‹ L'art indienChapitre 20 sur 160 · G. Le Bon, loc. cit., p · texte numérisé non relu

G. Le Bon, loc. cit., p

Sul LES TEMPLES DRAVIDIENS

On a reproché aux architectes dravidiens d’avoir eu plus a coeur d’éblouir que d’émouvoir. Le reproche est, sans doute, excessif. En tout cas, leurs constructions se recommandent par leur silhouette imposante. A premiére vue, elles rappellent, avec leurs portiques monumentaux, les temples de l’Assyrie, de la Babylonie et de lancienne Egypte. Le gopura ou fronton monumental, qui surmonte chaque porte de l’enceinte, répond, comme I’a si bien dit Sylvain Lévi, « exactement au pylone égyptien; les grands mandapas et les salles aux mille colonnes reproduisent jusque dans le détail les salles hypostyles. Tout, jusqu’au mode dagrégation, jusqu’a VYimpression de labeur gigantesque, est commun a ces deux architectures. La distance des temps exclut Phypothese d’une influence directe. Faut-il croire 4 une simple influence de hasard, ressource toujours aisée? Les premiers orientalistes, frappés par le nombre des analogies, m’hésitaient pas 4 admettre des rapports. historiques entre VEgypte des pharaons et l’Inde des brahmanes. La critique sévére a écarté ces ambitieuses spéculations, mais elle ne les a pas réduites 4 néant. La sagesse

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commande de signaler les rapprochements sans conclure? »,

Nous avons dit quelles sont les dispositions essentielles de la pagode dravidienne. Et, tout d’abord, établissons lorigine du mot pagode. I] semblerait que ce soit une déformation du mot hindou dagoba, désignant la chasse bouddhique, dont, par corruption, on fit dagop, puis pagode’. La pagode est un ensemble composé de quatre parties. La premiére est le vimana, c’est le temple par excellence; de forme carrée, il renferme le sanctuaire, qui prend son jour seulement par Punique porte d’entrée, et ou est image du dieu ou son embléme. Son toit, a plusieurs étages, est disposé en pyramide. Et cette pyramide atteint souvent une hauteur excessive, tel le toit de la pagode de Tanjore, qui atteint soixante-trois métres. La seconde région, a partir du centre, est le mandapa, sorte de porche ou vestibule a colonnes, semblable au pronaos antique, complétant la porte unique qui donne accés au vimana et que peuvent seuls passer les gens des plus hautes castes, Cet ostracisme, qui éloigne la foule, fait comprendre les dimensions toujours trés réduites du sanc-

1. Sylvain Lévi, loc. cit., Inde, p. 708, col. 1. « Si Von tenait absolument 4 trouver quelque analogie entre les gopuras et d’autres monuments anciens, il faudrait plutét la chercher dans les temples de la Babylonie en forme de pyramide a base carrée dont parle Strabon, et dont on retrouve un bon exemple existant encore dans l’observatoire de Khorsabad. Cette forme, du reste, nest pas spéciale 4 I'Inde méridionale, car on la retrouve dans VInde du Nord, dans. le temple de Bouddha-Gaya.'» G. I.e Bon, 10C.N Citi Pe. D908 :

2. Schnaase (loc. cit., p. 117) fait dériver le mot Pagode ae Vhindou Bhagavati (sainte maison).

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tuaire. .La troisi¢me partie est l’enceinte elle-méme, avec ses portes monumentales dont les hauts frontons, ou gopuras (fig. 13), se dressent en gigantesques pyramides 4 étages, chargées d’un monde de statues en pierre, en ciment ou en terre cuite. Par leurs dimensions, certains de ces gopuras arrivent a constituer de véritables temples. La quatriéme division est la chauderie: ou choultrie, salle 4 piliers, salle aux mille colonnes, dont les corniches reposent sur des fits monolithes évidés au ciseau. La chauderie est destinée a loger les pélerins, les voyageurs, qui y trouvent, en tout temps, un abri, l’eau et le feu nécessaires aux repas. Puis ce sont les étangs quadrangulaires avec leurs escaliers a degrés sans nombre, les réservoirs, les batiments annexes ou sont logés les prétres, les serviteurs, les bayadéres. Avec leurs avenues de palmiers, leurs arbres sacrés, ils complétent cet ensemble compris dans un vaste enclos. Il faut aussi mentionner les piliers ou stambahs qui supportent des images sacrées, des drapeaux aux devises des dieux, ou des centaines de lampes liturgiques.

