ceux dont les noms ont pénétré en Europe
avec le commerce des bibelots : Okio et
>^C^ Sosen. Ce que Ton a déjà introduit de faux .*-H^pC^ Okio et de faux Sosen est iric.^Iculable. Les
^) originaux de ces maîtres sont facilement re-
0^,0 connaissables pour celui qui en a vu un; mais il faut se méfier; ils sont rares et chers, même au Japon.
Au point de vue de l'influence de l'enseignement, Okio peut être comparé à Tanyu et à Sesshiu. Son école est, avec celle de Goshin, la plus importante du xviii* siècle; elle fut même plus populaire que celle de Goshin. Son nom est au nombre des trois ou quatre que les Européens épellent dès leur arrivée au Japon. Son nom de famille était Marouiyama. Il était né en 1732, à Kioto, où il vécut et où il apprit les rudiments de Part chez Yioutshio. Il est mort en 1795.
Okio eut deux manières très distinctes. Sa manière
la plus ancienne s'inspire directement des vieux maîtres nationaux. C'est elle qui a fait la grande réputation dont il jouit encore aujourd'hui. Il a été d'abord décorateur de théâtre. Plus tard, il s'éprit de Namping et de l'école chinoise. Cet engouement se produisit lors d'un grand voyage qu'il fit à travers le Japon et qui répandit la renommée de son nom dans les villes les plus reculées. Il a produit dans l'une et dans l'autre manière, et simultanément, des œuvres remarquables et très nombreuses. Il avait poussé l'étude de la nature plus loin qu'aucun de ses contemporains. Ses motifs préférés étaient les fleurs, les oiseaux et les poissons. Ses paysages étaient aussi d'une grande délicatesse. La peinture d'Okio se distingue généralement par un extrême fini, une précision de miniaturiste. Quelques-unes de ses œuvres nous montrent cependant un Okio souple, large, vivant, et à certains égards, comparable aux grands maîtres de Tesquisse. Okio a beaucoup produit, mais ses kakémonos authentiques sont très rares. Il n'y a pas d'artiste dont les œuvres aient été plus falsifiées et copiées. Parmi ses meilleurs élèves il faut citer : Tet-
zousan, Kouakoudo, Ippô, Kiôkô et Tôsan. m-^"^ Ceux-ci ont moins d'élégance et de charme
dans l'invention des motifs que les artistes
^):t^y^ de l'école de Goshin, mais plus d'énergie et
* ]" de liberté dans le dessin. Tetzousan était
jp^.ô. d'Osaka. Il étudia d'abord les œuvres de
Sosen, qu'il égala presque pour la peinture
des animaux, puis celles d'Okio en venant se fixer à
Kioto. Ses œuvres ont du caractère et delà personnalité.
Ippô, de Kioto, est un maître original et charmant.
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Il a manié Pencre de Chine avec une souplesse et une rouerie qui Tontrendu célèbre. C^est le plus séduisant et le plus habile des impressionnistes de Técole moderne; il a tiré de l'enseignement d'Okio une quintessence de maîtrise qui lui assigne une place à part parmi les peintres du commencement de ce siècle. Il a obtenu les effets les plus justes et les plus naturels avec les moyens les plus simplifiés. Son réalisme est celui des gens comme il faut; il est assaisonné de sentiment et de poésie. Avec une demi-douzaine de coups de pinceau, il vous peindra une grue dormant dans les branches d'un pin, une maison sous la neige perdue dans la montagne avec sa mince fumée s'évanouissant sur un ciel d'hiver. L'œil n'en demande pas davantage; l'effet est saisi.
Sosen est connu chez nous comme peintre de singes. Son nom veut dire littéralement : « sennin des singes i». Il avait pris peu à peu, dit-on, les manières, les mouvements, presque le physique des singes qu'il allait étudier pendant des mois entiers dans les forêts des environs d'Osaka, vivant lui-même de fruits et de racines. Il est certain qu'il a peint ces quadrumanes avec beau-
I. Les sennins sont des saints bouddhiques, des personnages véne'rés et fabuleux que la superstition populaire place au rang des demi-dieux. Ni leur rôle ni leur caractère ne semblent bien de'finis; on leur attribue une influence bienfaisante. Le mot sennin a donc une signification générale et s'applique aune foule de personnages, dont les légendes bizarres servent fréquemment de thème à l'invention des artistes depuis les temps les plus anciens. Il y en a quelques-uns, comme le sennin portant une grenouille sur son épaule, le sennin monté sur un poisson, le sennin tenant une coupe d'où s'échappe un dragon dans un nuage de fumée ou une gourde d'où s'échappe un cheval, qui reviennent à chaque instant dans les rcprcscntations de l'art japonais.
coup d'esprit et une connaissance incomparable de leurs habitudes et de leur anatomie. On peut dire qu^aucun artiste ne les a rendus avec cette intensité de vie. Mais c'est rabaisser Timmense talent de Sosen que de renfermer dans cette spécialité. Il y a dans la collection de M. Ph. Burty un poisson lavé à Tencre de Chine, qui est une merveille de dessin large et résolu; dans celle de M. Bing, deux rats traînant un coquillage, qui sont d'une délicatesse charmante; dans celle de ^ M. Georges Petit, un daim à l'encre de
uKJ Chine, d'une vigueur superbe. Je possède ^"'"^ une biche broutant des herbes fleuries, ^ d'une nonchalance et d'une jeunesse de
^VW mouvement inimitables ; un tigre d'une souplesse féline et d'une science de dessin
SOSEN. , ,
qu'aucun artiste de 1 Europe n'a jamais surpassée. Ces œuvres de choix suffisent à classer Sosen au premier rang des peintres animaliers de tous les temps et de tous les pays.
