‹ L'art japonaisChapitre 18 sur 76 · I. Quartier aes maisons de thé à Ye'do · texte numérisé non relu

I. Quartier aes maisons de thé à Ye'do

ÉTUDE DE FEMME, PAR SHIOUNSaÔ.

(D'après une gravure en couleurs.)

So L'ART JAPONAIS.

ses albums se de'roulent, en théories charmantes, les occupations de la femme japonaise.

Mais cet art fut mis en vogue dans la classe bourgeoise par le grand talent de Nagaharou, ^— -i-? plus connu sous le nom de Miagava Tshios- 5^^ hioun et justement estime comme un des peintres les plus raffinés et les plus sédui- ^11 sants du xvm» siècle, puis par celui de Kat- ^ f soukava Shiounshô. Les kakémonos de y^ Técole de Miagava sont rares et très recher- "-^^ chés : ils représentent généralement des r^^~ femmes du peuple ou des courtisanes.

L'école de Katsoukava, qui a produit un grand nombre de dessinateurs très habiles et deux ou trois artistes de premier rang, sans compter Hokousaï, représente, dans le genre vulgaire, deux spécialités bien japonaises: les scènes de théâtre et les acteurs, d''une part; la vie et les occupations des femmes, de ]''autre. Shiounshô, le fondateur de cette école, a travaillé presque exclusivement pour la gravure, c'est-à-dire pour les livres d'images. Tous ces recueils d'estampes en couleurs, qui font aujourd'hui encore les délices des maisons de thé, toutes ces grandes compositions déroulées dans de magnifiques paysages et de somptueux intérieurs, toutes shiounshô. ces figures d'acteurs aux gestes héroïques, au visage immobilisé dans le rictus grimaçant du masque, aux costumes flamboyants et superbes, sortent, à l'état d'origine, de l'atelier de Katsoukava, qui en eut, pendant

MIAGAVA TSHlOiHlOUN

COMPOSITION PARTOrOKOUNI T

(D'après ane gravure en couleurs,)

Sa L'ART JAPONAIS.

un certain temps, le monopole. Sobres aux débuts, nuancés seulement de quelques tons sévères, — rouges feu, verts passés, bruns fauves, noirs éteints, violets assourdis,— ces figures et ces compositions théâtrales ont suivi la loi commune ; elles se sont peu à peu enrichies de toutes les ressources de la gamme et en sont venues à Toutrance la plus extrême de la couleur et du mouvement.

Shiounshô a dû mourir vers 1790. Il eut de nombreux élèves et des imitateurs plus nombreux encore; parmi les premiers, les plus célèbres sont Shiountshio et Shiounyei, tous deux dessinateurs d'un rare talent. Mais le vieux Shiounshô reste la gloire de Fatelier de Katsoukava et Tun des plus grands artistes du Japon. Inventeur de première force, coloriste puissant, il a élargi le style de Timage au point de l'élever jusqu'au niveau du plus grand art. Ses albums de femmes, ses figures d'acteurs sont d'une élégance de dessin incomparable; il allie la vigueur des Toril à la précieuse délicatesse de Harounobou. Il trouve, sans effort, des attitudes, des gestes, d'une robustesse et d'une ampleur superbes, des colorations d'une intensité chaude et riche dont ses successeurs ont peu à peu perdu le secret. Pour moi, rien ne m'enchante, rien ne me séduit comme les grandes planches en couleurs de Shiounshô, véritables tableaux qui rivalisent avec les plus magnifiques productions de la peinture; rien ne vaut, à mes yeux, cette simplicité tout imprégnée de vie et d'accent. Ses trois chefs-d'œuvre : le Miroir des beautés de la maison verte (3 volumes, 1776), les Cent poètes célèbres [i volume, 1774) et les Eventails (3 volumes, 1769),

LA PEINTURE. 8j

tous trois ornes de gravures en couleurs, sont peut-être les plus beaux livres illustrés que le Japon ait produits.

