‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 20 sur 159 · SHOKI EN BOIS SCULPTE · texte numérisé non relu

SHOKI EN BOIS SCULPTE

(Collection de M. Edmond Taigny. )

5o L'ART JAPONAIS.

grande renaissance des Tokougava lui donne une expansion nouvelle.

Le gigantesque Daïbouts en bois peint, de Kioto, est une preuve manifeste de l'état de décadence où était tombée la plastique japonaise au milieu du xvi* siècle. Supérieur comme taille à celui de Nara lui-même, il lui est très inférieur en beauté. L'exécution en est médiocre et l'aspect , paraît-il , des moins séduisants. Il fut endommagé par un tremblement de terre en 1596. Taïko-Sama, le voyant fort mal en point, l'apostropha avec mépris. « Je t'ai placé là à grands frais, s'écria le shiogoun, pour protéger mon peuple et tu ne peux pas te protéger toi-même ! »

Les œuvres de cette période intermédiaire ne sont guère parvenues en Europe. Je ne vois guère à citer qu'une statuette en bois laqué d'or représentant un saint bouddhique en prière (xnf siècle), appartenant à M. Bing; trois grands masques en bronze (xve siècle) appartenant à M. Henri Cernuschi ; une pièce qui se trouve en ma possession : un personnage bouddhique, debout dans l'attitude de la prière, en bois sculpté et laqué avec des yeux d'émail vert (xve siècle); un vase fort précieux, en bronze vert décoré de gourdes et de fleurs de kiri, armoiries du grand Taïko, appartenant à M. Cernuschi, et un groupe de trois personnages jouant aux dames et buvant du saké (commencement du xvie siècle), bronze de la collection de M. Antonin Proust.

Les masques proviennent de la décoration extérieure d'un temple, sans doute des angles de la toiture. Leur taille varie entre om,35 et om,45 de hauteur. Le style en est étrange et puissant ; la fonte assez grossière, mais la pat: ne du plus beau vert de gris. M. Guérard a fait trois superbes dessins de ces masques, qui sont les pièces japonaises les plus anciennes de l'admirable musée de bronzes de M. Cernuschi. L'un d'eux porte la date de 1480, un autre porte l'indication qu'il a été fondu pour le prince Toyoharou-Taïra.

LA SCULPTURE

Le xvne siècle est l'âge d'or de la sculpture au Japon ; les grands travaux d'architecture exécutés sous le règne du troisième

Tokougava, Yémitsou (1623 à i652), coïncident avec l'apogée de cet art.

Hidari Zingoro, l'illustre architecte du grand temple de Nikkô, du temple de Tshiôin, à Kioto, et de plusieurs autres constructions exécutées par Yémitsou , fut en même temps le plus grand sculpteur du Japon.

Il est né à Foushimi, province de Yamashiro, dans le dernier tiers du xvie siècle. Son œuvre est considérable, il n'a exécuté que des travaux de bois, mais rien de sa main n'est ve-

(Collectiou de M. Alph. Hirsch.) . ,

nu, que je sache, en hurope.

Qui n'a pas vu les sculptures de Zingoro à Nikkô , dit un dicton japonais, n'a rien vu. Le temple élevé à la mémoire du grand taïkoun Yéyas par son petit-fils Yémitsou est l'expression la plus complète de son génie comme sculpteur et comme architecte. Sous son ciseau, le bois s'est assoupli, ainsi qu'une cire molle; un monde de personnages, de fleurs, d'oiseaux, de motifs décoratifs a pris vie et s'est enlacé comme une végétation plantureuse, aux colonnes, aux plafonds et aux cloisons mobiles des sanctuaires, aux portes et aux murailles des enceintes et des jardins. Le catalogue descriptif des sculptures de Zingoro composerait un gros volume. Un jour viendra où quelque dessinateur européen entreprendra la publication de l'œuvre du maître charpentier. Ce jour-là,

Page 1