‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 71 sur 159 · I ARMES ANCIENNES DE LA COLLECTION DE M.S.BING · texte numérisé non relu

I ARMES ANCIENNES DE LA COLLECTION DE M.S.BING

LA MONTURE DES SABRES

gnards que les artistes japonais ont déployé le plus de goût et d'invention.

La variété des matières et des colorations employées dans la confection des fourreaux mériterait une étude à part. Qu'ils soient en laque, en bois naturel ou en métal , la composition en est toujours intéressante. Je donne la reproduction de quelques pièces de choix dans les planches héliographiques XIV et XV, et un dessin de l'admirable fragment de fourreau appartenant à M. Montefiore, — un serpent en argent incrusté dans du

1 ° GARDE ENFER INCRUSTE, PAR NAGAYOSHI (FIN DU XVe SIECLEy.

buis naturel, par ToshimitSOU (Collection de M. E.-L. Montefiore.)

(fin du xvme siècle). — - Les numéros 2, 3, 5 et 6 de la planche XIV nous montrent des types différents et bien caractérisés en laque et en bois naturel. On remarquera dans les numéros 2 et 6 une sorte de baguette de métal engagée dans le fourreau sur le côté; ce sont les koghaï, deux petites épingles accolées ensemble, qui sont plutôt un ornement qu'autre chose ; leur- usage est assez mal défini par les Japonais eux-mêmes. Suivant les circonstances, les koghaï pouvaient être plantés dans le corps d'un ennemi mort pour en prendre possession ou servaient à manger du riz. Ils sont dans tous les cas le souvenir d'un appendice, certainement très ancien, de la monture des lames. Il en est de même des kod^oukas, sortes de petits couteaux à lame d'acier , dont la trempe et le travail égalent souvent celles des grandes lames , et à manches aussi richement ciselés que les gardes. Les kodzoukas sont engagés dans les côtes du fourreau. Un sabre peut en porter deux. Dans

la planche XIX, j'ai groupé un certain nombre de kodzoukas et deux koghaï.

Au point de vue de l'art, la garde est la pièce la plus importante de la garniture des sabres. Son histoire serait celle de la ciselure ellemême au Japon. C'est dans la série des gardes que l'on rencontre les œuvres les plus parfaites, les plus précieuses des ciseleurs les plus renommés.

Jusqu'à la fin du xive siècle, l'art de la ciselure reste rudimentaire.

Ses progrès sont plus tardifs que ceux des autres industries. Les spécimens de gardes que j'ai vus, antérieurs à cette époque, m'ont paru grossiers. Ce sont des travaux de forge de fer, dont tous les reliefs sont obtenus au marteau. Si l'exécution en est fruste, le dessin en est quelquefois original et puissant. La collection de M. Ph. Burty renferme quelque très vieilles gardes en fer qui ont un fort beau caractère et qui rappellent les reliefs robustes des médailles du temps de Pisanello. Il est certain que l'époque où les premiers Miotshin ont fait leurs cuirasses de fer a dû produire déjà des gardes qui n'étaient pas sans mérite. Mais je ne connais rien qui remonte authentiquement à Yoritomo. A vrai dire, les ciseleurs n'ont été tout d'abord que des forgerons de lames.

Le plus ancien nom d'artiste ciseleur que je puisse relever est

GARDE EN FER INCRUSTE D'OR, PAR TOSHIHAROU (FIN DU XVe SIÈCLE).

(Colle.t'on de M. E.-L. Montefiore.)

LA MONTURE DES SABRES

celui de Kanaïyé qui travaillait à la fin du xive siècle. Son nom s'est conservé dans l'estime des amateurs japonais. C'est Kanaïyé qui le premier a tenté les incrustations de fils d'or et d'argent dans le fer. On rencontre quelquefois des copies de ses œuvres faites au xvif et au xvnf siècle.

M. Wakaï a rapporté une garde originale de Kanaïyé portant sa signature. C'est une rondelle de fer décorée d'une touffe de primevères à nervures d'or.

