‹ L'art japonaisChapitre 29 sur 76 · I. Kioiaï est mort dans le courant de l'année · texte numérisé non relu

I. Kioiaï est mort dans le courant de l'année

toujours d'un goût ingénieux ; elles sont parfois très originales et relevées par un rare sentiment poétique.

YOSAl.

Il me reste à parler d'un artiste qui, à certains égards, compte parmi les plus grands du Japon, et qui en est tout au moins Tun des plus illustres: Fauteur du Zcnken-Kojitsou, Kikoutshi Yosaï.

Yosaï appartenait par sa famille à la meilleure soi'.hé de Kioto. Avant de se distinguer comme peintre, il était déjà célèbre comme littérateur et \y^ comme érudit; il avait approfondi Phistoire y^^^^ des arts et des coutumes du Japon; c'était ^^^ un esprit encyclopédique et peut-être la plus 4^2I^ belle intelligence de son temps. Il apprit les fit^l éléments de la peinture dans Tateliei des Yo = Aï. Kano ; son professeur fut Yenjo. Il étudia par la suite la manière des différentes écoles de peinture, sans se lier à aucune, mais en se rapprochant de plus en plus de Pécole de Tosa. De cette étude d'ensemble poursuivie avec la vigueur qu'il apportait en toute chose est né son style de peintre, style éclectique, indépendant, et en même temps fortement individuel, mélange heureux de spiritualisme raffiné et de réalisme scrupuleux. Une conception poétique toujours élevée, toujours imprévue ; une sorte de philosophie sereine, une connaissance intime des caractères sociaux et humains de ses compatriotes, de larges et hardis coups d'aile dans le champ de l'idéal ;

LA PEINTURE

tel est le concours de hautes qualités qui composent le talent deYosaï. Cest, si je puis dire, le peintre du Japon qui a mis le plus de littérature dans son art. Le sujet et la composition jouent dans chacune de ses oeuvres un rôle auquel ses prédécesseurs n^avaient pas songé. En cela, bien que tout en restant très national, Yosaï est celui des artistes japonais qui se rapproche le plus de TEurope. Il dédaigne les recherches du coloriste ; tout en lui était tourné vers les qualités expressives du dessin, vers ridée, vers le caractère.

Un beau kakémono de Yosaï est une jouissance plus encore pour l'esprit que pour les yeux. Il n'est jamais sorti du domaine de Tart noble, mais il a dessiné les sujets les plus divers.

Lorsqu'il est venu à Tokio en 1875, l'empereur le reçut avec les plus grands éloges et lui décerna le titre de premier peintre du Japon.

Il est mort en 1878, à l'âge de quatre-vingt-onze ans.

L'œuvre de sa vie, celle sur laquelle il a concentré tous ses efforts et qui fera vivre son nom dans la mémoire reconnaissante des Japonais, c'est l'admirable

ISHIKAVA TOSHITAROU.

(D'.iprès Yosaï.)

ïti L»ART JAPONAIS.

ouvrage du Z enken-Kojitsoii (les Héros et savants célèbres du Japon), en vingt volumes, dont il a fourni à lui seul le texte et les dessins.

Si maintenant je Jette un regard en arrière sur Thistoire de la peinture au Japon, pour mettre hors rang les individualités créatrices, celles que les plus modestes japonisants devront au moins connaître, jMnscrirai ici, pour conclusion de ce chapitre, et comme au fronton du Panthéon de Part japonais, les noms de Kanaoka, Toba Sôjo, Meïtshio, Josetsou, Mitsounobou, Kano Masanobou et Kano Motonobou, Sesshiu, Kano Naonobou et Tanyu son frère, Tsounénobou, Honnami Kôëtsou, le grand laqueur; Mitsouoki, la gloire de Tosa; Kôrin, Itshio, Okio et Goshin, les promoteurs du style moderne; Sosen, l'incomparable animalier; Matahei et Moronobou, les fondateurs de Técole vulgaire ; Harounobou, Shiounshô, Eïshi, Kiyonaga, Outamaro et Toyokouni, les maîtres de Timagerie en couleurs; Hokousaï, le peintre de la vie; Yosaï, le grand poète, et Hiroshighé, le grand paysagiste.

En eux se résume la marche de Fart japonais.

Kanaoka rayonne sur les règnes des empereurs Ouda et Daïgo, à Fapogée de la puissance des Fouzivara ; il fonde au ix* siècle la peinture nationale ; comme importance historique, il est Tégal des Kano.

A la fin du xv^ siècle, les principes sont fixés; deux

LA PEINTURE

grands fleuves coulent sans se confondre jusqu^au milieu du xvni' et alimentent les floraisons ultérieures.

TïrTrrr

PRINCESSE JAPONAISE. — (D'après YoRaï.)

Toute la peinture japonaise se rattache plus ou moins à ces deux sources d'art : Tosa et Kano. L'atelier

,i(j L'ART JAPONAIS.

impérial deTosa représente l'école purement Japonaise, presque sans mélange étranger; celui de Kano appartient comme origine à Tinfluence chinoise et aux traditions du dessin cursif : c'est Pécole du coup de pinceau et du morceau de caractère.

Avec Kôrin, Itshio et Okio, les principes des deux écoles s'unissent dans une étude plus simple, plus intime, plus ingénieuse de la nature ; la vie tend à remplacer la force et la grandeur du style.

En même temps Técole vulgaire apparaît avec la nouveauté de ses horizons, la richesse infinie de ses moyens. Mataheï, Moronobou et Shiounshô préparent Hokousaï qui couronne révolution japonaise dans rindépendance absolue de toute école, de tout système, de toute convention. Il est la dernière et la plus brillante étape d'une progression de plus de dix siècles, le produit exubérant et exquis d'un âge de paix profonde, d'une période d'incomparable raffinement. A part Yosaï, qui termine la lignée des grands stylistes, tDUt gravite désormais autour de Hokousaï, tout procède de sa manière, de son génie. A sa mort commence une irréparable décadence. L'adresse de main est encore merveilleuse, comme on peut s'en convaincre en regardant les fameux pigeons de Setteï, qui appartenaient au peintre Nittis; mais le Japon imite, il ne crée plus. La révolution de 1868 est le fossé qui sépare Part d'essence purement japonaise de cet art hybride, uniquement préoccupé des besoins de l'exportation, qui sacrifie aux goûts de l'Europe comme au veau d'or. Cet art-là n'a plus rien qui parle à nos yeux et à notre imagination.

L'ARCHITECTURE

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