AIGLE DE MER, EN GRÈS DE BIZEN
(Collection de M. Ph. Burty.)
productions frappent par de grands placages d'un émail vert émeraude de la plus grande beauté, laissant généralement transparaître une première couche de couverte à larges craquelures et venant se joindre à des dessins en brun au grand feu. L'impression saisissante provoquée par ces objets est souvent complétée par une irrégularité voulue dans les formes, qui ajoute au pittoresque de l'ensemble.
Quelques autres spécialités signalent la province d'Owari à l'attention des amateurs. Le village à'Ynouyajna a produit une poterie intéressante par ses décors de couleurs au feu de moufle, qui sont d'un arrangement artistique. Notons aussi que, dans le district d'Aïtshi, il a été fondé au commencement du siècle actuel, par un céramiste du nom de Toyosouki, une poterie poreuse et friable à laquelle on a donné le nom de Horakou, à cause de sa grande ressemblance avec le Rakou qui se fabrique à Kioto. Nous reproduisons de cette fabrication un joli bol à thé, planche VIII, n° i.
Enfin, depuis quatre-vingts ans, on s'est adonné à Akad\ou, village des environs de Séto, à la fabrication en grand des sométsouké (porcelaines blanches à dessins bleus sous couverte . On y a fondé depuis quelque dix années de véritables manufactures qui ont encombré nos marchés de leurs produits.
C'est un nommé Kitshi\ayémon qui, au retour d'un voyage d'études accompli à Hizen, implanta cette branche d'industrie dans la province d'Owari, dont la capitale Nagoya devint le principal marché pour la vente des nouvelles porcelaines. A peine les artistes d'Owari avaient-ils commencé à produire des sométsouké, lorsque dans l'année 1804, les secrets de cette fabrication se transmirent à la province de Mino pour être exploités dans un village du nom de Koujiri et dans quelques autres localités des environs. Seulement, au lieu de viser les besoins du commerce, à l'exemple de leurs voisins d'Owari, les artistes de Mino concentraient leurs efforts sur
LA CÉRAMIQUE
une production tout à fait supérieure et dont, pendant longtemps, la cour impériale a seule bénéficié. Cette fabrication est remar-
BRULE- PARFUMS A JOUR, EN GRES DE BtZEN BLANC. (Collection de M. Georges Petit.)
quable par la perfection de son émail aussi bien que par l'extrême finesse des dessins bleus, témoignant d'une habileté consommée dans l'exécution. Les beaux échantillons de Mino sont en droit de pré-
tendre à une place honorable dans les collections les mieux épurées.
Il nous reste à parler d'un certain nombre de poteries dont le caractère exclusif accuse une origine purement japonaise, qui éloigne l'idée de toute influence étrangère.
L'une des plus anciennes de celles qui appartiennent à cet ordre de productions est, sans conteste, celle qui se poursuit depuis des siècles à Imbé, dans la province de Bi^en.
De tout temps, on a confectionné dans cette localité les grès que tous les amateurs connaissent; mais c'est au cours des derniers siècles seulement que la matière a acquis le degré de finesse qui lui donne du prix à nos yeux.
La cassure de la pâte est essentiellement rouge et comme la cuisson s'opère à un feu très violent en raison de la consistance de la matière, il s'en dégage une sorte de vernis naturel produit par la fusion des parties vitreuses et qui donne la coloration extérieure aux objets. Disons cependant, bien que le fait ait été contesté, que dans bien des cas la main de l'ouvrier a dû compléter, par l'addition d'une légère glaçure, l'effet naturel du feu. Il a été obtenu par ces procédés une série de tons des plus intéressants, rouges, verdâtres, gris, voire même presque blancs, ainsi que nous le prouve un échantillon récemment arrivé en Europe. Nous reproduisons ici cette pièce qui représente un brûle-parfums à jour de forme sphérique et surmonté d'une chimère.
Si la terre offre des qualités exceptionnelles, il s'est trouvé également à Bizen des artistes de grand mérite pour la modeler. Il est impossible en effet de représenter avec une vérité plus saisissante des oiseaux pleins de vie et de mouvement, ni de doter d'accents plus caractéristiques les figures humaines ou fantaisistes.
Les poteries connues sous le nom d'Iga et de Shigaraki peuvent compter parmi les plus anciennes du Japon. Ces deux
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espèces ont beaucoup de ressemblance entre elles et les endroits où elles sont fabriquées sont très voisins, bien qu'appartenant à deux provinces différentes. Les poteries d'Iga se font dans la province du même nom, au lieu appelé Maroubashira, sur la limite frontière d'Omi, tandis que Shigaraki est un village situé sur le territoire de cette dernière province.
Les objets fournis par ces lieux de production ont peu varié depuis des temps très reculés; ils ont conservé leur aspect rugueux et primitif et les amateurs japonais les aiment ainsi. La pâte est excessivement pierreuse, notamment dans les Shigaraki; on Fa fait quelquefois passer au tamis pour la confection de certaines pièces, surtout pour les pots à thé qui ont été commandés ainsi par le tshiajin Yenshiu; mais le plus souvent, on se plaît à laisser subsister dans la matière tous les cailloux dont elle est mélangée, et ces pierres, une fois vitrifiées, produisent véritablement des effets très curieux, en donnant aux objets un caractère tout particulier. Les Japonais, qui sont des raffinés à leur manière, s'amusent beaucoup des accidents toujours variés qui apparaissent dans ces sortes de pièces dont bon nombre sont simplement façonnées à la main et recouvertes d'un vernis naturel qui se dégage de la matière par la seule action du feu.