Les méthodes inaugurées par Kanaïyé se poursuivent à travers le xve siècle. Le bronze rouge et le bronze jaune sont employés avec l'or et l'argent en incrustations et en cloisonnages qui ne manquent pas d'adresse. Les ajourages du métal deviennent plus fréquents. Quelques exemples nous sont fournis par les collections de MM. Burty et Montefiore. J'ai reproduit trois gardes du xv° siècle qui m'ont paru particulièrement intéressantes. L'une d'elles figure un dessin de trois fagots à jour. L'autre, incrustée de bronze et d'ors de différents tons, représente des singes et un vase de fleurs posé sur une petite table; elle est signée Nagayoshi, de la province de Yamashiro, et porte la date de 1498. Le travail, dans sa naïveté, est déjà assez élégant. Cette garde et une autre de même date qui se trouve dans ma collection portent les signes irrécusables de l'influence persane que l'on retrouve à chaque pas dans l'art primitif du Japon. Je remarquerai à ce propos que le meilleur fer

FAGOTS A JOUR, GARDE EN FER DU XVe SIÈCLE.

(Collection de M. L. Gonse.)

ancien portait le nom de nanban, qui veut dire originaire de la Perse.

Sous Taïko-Sama, à la fin du xvT siècle, l'art qui nous occupe

réalise des progrès importants; les ateliers d'Osaka prennent

un grand développement. On voit apparaître simultanément les fines damasquinures d'or dans le fer et les applications d'émaux translucides.

Un artiste du nom de Kounishiro a été un des premiers à se distinguer dans ce dernier genre de travail qui, au xvne siècle et au xvme, a produit, au Japon, de véritables merveilles. Les gens du métier connaissent les difficultés que présente l'incrustation des émaux translucides. Le cloisonnage direct de l'émail sur le fer a été maintes fois tenté; mais les artistes japonais, pas plus que les artistes européens, n'ont pu le réussir. On a toujours dû interposer entre le fer et l'émail une mince cloison d'or, et même dans ces conditions l'opération présente les plus extrêmes difficultés. Les Chinois, qui sont les plus grands cloisonneurs du monde, ont rarement essayé le cloisonné sur fer. Les Japonais sont les seuls qui aient obtenu une inté- ' grité et une translucidité parfaites de l'émail. La sertissure d'or atteint sous leur main une telle finesse qu'elle disparaît presque à l'œil ; la surface de l'émail reste égale et nette; l'intensité des tons

GARDE EX FEE, A JOUR (XVIe SIÈCLE)

(Collection de M. Ph. Burty )

LA MONTURE DES SABRES

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rivalise avec celle des pierres précieuses. Les gardes de fer à émaux translucides ont toujours été rares, même au Japon. J'en possède deux; Tune est signée Kounishiro; l'autre, Hiratanari (fin du xvne siècle). Cette dernière représente des nénuphars fleuris qui se détachent en brillantes couleurs sur le fond mat du fer.

M. Burty est parvenu à réunir une demi-douzaine de ces gardes et c'est une des gloires de sa collection. Je me souviens notamment de deux canards mandarins voguant au fil de l'eau qui sont une pure merveille. La même collection renferme une grande garde en fer martelé, carrée, de dimension inusitée. Elle est décorée des emblèmes de Taïko-Sama auquel elle a appartenu. Elle provient d'un temple de Yédo.

Trois ciseleurs -forgerons paraissent avoir eu, à la fin du

xvie siècle, une influence particulière sur le progrès de ces travaux

délicats destinés à la monture des sabres, ce sont: Kinaï d'Etshizen,

j Shinkodo et Nobouiyé. Leurs œuvres sont, avec raison, très

^çXLi. recherchées des amateurs japonais. Personne, sauf Oumé-

^U tada, dont je vais parler, n'a apporté dans le travail du fer

"* une exécution plus grasse, plus libre, un sentiment plus

KINA1* original. [Les/gardes de Kinaï ont une souplesse qui donne

la sensation de fontes à cire perdue. Les langoustes à jour, que je

reproduis ici, sont tellement vivantes et naturelles qu'elles ne

laissent pas soupçonner l'effroyable difficulté vaincue par l'artiste.

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