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LA SCULPTURE. 5g
dont M. Cernuschi a fait une tribune au fond du hall de son hôtel, derrière le grand Bouddha, peut être rattachée à l'école de Zingoro. Elle est digne de lui. Elle provient d'un des temples détruits de Yédo. Nous en reproduisons un fragment avec le Bouddha (héliogravures, pi. X).
Le beau tigre en bois doré, de Mme Sarah Bernhardt, qui a figuré à l'exposition de la rue de Sèze, appartient à la même époque.
Les bronzes du xvne siècle se reconnaissent, non seulement à leur style sévère, à leur exécution saine et robuste, mais aussi à leur patine noire un peu mate. Il y en a un certain nombre de fort beaux dans les collections parisiennes. On en compterait facilement une soixantaine qui suffisent à nous faire apprécier la maîtrise des bronziers de cette époque. Je mets, pour ma part, quelques-uns de ces bronzes au premier rang des productions de l'art japonais.
J'ai à peine besoin de dire que c'est dans la collection de M. Cernuschi, dans ce musée de bronzes chinois et japonais unique au monde ', que se trouvent le plus grand nombre de pièces du xvne siècle. Les beaux dessins de M. Guérard reproduisent ici les plus importantes. Deux brûle-parfums de temple à quatre pieds et en bronze doré, aux armoiries des Tokougava (les trois feuilles de mauve), portent la date de la fonte, 1681. Je citerai encore : un Sennin monté sur un tigre, dont le caractère puissant se retrouve dans l'eau-forte (pi. II) que je donne ici; un chat accroupi avec rehauts de dorure sur le pelage; un pèlerin monté sur un mulet; un crabe monumental; les deux philosophes Hanzan et Jittokou, d'un modelé si gras, si vivant, d'une expression si plaisante; un corbeau, des
1. Notre honorable ami M. Cernuschi, dont tout le monde connaît, en France, la haute intelligence et les sentiments généreux, a légué, de son vivant, à la ville de Paris l'ensemble de ses collections avec l'immeuble qui les contient. Les bronzes en constituent la partie principale; mais elle renferme, en outre, des peintures de la Chine et du Japon et des séries céramiques d'un haut intérêt.
coqs, des oiseaux de proie, un canard d'un mouvement admirable, un chien, surprenant d'expression et d'une patine merveilleuse1.
Du reste, c'est dans la représentation des animaux que les
STATUETTE DE BONZE, PAR HISSATAMA OUKOUSOU. (Bois sculpté de la collection de M. Pli. Burty. )
bronziers japonais sont sans rivaux. Si l'on peut parfois leur reprocher quelques insuffisances dans le traitement de la figure humaine, notamment pour le dessin des pieds et des mains, que les artistes du Nippon ont rarement poussé très loin, il n'en est plus de même du rendu des animaux où la sincérité de l'observation les conduit à la perfection même.
M. le comte Abraham Camondo possède une pièce de la plus
r. Voir, pour diverses reproductions des pièces que je viens de citer, le premier volume de cet ouvrage.
LA SCULPTURE
grande beauté. C'est un brûle-parfums, à patine noire frottée de touches d'or, figurant une sphère soutenue par deux chimères
PORTRAIT D UN PRESIDENT DE « TSHIAJIN ». (Statuette en bois de la collection de M. Ph. Burty. )
affrontées et dressées sur leurs pattes. Sa hauteur est d'un mètre environ. Le dessin de ce bronze est d'une harmonie sobre, d'une
décision et en même temps d'une élégance robuste qui fait penser aux beaux ouvrages français du temps de Louis XIV ; il est cependant de pur style japonais. Ainsi que le relate l'inscription gravée
VASES ET THEIERE EN BRONZE. ( D'après un dessin de l'école de Tosa, xvnic siècle.)
sur la base, il provient du temple de Riouzen et a été fondu à Hikoné en 1673.
MM. les comtes Isaac et Nissim Camondo possèdent aussi quelques belles pièces de même époque. Je noterai chez ce
LA SCULPTURE
dernier amateur deux morceaux particulièrement remarquables : un vase de bronze en forme de gourde à deux anses, et un
il Çiit/tsvCi
VASE A QUATRE LCBES, PAR SEÏM1N. ( Bronze de la collection de V. Henri Cernusch''. )
vase en bronze vert, décoré de feuilles de chêne en relief.
M. Ph. Burty a trop le sentiment des hautes époques de l'art
au Japon pour n'avoir pas retenu dans sa collection toutes les
pièces du xvne siècle qu'il lui a été loisible d'acquérir. Il a quelques bronzes d'un choix excellent.
La collection de M. Alphonse Hirsch, formée avec un goût très sûr, nous offre deux bronzes du xvne siècle. L'un d'eux, un brûle-parfums, à patine sombre toute réchauffée par les coulures rouges de la cire perdue et enrichie d'épaisses oxydations, figure
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JARDINIERE EN BRONZE.
(Collection d; M. Alphonse Hirsch.)
deux feuilles de lotus retournées et emboîtées sur lesquelles est posé un martin-pêcheur.
Un autre amateur dont le raffinement n'est pas moindre, M. Charles Haviland, montre avec orgueil dans ses vitrines un cerf accroupi dont l'élégance rappelle la grâce allongée de Jean Goujon. C'est une pièce superlative que je crois japonaise.
Dans la collection particulière de M. S. Bing, je relève une grande oie en bronze d'une beauté monumentale, dont M. Guérard a fait une eau-forte (pi. V), et un ravissant Bouddha en bois laqué d'or et de couleurs.
Moi-même je possède quelques pièces de bronze du temps des premiers Tokougava, pour lesquelles j'ai une affection toute
GRAND TABLEAU DU TEMPLE D ENOSHIMA. SERPENT EN BRONZE, PAR TOMONOBOU (1809); CADRE EN BOIS, PAR TOKOSAi.
(Collection de M. Henri Cernuschi.)
particulière. Ce sont, entre autres, un brûle-parfums à jour, en forme de maison, en bronze doré et incrusté de shakoudo ;
un groupe de deux figures de guerriers sur un rocher, semblant guetter un ennemi lointain, d'un mouvement désinvolte, attentif et bien vivant, et drapées avec la souplesse et l'élégance de petits Tanagras; un porte-bouquet applique en forme de vieille nasse de pêcheur, trouée, bossuée, d'où sort un crabe qui semble y avoir établi sa retraite habituelle. Ce dernier bronze, que M. Guérard a reproduit d'une pointe si magistrale dans une eauforte à deux tons, est, à mes yeux, d'une qualité exceptionnelle. Le crabe est en cuivre revêtu d'une couverte rouge sombre laquée au feu. On ne peut aller plus loin ni plus naïvement dans le rendu de la nature. Une vieille nasse abandonnée dans la mer, un crabe qui en fait sa demeure : cela suffit au modeleur japonais pour créer une œuvre émouvante, disons le mot, un chef-d'œuvre. Le prêtre accroupi appartenant à M. Henri Bouilhet et son grand réchaud à feuilles de pampre sont des morceaux de haut style. La tête du bonze peut servir d'argument contre ceux qui prétendent que les Japonais n'ont su faire que des figures grima-