Il est une autre sorte de poterie qui frappe par la rugosité de sa pâte. Elle se fabrique depuis huit cents ans environ à Nakamoura dans la province d'Ivaki et on l'appelle Sôma-Yaki, du nom du prince de Sôma qui avait anciennement possédé ce territoire.
Ce ne sont pas des pierres que nous rencontrons ici dans la matière, mais plutôt le mélange d'une forte partie de sable, à peine dissimulé parfois sous une mince couche d'émail. Beaucoup de poteries de Sôma sont ornées d'un décor de chevaux qui est tantôt dessiné en noir sous l'émail, tantôt modelé en relief, et l'on dit que le dessin de ces chevaux aurait été fourni pendant la
période Tenshio (1573-91) par un peintre du nom de Kano Shosin. D'autres spécimens de Sôma offrent sur toute la surface extérieure une imitation de la peau de chagrin, figurée par de petites gouttelettes d'émail très serrées; d'autres variétés enfin ont été produites suivant l'inspiration personnelle des artistes.
Non loin de Shigaraki se trouve le village de Shidoro; les productions de ces deux localités ont également un air de parenté, avec cette différence que les matières de la première sont plus épurées et que la cassure de la pâte est d'un ton plus rouge.
Du temps de Yenshiu, on a commencé à Shidoro la fabrication des pots à thé dans le genre de ceux de Séto, et, depuis lors, on s'en est tenu principalement à cette spécialité. Beaucoup d'échantillons offrent une couche d'émail composée de tons mélangés, au milieu desquels un jaune d'or aux reflets chatoyants produit des effets très heureux.
C'est encore à Yenshiu que la fabrication de Asahi, dans la province de Yamato, doit les perfectionnements qui la rendent intéressante aux amateurs, notamment en raison des tasses à thé que ce Mécène a fait exécuter et qui tiennent une place honorable au milieu des collections japonaises. Pourtant, ces productions sont loin de mériter la faveur qui s'attache avec raison à une autre espèce de poterie fournie également par la province de Yamato et connue sous la désignation SAkcihada, d'après une montagne de ce nom située près du village de Gojo.
Les objets de cette provenance frappent par la belle qualité et les beaux tons de leur glaçure, laquelle présente souvent un blanc laiteux accidenté de hachures brunes ou bien encore contrastant avec des émaux de couleurs foncées et même quelquefois presque noirs.
A la même famille que les variétés ci-dessus vient se ratta-
LA CÉRAMIQUE
cher une poterie d'origine très ancienne qui se fabrique dans la province de Setsou au village de Kosobé, district de Shimogami. Le seul spécimen de Kosobé-yaki qui nous soit connu ressemble par la matière aux productions d'Akahada. La couverte blanche, mate et opaque a l'aspect de la chaux, et sur ce fond l'ornementation se détache en émail brun, formant des dessins d'un style archaïque.
BOL D AVADJI, PAR MIMPEÏ.
(Collection de M. Louis Gonse.)
La même province de Setsou fournit aussi des céramiques d'un ordre bien différent. Le lieu de fabrication s'appelle Sanda et produit une belle porcelaine finement émaillée du céladon le plus pur, qu'on pourrait aisément confondre avec des productions analogues de la Chine. — Une marque caractéristique de cette porcelaine se découvre dans le ton rouge que l'effet de la cuisson communique à la pâte aux endroits non revêtus de couverte.
Les poteries à'Avadji sont de création très récente et leur réputation s'appuie presque exclusivement sur les œuvres personnelles
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produites par le fondateur de cette fabrication. Ce fut un nommé Mimpeï, qui, après avoir fait des études sur la céramique à Kioto, était venu s'établir à Ignano, province d'Avadji, dans le dernier quart du xvme siècle. Les objets fabriqués par Mimpeï touchent à des ordres très variés; mais une seule qualité les unit tous, c'est le merveilleux éclat de leurs émaux au grand feu, appliqués sur une pâte généralement fine. Le beau bol que nous donnons ci-dessus et la bouteille à saké de la planche IX, n° 3, peuvent donner une idée de cette fabrication.
Nous ne connaissons aucune production de grand mérite provenant des successeurs de Mimpeï.
Plus modernes encore que les poteries d'Avadji sont celles de Kishiu (trad. province de Kii). C'est en 1804 que les premières pièces auraient été produites; mais cette fabrication ne doit l'éclat qui l'a plus tard entourée qu'à l'intervention de Zengoro, dont nous avons parlé au chapitre qui traite des artistes de Kioto. Nous avons expliqué à cette occasion que le four se trouvait dans l'enceinte même du palais princier de Kii, et que le cachet d'Yeïrakou servit à marquer les œuvres de réminent artiste. Un grand nombre d'autres pièces de Kishiu portent la marque Kaïrakouyen qui a la même signification que l'expression plus populaire à'Oniva-yaki (poteries faites dans le jardin), bien que la traduction littérale soit différente.
La production de Kishiu est presque exclusivement composée de porcelaines à pâte blanche recouverte d'émaux au grand feu en turquoise, violet, jaune et autres tons à l'imitation du genre chinois. S'il était permis de reprocher quelque chose à ces émaux d'une grande finesse, ce serait un éclat peut-être trop intense et produisant un miroitement un peu dur.
Nous avons déjà noté plusieurs sortes de poteries qui emprun-