Une brillante pléiade entourait ce maître. Parmi les peintres de l'école vulgaire qui furent ses contemporains, il en est trois qui balancèrent sa réputation et égalèrent son talent, sinon au point de vue de la grandeur du style, du moins à celui du charme de la couleur, de la vie, de la grâce et de Télégance du dessin : ce sont Kiyonaga, Eïshi et Toyoharou. Ce dernier, élève de Toyoshiro, fonda la branche de Técole vulgaire dite d'Outagava. Il est particulièrement apprécié des Japonais. Si l'en juge par une série de douze miniatures sur soie, représentant des intérieurs de théâtre et de maison de thé, Toyoharou n'aurait guère de rival, dans l'école vulgaire, pour faire vivre et grouper de nombreuses figures, pour composer une scène et nous y intéresser par mille détails d'observation. Malgré la quantité de personnages que l'artiste y a fait mouvoir (j'ai compté plus de sept cents figures de dix à quinze centimètres de haut), elles sont d'une clarté et d'une unité irréprochables. Le mélange hardi des rouges puissants, des verts chauds, des violets les plus suaves y produisent des effets de couleur d'une rare intensité.

Des ateliers de Shiounshô et de Toyoharou sont sortis la plupart des grands artistes du commencement de ce siècle, qui ont fait briller d'un si vif éclat l'art populaire ; celui de Shiounshô a vu naître Shiounzan, Shiounko, Shiounseï. Shiounman, Outamaro, Teisaï, Hokousaï, Gakouteï; celui de Toyoharou a été illustré par le grand Toyokouni et par Hiroshighé. Nous retrouverons tous ces artistes en parlant de la gravure en couleurs;

c'est par elle que leur talent s^est popularisé au Japon, c'est par elle que leur renommée a pénétré en Europe.

Outamaro, Teisaï et Toyokouni sont de grands illustrateurs et aussi d'excellents peintres. S'ils ont travaillé pour la décoration des livres, ils n'ont pas gravé eux-mêmes. L'école vulgaire, s'adressant à la classe moyenne, avait été amenée à prendre un instrument de diffusion rapide et peu coûteux. Leurs dessins et leurs peintures, mis entre les mains des graveurs, ont, pour la plupart, disparu.

Teisaï est un des plus délicieux coloristes de l'école vulgaire. La grâce originale des mouvements, la recherche sublimée des tons les plus rares, le rendu soyeux et vibrant des étoffes, tout ce qui est exécution et couleur est chez lui de qualité exquise. Teisaï devint, sur le tard, élève de Hokousaï et prit le nom de Hokouba.

Toyokouni l'ancien est spécialement peintre d'acteurs et de scènes de théâtre; j'estime qu'il est, en ce genre, le plus fécond, le plus varié, le plus expressif, le plus vigoureux qu'ait produit l'art japonais.

Toyokouni, connu aussi sous l'autre nom de peintre d'Itiyosaï, était fils d'Ashikoura Gorobé. Son nom populaire était Koumahatshi. 11 commença par fabriquer des poupées pour les enfants et déploya, dans cette première profession, un talent qui est resté célèbre au Japon. Celles-ci étaient recherchées comme des œuvres d'art. Doué des plus heureuses dispositions pour le dessin, Toyokouni étudia bientôt chez Toyoharou Outagava. 11 signa lui-même Outagava Toyokouni, et son école prit le nom d'école

LA SORTIE NOCTURNE, COMPOSITION d'OUTAMARO.

^D'après une gravure en couleur».)

d'Outagava, branche des plus importantes du style ,j^ vulgaire. Ses figures d'acteurs sont extrême- ^^^/ ment caracte'rise'es ; elles se reconnaissent ^^f^ entre toutes. Toyokouni a porté plus loin que personne la force de la mimique théâtrale. Les œuvres de sa première manière sont les plus remarquables. Il habita toute

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