ENCORBELLEMENTS DU TOIT A TSHIOIN
que le Japonais aime à voir s'échelonner les portiques à la silhouette élégante et monumentale1, s'étager les lanternes funéraires, les vasques en bronze, les chapelles aux magnifiques toitures, s'élancer les pagodes en laque rouge dont l'éclat puissant tranche
sur la verdure des conifères.
L'architecture d'un temple est en même temps l'architecture harmonieuse d'un ensemble, la plupart du temps, d'une vaste étendue. Tout architecte est un Le Nôtre.
Partout éclatent l'amour et le respect de la nature.
« Pour avoir une idée du temple de Midéra, dit M. Georges Bousquet, qu'on se figure un espace comme le parc Monceau, souvent beaucoup plus grand, planté d'arbres gigantesques et très accidenté, généralement aux flancs d'une colline. Sur une plate-forme, où l'on arrive par des escaliers, il y a trois chapelles, une principale au fond, deux accessoires un peu en avant; puis on remonte ou on redescend, suivant la disposition du terrain, le long d'une autre avenue ; de nouveaux escaliers mènent à une bonzerie; au delà encore un autre groupe de trois chapelles, d'autres pagodes; l'œil s'y perd, les jambes se lassent, et toujours de nouvelles avenues, de nouveaux portiques, de nouveaux étonnements! »
i. Ces portiques prennent le nom de tori dans les temples du culte shinto. En bois laqué ou en pierre, ils en annoncent l'approche et en précèdent les avenues. Le tori, dont les formes élancées font l'admiration de tous les voyageurs, se compose, dans sa disposition la plus simple, de deux montants verticaux inclinés l'un vers l'autre, comme la porte dorique, et d'une traverse horizontale légèrement relevée aux deux bouts. Lorsqu'il est en bois, il est habituellement revêtu de laque d'un beau rouge vif. Le grand tori du temple de Yéyas, à Nikkô, qui passe pour le plus beau du Japon, est en pierre et en bronze.
L'ARCHITECTURE
Quand on contemple ces tableaux avec un œil habitué aux accents solennels et symétriques de la plate-bande, de la corniche et de l'arceau, et asservi aux alignements de nos rues et de nos parcs, on ne peut se • défendre tout d'abord d'une troublante surprise. Mais si, dépouillant les souvenirs de l'éducation et les préjugés de la race, on se laisse aller à la jouis-, sance sensuelle qui se dégage de tous ces raffinements de fantaisie et de couleur, de ce rapport parfait entre le cadre et le décor, de ce sentiment exquis et profond du secours que la nature peut prêter à l'art , l'impression devient bien différente : la loi esthétique apparaît. Toute conception architecturale est, au Japon, un tableau où la couleur a autant de vie que les lignes elles-mêmes. Dans cet ordre d'idées les Japonais ont composé de chefs-d'œuvre que le temps a parés d'une beauté sans égale. Ils ont trouvé la formule d'art qui répondait le mieux à leurs goûts et à leur tempérament.
C'est au viie siècle que Tendzi-Tennô fit élever son palais d'Assakoura, à Siga, qui resta pendant plusieurs siècles le modèle des yashikis impériaux.
Le temple de Horiouji, bâti par Shiotokou-Daïshi, et quelques autres constructions de Nara datent du vne siècle; il en est de même d'une partie du temple de l'île d'Idzoukou (Idzoukou-Shima;, dans la mer intérieure, célèbre par son antique et riche trésor.
Au vme siècle, deux empereurs ont eu une grande influence sur les progrès de l'art architectural.
PAGODE DE NIKKO.
L'empereur Shioumoun (724-749) s'est rendu illustre dans r histoire par les encouragements qu'il a prodigués à toutes
les branches de l'art et surtout à l'industrie des laques.
Il passe pour avoir donné une impulsion féconde aux travaux de construction. C'est lui qui a élevé le château fort de Taga, dans la province de Moutsou, dont les ruines existent encore aujourd'hui. Yosaï l'a représenté examinant le plan de la forteresse. Les tuiles retrouvées dans les décombres sont parmi les plus anciens spécimens de céramique ayant date certaine qui soient conservés au Japon.
C'est sous le règne de Shioumoun que Nara, alors capitale de l'empire, atteignit son plus haut degré de prospérité. La porte et la plus grande partie du sanctuaire du temple de Todaïji (temple du Daïbouts), à Nara, sont de cette époque.
Peu après, l'empereur Kouanmou (782-806) construisit le palais impérial de Heïanzio, à Kioto, et fonda le grand temple d'Enriakoudzi, sur le mont Hyeïzan, qui est resté comme le Vatican du bouddhisme, au Japon. Il ne reste rien de la construction primitive de ce temple, sauf quelques objets conservés dans le trésor.