ORIGINES DE LA PEINTURE JAPONAISE JUSQU AU XIV« SIÈCLE
Les débuts de la peinture au Japon resteront sans doute enveloppés, même pour les Japonais, de la plus complète obscurité. On cite le nom d'Inshiraga, artiste qui vivait à la fin du v^ siècle; mais aucune œuvre de cette époque ne subsiste au Japon. Le plus ancien tableau que Ton possède a été exécuté sous Tempereur Souiko, au commencement du ix' siècle; il représente le propagateur du bouddhisme au Japon, le régent Shiotokou Daïshi accompagné de deux serviteurs; il est encore conservé dans le temple d^Horiouji, près de Nara. Nous relevons dans le même siècle les noms de Koudara Kabanari, mort en 853, de Minamoto-no- Nobou, fils de Fempereur Saga, et de Kanavaka, auquel Pempereur Ninmio fit peindre, en 837, les panneaux de son palais. La tradition vante aussi les peintures religieuses sorties de la main de Fillustre apôtre du bouddhisme, Kobo Daïshi.
Mais on ne peut véritablement faire commencer Phistoire de la peinture au Japon qu'à Kosé Kanaoka, peintre et poète de la cour impériale au ix* siècle. Les Japonais le considèrent comme Tartiste le plus éminent de l'antiquité. M. Wakaï le croit petit-fils de Kanavaka. Tout ce que Ton peut avancer, c'est qu'il a travaillé
LA PEINTURE. *i
pendant le cours du ix* siècle et qu'il est mort vers le commencement du x®. L'empereur Yoseï lui fit exécuter, dans la quatrième année de son règne, en 880, pour la cour impériale, le portrait de Confucius et des neuf grands philosophes de la Chine; l'empereur Ouda (893-898) lui commanda une série de portraits des anciens poètes et ^ ^ savants du Japon et lui fit décorer de pein- '-^yvplT tures historiques les murs de la salle d'au- ^^ dience — le sisinden — du palais. Il peignait ■' ^ également bien le paysage, les animaux et yV^S^ les figures bouddhiques; il excellait à des- '^'^ siner les chevaux. Son style était vigoureux et fin en même temps. Quelques-unes de ses œuvres existent encore et sont conservées précieusement au Japon. Elles justifient la ^^^^^ haute opinion des Japonais pour Kanaoka. kanaoka. On lui attribue un portrait du dieu Foudo^ qui se voit dans le temple de Daïyouji, à Tokio. Il se distingue, dit M. Reed, par une grande vigueur de contours et peut se comparer sans désavantage avec les premiers efforts de l'art en Italie. M. Wakaï possède un admirable kakémono qu'il a bien voulu apporter à Paris et qui a figuré à l'exposition rétrospective de la rue de Sèze. C'est une des très rares peintures de Kanaoka considérées au Japon comme authentiques; les autres sont conservées dans quelques temples antiques de Kioto, de Nara et de la province de Bizen,
t. Cette divinité bouddhique, qui règne par la terreur et les supplices, est toujours leprésentée au milieu des flammes et tenant un sabre à pointe triangulaire dans sa main droite.
la L'ART JAPONAIS.
Le kakémono de M. Wahai représente le dieu de la Bienfaisance, Dzijo, assis sur la fleur symbolique du lotus. La couleur a un ton de vieille tapisserie passée, d"'une douceur inexprimable; le dessin a la finesse et la suavité de certaines œuvres de Fra Angelico. Cette peinture n'a rien de chinois; son idéal sévère et plein d'élégance résume les plus hautes aspirations de Part bouddhique; son exécution pleine de délicatesse, qui rappelle un peu les vieilles détrempes byzantines, nous explique les origines de l'école de Tosa. C'est bien ainsi qu'on doit se représenter l'art de ce grand ix'= siècle qui marque, au Japon, l'apogée de la culture littéraire et du pouvoir religieux.
Yosai a représenté Kanaoka peignant un portrait. Il est intéressant de reproduire cette image dont les détails, suivant les habitudes scrupuleuses de l'auteur, ont dû être puisés à bonne source.
L'école de Kanaoka a longtemps maintenu sa réputation à la cour de Kioto. Les deux fils du maître, Ahimi et Kintada, furent ses premiers et ses meilleurs élèves. L'arrière-petit-fils de Kanaoka, Kosé Hirotaka, sous le règne de l'empereur Itsijio (987-1012), est mentionné comme un grand peintre et comme un poète distingué. 11 passe pour avoir peint le premier l'enfer. On conserve de lui au temple de Tshiorakouji, dans la province d'Oumi, une composition d'un caractère original et puissant, représentant le séjour des damnés. On cite encore le nom de Taméouji qui reçut de l'empereur Itsijio le titre de hoghen.
Parmi les monuments qu'il est possible d'attribuer à cette époque archaïque et qui nous montrent précisé-
&B DIEU Dzijo, PAH KANAOKA ^Ix« sièclc). — (Collection W;ikai )
ment un art japonais empreint du caractère indo-européen, je citerai douze panneaux autrefois en la possession de M. Duvernet^ et représentant douze divinités correspondant aux douze signes du zodiaque. La figure de Kouaten est particulièrement digne d'attention; elle tient dans ses mains le croissant de la lune, qu'elle élève vers le ciel avec toute Tardeur mystique d'une vierge du moyen âge. Elle est d'un galbe exquis et égale en suavité les plus belles miniatures de l'Inde. On y remarque cette particularité d'un œil de face dans un visage de profil, indice certain de la plus haute antiquité. Ces douze panneaux, d'après l'inscription qui les accompagnait, sont la reproduction très exacte de douze peintures, du style le plus ancien, qui existaient autrefois au temple de Kounoji, dans la province de Sourouga. En i556, un prêtre du nom de Bouni, gardien d'un temple à Nagasima, ouvrit une souscription pour faire exécuter une copie de ces précieuses reliques menacées de périr de vétusté. Le peintre Monka, de Koumé, s'acquitta de cette tâche dans la même année i556. L'œuvre de Monka, menacée à son tour, fut fixée sur de nouveaux rouleaux en 1818. Il a fallu toute l'incurie des Japonais, à la suite de la grande révolution de 1868, pour laisser tomber entre les mains des Européens ces témoignages de l'antiquité de leur art national. Il est à regretter que le copiste ne nous ait pas conservé la date des originaux. On peut cependant les faire remonter au delà du x® siècle.
Le XI* siècle ne nous fournit que les noms de