Malgré la fécondité du pinceau de Sosen, ses kakémonos authentiques sont rares. Il suffit d'en avoir vu un pour mesurer tout l'abîme qui sépare un original du vieux maître, des copies qui pullulent chez les marchands européens. Je connais à Paris une demi-douzaine de kakémonos sur papier qui sont indiscutables. M. Bing possède un paravent, représentant des singes jouant dans un paysage rocheux, qui est dans son genre un chefd'œuvre. La force du pinceau de Sosen y éclate dans la somptuosité austère des plus beaux tons d'encre de Chine. La fermeté mordante de l'expression, la hardiesse d'exécution du pelage hirsute de ces animaux, l'énergie
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soore du dessin, y forment un ensemble admirable. Ceux qui estimeraient que Sosen est le plus grand peintre réaliste du Japon, supérieur comme animalier à Hokousaï lui-même, seraient bien près de la vérité.
Sosen était né à Osaka, en 1747. Mori était son nom de famille; son nom vulgaire était Morikata et aussi Tshikouga ; mais, en peinture, il fut connu de bonne heure sous celui de Mori Sosen et, à la fin de sa vie, sous celui de Sosen tout court. Il étudia à Pécole Shi)0 et s^inspira directement de la manière d'Okio. Il a vécu la plus grande partie de sa vie à Osaka, où il est mort en 1821. Sa renommée est générale au Japon. Les Anglais et les Américains recherchent avec passion tout ce qui porte la signature de Sosen.
En dehors des élèves de Goshin et d'Okio, et des artistes de Pécole vulgaire, quatre maîtres de grand talent illustrent la fin du xv!!!' siècle et le commencement du XIX* : ce sont Bountshio, Gankou, Tshikouden et Hôhitzou.
Tani Bountshio, deYédo, a fréquenté d'abord Tatelier de Bounleï, puis celui de Kangen; il a étudié aussi les œuvres de Sesshiu etdeTanyu. Son style porte à un haut degré Tempreinte de ces deux maîtres. Il devint le peintre ordinaire du prince Tayasou Tokougava, le Mécène des artistes japonais à la fin du xviir siècle. Il a dirigé la publication de nombreux livres d'histoire et d'art, et notamment de l'immense ouvrage Shiouko- Jisshiii. Il est mort à Yédo, en 1841, à l'âge de soixantedix-huit ans. Le meilleur élève de Bountshio e.-t Kouasan, artiste et écrivain de grand mérite. Sa manière se distingue par une extrême élégance; il est
vt?
placé par les Japonais au premier rang des artistes modernes. Ses kakémonos sont particulièrement goûtés des marchands européens.
On peut citer, à la suite de Bountshio : Totsougen d'Owari, peintre habile qui a créé un genre intermédiaire entre recelé de Tosa et les écoles de Yédo; Boumpô et Kihô, de Kioto, célèbres par leurs albums de caricatures, et Hôiyen qui a fait des paysages pleins d'air, de lumière et de transparence. On peut sans remonter jusqu'à Motonobou, Géhami ^j;3p» ou Tanyu, renvoyer aux paysages de Hôiyen J \ ceux qui douteraient encore que les Japonais aient mis en pratique les lois de la perspective. Le célèbre Gankou, de Kaga (fen i838), est cité avecTshikouden pour la peinture des fleurs ^.K. .. ,„ et des oiseaux. Les kakémonos de ces deux
artistes se vendent au poids de Tor au Japon.
Tshikouden, de Takéda (province de Boungo), est élève d'un peintre nommé Kôteï ; il a aussi étudié la manière de Bountshio. Comme ce dernier maître, il a manié Tencre de Chine avec décision et hardiesse, suivant les principes de la haute école de Kano. La collection de M. Vial, pharmacien à Paris, montrait avec orgueil un aigle posé sur un rocher au-dessus de la mer, œuvre admirable de Tshikouden. L'expression de férocité du grand carnassier, qui semble guetter une proie invisible, est rendue avec une énergie saisissante. Il est à regretter que le propriétaire de ce beau morceau en ait coupé la signature en le faisant encadrer à l'européenne. Tshikouden est mort en i835."