Mais, suivant que par la. générosité des fidéles, Paffluence des pélerins, les besoins du culte, la pagode augmente d’importance, elle ne voit changer en rien ses dispositions premiéres. Les enceintes rectangulaires concentriques se doublent, se triplent, se multiplient, avec leurs portes 4 gopuras sur chaque face. De nouveaux réservoirs se creusent, de nouvelles constructions s’éleévent ot habitera le personnel, ot les marchands tiennent un véritable bazar. Ainsi, telle pagode qui, au début, ne mesurait pas cent pieds de cété, finira par

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devenir ‘une véritable ville enclose, 4 multiples enceintes,-comme les cités de la Babylonie. Et les gopuras se succédent sur une méme ligne, pour former

une longue

avenue de py-

ramides dont certaines mesurent soixante métres.de haut, ce qui. aide a comprendre Vépaisseur extraordinaire des murailles.

Nous avons .§

dit. que- souvent ces gopuras étaient autant. de temples. Comme

Pa dit G.: Le

Bon, « on voit quela facade de chaque étage est formée par la - répétition @un certain nombre de: p d’un déme, et

ils constituent,

gopura. C’est

cr

GOPURA DE LA PAGODE DE CONJEVERAM.

(xv° ou xvie siécle.)

etits pavillons 4 colonnes surmontées entre lesquels se trouvent des statues;

a notre avis, ’élément primitif de la précisément .a cet élément primitif que

sont réduits les plus anciens temples du sud de l’Inde, ceux de Mahavellipore, par exemple. Les plus grands gopuras résultent seulement de la répétition de ce méme élément? ».

En effet, ’origine des pagodes dravidiennes peut étre recherchée dans les petits monuments de Mahabalipour, au sud de Madras, creusés en pleine roche, et dans ceux de Badami, présidence de Bombay, qui rappellent les viharas bouddhiques. I] faut la chercher aussi dans les merveilleux temples d’Ellora (fig. 14) du Nizam, prés d’Aurangabad. De ces derniers, Padmirable Kailasa, avec son monde de statues et des basreliefs, est aujourd’hui classique, aprés les études des archéologues anglais, et les belles publications de G. Le Bon, qui en a donné la description la plus justement enthousiaste’. Par leurs caractéres généraux, les temples d’Ellora, évidés dans la roche des montagnes, se rapportent bien a l’architecture du sud de l’Inde. Fergusson et Cuningham les datent du vi’ au x® siécle de notre ére, et on les a attribués aux Cholas, qui tinrent alors le pouvoir pendant l’éclipse des dynasties chalukyas, de 750 a 950 ap. J.-C.

La pagode de Tandjore (fig. 15) peut étre prise comme le type de l’architecture dravidienne. Bien qu’elle n’égale ni en grandeur ni en perfection les: pagodes anciennes de Madura et de Sriringam, elle « forme, comme l’a dit Sylvain Lévi, une exception, péut-étre unique, par la régularité: de sa disposition et Pélégance de ses proportions... avec son vimana qui

‘tet 2. G. Le!Bon) loc. 2it., ip. 530,

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dresse sur une pyramide de treize étages son déme monolithe a une hauteur de soixante-trois métres !

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FIG, Ig, — TEMPLE D’ELLORA (ENTREE).

Consacrée 4 Vichnou et a Civa, dont les statues s’y mélent a celles des autres divinités pouraniques, elle

date de cette époque, concordant avec le x1° siécle

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