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L'art japonais

L'histoire de la peinture est, au Japon plus qu'ailleurs, l'histoire de l'art lui-même.

L'étude de ses progrès, de ses développements, de ses transformations peut seule jeter quelque jour sur l'histoire de ces arts secondaires que nous dénommons arts décoratifs, et nous faire pénétrer dans l'intimité du goût japonais. La peinture est la clef; sans elle tout reste fermé à nos yeux. L'art entier en est issu et s'y subordonne.

Si nous pouvons établir sur quelques données précises les grandes lignes de l'histoire de la peinture, nous aurons fait un pas décisif dans la compréhension

CACHET DE KOUDARA KABANARI,

du génie artistique de ce peuple, qui charme notre imagination, mais que nous jugeons et connaissons si mal.

C'est dans ce sens presque exclusif que se sont portées les plus récentes recherches des Américains et des Anglais. Avec leur esprit précis et pratique, ces derniers ont compris qu^aucune classification, aucune chronologie sérieuse ne pouvaient éclairer Fhistoire de Part japonais en dehors de Pétude des monuments de la peinture.

Le docteur Anderson, de Londres, qui a résidé pendant plusieurs années au Japon, comme professeur à rUniversité médicale de Tokio, s'est voué à ces délicates recherches. Il a formé sur place une nombreuse bibliothèque de livres japonais et réuni une admirable collection de près de deux mille kakévionos, makimonos^ et albums peints où figurent des spécimens de toutes les écoles de peinture et des principaux maîtres. Cet ensemble, d'un intérêt inappréciable, a été récemment acquis en bloc par le British Muséum, au prix de 75,000 francs. Le docteur Anderson en fait en ce moment le classement chronologique. Tous ceux qui s'in-

I. On appelle kakémonos ces peintures sur soie ou sur papier élégamment encadrées de bandes d'étoffes unies ou brochées, montées sur une feuille de papier épais et enroulées sur un léger cylindre de bois de pin, garni à ses extrémités de bouts en ivoire, en corne, en bois naturel ou laqué. Le kakémono est le tableau des Japonais. Il est peu de maisons, si modestes qu'elles soient, qui n'en possèdent un ou plusieurs. On les déroule et on les accroche aux cloisons intérieures, les jours où l'on reçoit un ami, ou si quelque étranger vous honore de sa visite. Un emplacement dit tokonoma, est d'ordinaire réservé, dans les maisons bourgeoises, au kakémono. La monture de soie de ces rouleaux

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téressent à l'histoire de Part au Japon attendent avec impatience que cette collection soit exposée dans les salles qui lui sont spécialement affectées; ils attendent aussi Tachèvement du grand ouvrage que le docteur Anderson prépare depuis plusieurs années sur la peinture japonaise et dont il vient de faire paraître le premier fascicule*.

Les Américains, de leur côté, ont acheté beaucoup de kakémonos et l'on cite parmi eux un ardent collectionneur, M. Fenollosa, reçu membre de l'Académie de Kano, qui en a recueilli plus de cinq mille, et qui passe aujourd'hui pour le connaisseur le plus exercé en cette matière. M. Fenollosa prépare également une importante publication sur Thistoire de la peinture. Enfin le docteur Gierke, de Berlin, a réuni pendant son séjour au Japon une nombreuse et précieuse collection de peintures qui contient des originaux indiscutables de quelques-uns des principaux artistes du Japon. Elle a été acquise au prix de 45,000 francs, par le Musée de Berlin.

est souvent du plus grand luxe; l'encadrement d'une variété de dessins infinie et presque toujours de la plus exquise couleur, s'harmonise à merveille avec la peinture elle-même. Une monture soignée est habituellement l'indice d'une œuvre estimée. C'est dans la monture des kakémonos que l'on retrouve les échantillons des plus beaux et des plus anciens tissus. Les kakémonos de grand prix sont même enveloppés d'un étui de soie et enfermés dans une double boîte.

Le makimono est un rouleau plus petit, mais plus long, qui se déroule à la main, dans le sens de la largeur. C'est, en quelque sorte, la forme primitive du livre au Japon.

1. Depuis que nous avons écrit ces lignes, lors de notre pre mière édition, l'ouvrage du docteur Anderson a été achevé. Le 4* et dernier fascicule a paru au commencement de 1887 chez les éditeurs Sampson, Lowe et Marison.

En même temps, les Japonais se piquaient au jeu. Parallèlement à ce mouvement européen, il se créait au Japon un courant cl''études qui a produit d'importants résultats. Les amateurs de kakémonos, les connaisseurs en peinture y ont toujours été nombreux; les ouvrages spéciaux abondent : manuels d'iiistoire de Fart, traités didactiques, recueils d'exemples, et j'y ai puisé avec l'aide des Japonais d'excellents renseignements; mais personne n'avait encore songé à coordonner ces documents épars, à les contrôler sur les originaux conservés dans les collections privées ou dans les temples, avec les témoignages fournis par les inscriptions funéraires, avec les documents contenus dans les anciens ouvrages des xvi« et xvii" siècles, pour en former un tout conçu selon nos méthodes critiques. C'est le travail qu'ont entrepris plusieurs érudits japonais et notamment M. Wakaï, organisateur de la section japonaise à l'Exposition de 1878. Le résultat de ces recherches a été consigné dans un ouvrage, intitulé Foiiso Gouafou, « Notes sur la peinture japonaise », et non encore édité, mais dont le manuscrit, grâce à la scrupuleuse traduction et aux commentaires érudits de M. Hayashi, m'a été du plus grand secours. Ce dernier, dont l'expérience et le goût font aujourd'hui autorité, a été pour moi un collaborateur inhniment précieux, et je tiens à lui adresser ici l'expression de toute ma gratitude.

Je dois aussi à M. Antonin Proust, qui a bien voulu me les communiquer, les notes que le consulat de France au Japon lui avait fait parvenir, notes qui, dans bien des cas, m'ont permis de vérifier l'exactitude des dates fournies par M. Wakaï. J'ai puisé à d'autres

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sources encore. Je citerai en première ligne le beau livre de M. Metchnikofî, l'Empire japonais. Cet ouvrage, bien qu'il ne touciie à la matière que très indirectement, contient çà et là, au milieu de documents d'ordre purement historique, des notes d'art fort précieuses.

Plusieurs milliers de kakémonos et d'albums peints me sont passés sous les yeux, tant à Londres qu'à Leyde*, la Haye et Paris; J'ai relevé et fait traduire les signatures de beaucoup d'entre eux.

Quelques-uns des plus beaux qu'il m'ait été donné de voir m'ont été communiqués par M. Wakaï. Celuici, avec une bonne grâce dont je ne saurais assez le remercier, a obtenu des principaux amateurs de Tokio J'autorisation d'envoyer en Europe, pour quelques mois, certaines œuvres d'une authenticité et d'une rareté indiscutables.

J'ajouterai que le catalogue de la collection de peintures formée parle docteur Gierke, catalogue rédigé par lui et accompagné d'une préface historique, m'a fourni un appoint très utile.

Enfin quelques notes et rectifications me sont venues en dernier lieu de M. Fenollosa, qui a pris la peine de publier à Tokio même une longue étude critique du grand ouvrage que j'ai fait paraître en 1885^.

1. Le Musée ethnographique de Leyde renferme une collection de sept à huit cents kakémonos rapportés par Siebold.

2. L'Art japonais, par M. Louis Gonse. Paris, Quantin, i885, 2 vol. gr. in-4''.

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