trecentiste s'exprime par pantomime. Raphaël comme Orcagna emploie une langue universelle, le corps humain : et tout homme étant passionné de sa nature, reconnaîtra l'expression des passions, sans lecture ni commentaire.

On objectera peut-être que les passions de l'esprit lui sont étrangères et qu'il se fait une idée défectueuse du philosophe et du saint. Regardons en nous-mêmes attentivement et nous découvrirons que les choses concrètes agissent bien moins sur notre imagination que les visions transcendantales. Les anges plaisent plus que les gamins, tles vierges que les filles, les héros que les ouvriers, et même aux gamins, aux filles et aux ouvriers.

Cette littérature du peuple, que nous ignorons, nous autres écrivains, cette littérature de livraison à un sou qui remue plus d'or et plus d'âme que tous les stylistes ensemble, a un caractère bien singulier : l'idéalisme, et la moralité. Il s'agit toujours d'jun thème de pitié pour quelque inno-

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cence que le dénouement fait triompher et quelque scélératesse à la fin confondue.

Nous sommes idéalistes d'instinct : voilà le point capital de Testhétique ; seule une corruption delà culture nous rend infidèles h cette innéité. Les chromos des réclames sont jolis, et la clientèle Texige.

Il n'est pas question de créer le goût, mais de le satisfaire. Le réalisme a été une dépravation, une véritable épidémie spirituelle et aussitôt l'instantané a démontré l'inanité d'une pareille doctrine. Ouvrez un journal illustré des sports : le penthalte se réduit à de très laides images évoquant le manuel médical : cependant les hommes sont nus et anatomiquement remarquables. Le prestige des souverains et des fonctionnaires tombe devant l'objectif ; les femmes elles-mêmes ne résistent pas à cette notation brutale.

Cependant le choix des formes,leur unification» selon une dominante expressive, constitue seulement le premier acte de l'artiste. Le second exige la découverte d'une stase significative. Qu'on essaye de reproduire devant une glace la pose en apparence si simple d'un antique. On s'apercevra que le corps ne la donne pas aisément et du premier coup, et que son naturel provient d'essais préliminaires^ noiQbreu^ et appliqués.

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Ces deux opérations, d'où la valeur de l'œuvre dépend, se trouvent supprimées par un sujet médiocre à la hollandaise ou vulgaire à la Zola. Encore faut-il remarquer, à la décharge d'un Gérard Dow, que l'exécution précieuse, infiniment probe et détaillée, crée un certain intérêt. La perfection donne toujours du plaisir, même appliquée à un terme bas. Dans une toile comme le Bon Bock, l'ennui du sujet s'augmente de l'ignorance de métier : il n'y a ni art, ni peinture, il n'y a rien.

L'idée de perfection est une de celles qui éclairent abondamment la question artistique, si on l'entend autrement que dans le sens du métier.

Vélasquez pourrait être proposé pour la royauté en peinture, en se plaçant au plan des ouvriers de la couleur ou à celui des amateurs. Esthétiquement^ il n'obtiendrait pas même la centième place; le moindre giottesque, le plus pâle lombard remportent sur lui.

Cette différenciation entre l'excellence du procédé et l'excellence évocatrice se place, comme une base nécessaire de la critique.

Est-ce à dire qu'il faut priser l'évocation au mépris du métier, proclamer Chenavard le plus grand des maîtres, et considérer le belge Wiertz

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au-dessus de Delacroix, pour ses intentions morales ? A Dieu ne plaise de tomber à ces aberrations. Je l'ai dit, l'intention, la bonne volonté, les qualités de l'artiste n'ont aucun intérêt : sa réalisation seule importe, mais il est étourdi de demander au giottesque la vraisemblance plastique du cinquecento. Les fautes de dessin d'un Titien nous choquent parce qu'elles sont des discordances dans un art entièrement évolué et rayonnant de force sereine. •

On ne les aperçoit pas chez les Primitifs. Qui incriminera la puérilité de l'enfant, l'étourderie de l'adolescent? Un artiste a toujours Fâge de son époque.

L'architecture atteignit sa perfection, avant les autres arts de dessin. A la fusée de l'ogive s'adaptent des statues absurdes de verticalité; essayez de les remplacer par des ouvrages corrects et logiques !

L'enfance et l'adolescence d'un art ne doivent pas être critiquées comme des étapes, mais considérées en elles-mêmes.

Le caractère hiératique résulte d'une expression de style obtenue avec un procédé restreint ; l'immatérialité provient de la pauvreté relative d'exécution. Les maîtres d'apogée auront une autre beauté, jamais celle des primitifs,

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Chaque artiste renferme un art complet, chaque œuvre n'a de valeur que la sienne propre. Pourquoi s'embarrasser de dates, d'éphémérides, du fatras des commentaires, pour jouir de la pureté d'une madone ou de la volupté d'une courtisane ?

II y a un calcul intéressé à élever une barrière et à faire payer un tribut au pauvre monde ?

L'esthétique officielle s'applique à hérisser l'approche des chefs-d'œuvre, de difficultés: l'institut s'efforce d'installer une sacristie dans les musées, et de s'ériger en clergé du beau, quoique ce vœu cadre mal avec révolution contemporaine.

En face de la Sainte- Anne ou de la « Madone de la Victoire », l'homme officiel vous demandera si vous connaissez le milieu, le lieu, les contemporains, le climat, la race, les mœurs. Gela est inutile pour entendre celte progression de l'animal et de l'enfant s'élevant de la jeune femme à la femme mûre, sur un thème sacré. Qu'est-ce que la biographie des donataires ajoute à la contemplation de la Madone de la Victoire ?

Les Beaux-Arts dédiés à tous s'adressent spécialement aux illettrés : l'homme qui ne peut lire les philosophes,Ies verra dans \ Ecole d'Athènes^ et tel qui. ignore l'alphabet contemplera sans effort les merveilles de l'extase mystique, hénosis

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de Plotin, spasme de sainte Thérèse ou de sainte Catherine de Sienne. A l'ignare qui n'ouvre pas les livres, on ouvre le ciel, on lui montre Dieu et son cortège d'anges ; et enfin la théologie se présente aux plus humbles, tangible, séduisante, féconde, radieuse, je dirais évidente, car, offerte à la seule sensibilité, elle se débarrasse de l'aristotélisme de son argumentation, elle apparaît comme un prestige, au lieu de se développer comme un raisonnement.

Suivant Taspect contemplé, une idée se reflète en expressions aussi variées que le prisme de Tesprit humain.

Les définitions se succèdent aisément équivalentes en soi, et préférées, selon les idiosyncrasies. Cependant il faut, sous peine de se perdre dans la multiplicité des rapports, adopter un principe et le réduire à renonciation la plus courte, la plus simple, parce que la vérité se voile avec des mots nombreux. Plus on les accumule, plus on multiplie les plans perspectifs.

Je crois que Ton enfermera la plus grande somme de vérité, sous la formule la plus brève, en disant :

« L'art est la spiritualité des formes. »

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