‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 102 sur 159 · PAYSAGE JAPON A. S · texte numérisé non relu

PAYSAGE JAPON A. S

atteignent SOUVent (Dessin de l'école moderne pour le décor d'une bcîte de laque.)

la légèreté et la minceur d'une feuille de papier. Les interstices et les inégalités sont bouchées avec un mélange de pierre pulvérisée et de colle très claire; puis on recouvre l'objet, soit d'une légère couche d'enduit formé d'argile calcinée et de vernis brut étendu d'eau, soit d'une toile de Bœhmeria que l'on applique de telle façon qu'il n'y ait aucun pli.

Le squelette ainsi établi, poncé à la pierre et séché, le laqueur le couvre d'une première couche, qu'il polit également, de vernis mêlé de poudre de pierre à aiguiser très fine; puis il étale au pinceau , comme une sorte de dessous préparatoire , soit une

i. Les Laques japonais au Trocadéro. — Galette des Beaux - Arts , 1878, 2e semestre.

couche d'encre de Chine , soit de vermillon, de gomme-gutte ou de poudre rouge de Benigara. Il couvre d'une couche de vernis, polit de nouveau à plusieurs reprises, avec de la poudre

de charbon étendue d'eau, en faisant sécher chaque fois dans un endroit clos, obscur et très légèrement humide. Il repasse sur le tout une couche de vernis ordinaire qu'il a soin d'essuyer sur-le-champ: celui-ci. une fois sec. est recouvert enfin dune couche de vernis de Yoshino de qualité supérieure et de la plus grande pureté possible. La pièce passe de nouveau au séchoir et reçoit son dernier poli, souvent de longs mois après qu'elle a été commencée.

Ceci est l'opération la plus simple pour la fabrication des laques de choix sans ornements. C'est sur ce fond que le décor vient se superposer et ajouter à ces premières difficultés, les difficultés bien autrement grandes encore de l'exécution des dessins unis ou en relief.

Dans cette mise en œuvre . le temps est le facteur le plus important. Les séchages répétés demandent chacun des semaines et même des mois. L'achèvement de certaines pièces de prix n'est complet qu'au bout de plusieurs années. On s étonne de la solidité extrême que présentent des objets d'apparence aussi fragile ; leur durée merveilleuse semble inexplicable, leur légèreté spécifique tient du prodige. La qualité et l'inaltérabilité des laques dépend, en grande partie, des conditions spéciales dans les-

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D près Hokoasû.)

LES LAQUES

i Sé-

quelles le séchage s'opère et du soin qui y est apporté. De telles lenteurs de fabrication justifient à elles seules la haute valeur commerciale qu'ont toujours eue les laques au Japon.

Aujourd'hui les procédés sont beaucoup plus hâtifs. Les commandes européennes ont tué les antiques traditions.

Aussi les laques modernes n'ont- ils qu'une solidité éphémère. Le bateau le Nil sombra en 1874, près de Yokohama, et les caisses contenant les objets d'art envoyés par le Japon à

l'Exposition de Vienne séjournèrent plus d'un an au fond de la mer. Lorsqu'on les retira, on s'aperçut avec surprise que les laques anciens , malgré cette immersion prolongée, étaient restés intacts, alors que les produits modernes de Kioto et de Yédo étaient complètement détruits. En somme, rien n'est plus durable, dans son apparente fragilité, qu'un beau laque du Japon. La qualité toute nue des matières suffit à un connaisseur pour apprécier la maîtrise d'une œuvre. Pour nous, Européens, auxquels manque un tel raffinement du sens de la vue. c'est if. 24

ÉTUDE POUR LE DECOR DES LAQUES. (ÉCOLE DE KIOTO, XVIIIe SIÈCLE).

^Collection de M. H. Booilhet.)

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