Avec Hôhitzou nous atteignons le summum de ce que
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l^art a produit dans le sens de la délicatesse du sentiment poétique, du raffinement de la conception purement japonaise. Hôhitzou est, si je puis dire, un fruit quinlessencié du goût de Kôrin, relevé par les hautes élégances de récole de Tosa. Il appartenait aux rangs les plus élevés de l'aristocratie, était fils de Daimio et frère du prince Sakaï Outano Kami ; il succéda à Nishi Ongouanji dans les fonctions de Daïsodu^oii (grand chef des prêtres de la religion bouddhique). Sur la tin de sa vie, après de nombreux voyages et > * un assez long séjour à Kioto, il se retira yf^^ dans un des faubourgs de Yédo, sa ville ' natale. Il y termina ses jours dans une retraite austère et indépendante, entouré de Testime respectueuse de ses concitoyens, hôhitzou. Né en 1761, il mourut en 1828. Il avait d'abord étudié à Fécole des Kano, ensuite chez Mitsousada, fils de Mitsouyoshi, de Tosa, et chez Nangakou, élève renommé de Goshin, fixé à Yédo; enfin il était entré dans Tatelier fondé par Kôrin et dirigé alors par Kano Yousen. Ses œuvres reflètent tout ce que son âme avait de distinction et de poésie ; mais si le dessin de Hôhitzou est considéré, au Japon, comme Texpression suprême de la grâce, nos yeux européens ont, comme pour celui de Kôrin, quelque peine à s'y faire. Cette simplicité expéditive et un peu fruste, qui est un régal pour des yeux japonais, est faite pour nous dérouter, car rien n'est plus opposé à nos habitudes et à nos conventions. Shiokouado, Sôtatsou, Kôrin et Hôhitzou sont les plus exquis des impressionnistes. A ce point de vue, ils ont de quoi mettre dans la joie nos chercheurs de nou-
j6 L'ART JAPONAIS.
veautés. Mais c'est rimpressionnisme d'exécutants rompus à toutes les difficultés et dont la justesse d'observation, en contact permanent avec la nature, n'est jamais en défaut. Hôhitzou est de plus un coloriste d'une sensualité délicieuse ; ses tons passés, ses nuances assoupies, vous pénètrent d'un charme voluptueux. A côté de l'éclat fugitif et léger d'une aquarelle de Hôhitzou, tout paraît lourd et vulgaire. J'ajouterai que ses motifs sont marqués au coin de la plus extrême originalité; leur caractère est reconnaissable du premier coup au milieu de l'infinie variété des productions de l'art japonais du commencement de ce siècle.
C'est à Hôhitzou que l'on doit la réunion et la publication des œuvres de Kôrin pour le décor des laques. Il en surveilla lui-même l'impression. Les dix-sept volumes de notes, croquis et dessins de laqueurs, recueillis par Yoyousaï et possédés aujourd'hui par M. Haviland, proviennent en partie de son atelier. Cette collection, rapportée du Japon en 1873, renferme plusieurs milliers de dessins du plus haut intérêt. Beaucoup sont des copies d'après Kôrin; un certain nombre, études pour décors de peignes, de boîtes et d'éventails, portent la signature de Hôhitzou lui-même.
l'école vulgaire a la fin du XVIII* SIECLE. LES PRÉCURSEURS DE HOKOUSAÏ.
Depuis Mataheï et son successeur Hishikava Mororiobou, j'ai laissé de côté l'école vulgaire. Il est temps
ÉTUDE BE FEMME, l'AR SOUK1:N'OûOU.
C« Les jolies femmes de Vcdo », 1739.)
d'y revenir avant d^atteindre Hokousaï. Ce genre de dessin va prendre au Japon, à partir de la fin du xvnr siècle, une place pre'pondérante. Il est la dernière incarnation du génie japonais. A lui seul, il nous en apprend plus, sur les mœurs, la vie publique ou intime de la nation, que tous les récits des voyageurs. Si les Japonais de bonne compagnie le méprisent encore aujourd'hui en raison de son origine populaire, pour nous. Européens, il a un attrait tout particulier. Il n'a besoin ni d'initiation ni de commentaires; il est humain, il parle de lui-même. Presque tous les représentants de cet art sont sortis des rangs du peuple.
Au commencement du xviii^ siècle, quatre artistes ont cultivé avec un grand succès le genre vulgaire: Miagava Tshioshioun, Torii Kiyonobou et Harounobou, de Yédo, Soukénobou, de Kioto. Tous quatre ont dessiné, pour la gravure, des scènes de genre, des figures de roman et des portraits. Le dessin de Torii est plein d'énergie et de noblesse; celui de Miagava se distingue par la finesse et le mordant des contours; celui de Soukénobou est tout empreint de morbidesse et de molle /| ^ élégance, tandis que celui de Harounobou I ^ brille par la hardiesse et l'originalité du SOUKÉNOBOU. coloris, par la suavité du dessin et l'incomparable élégance de la composition.
Hishikava Soukénobou, le plus fécond des trois, étudia à l'école de Yeino Kano. Il peignait de préférence les courtisanes du Yoshivara^ Dans ses makimonos et