‹ L'art japonaisChapitre 31 sur 76 · ENCORBELLEMENT DU TOIT A TSHIOIN · texte numérisé non relu

ENCORBELLEMENT DU TOIT A TSHIOIN

ponaise au temps de Tempereur Zinmou. L^embryon a suivi sa voie naturelle de développement et le petit sanctuaire aïno, qui n'est guère supérieur aux huttes polynésiennes, est devenu, en un millier d'années à peu près, le grand temple shinto de Kassouga, à Nara.

Ce n'est pas, comme on pourrait le supposer, que la pierre soit rare au Japon ; mais les bois de charpente y ont toujours été tellement abondants et de si excellente qualité que leur emploi s'est imposé de lui-même. Dç

plus, la fréquence et Ténergie des tremblements de terre sur ce sol volcanique en ont fait peu à peu une obligation ; Pélasticité et la le'gèreté des constructions de bois pouvaient seules résister à des secousses qui eussent infailliblement renversé des monuments de pierre. Ceci étant donné, les Japonais ont tiré un merveilleux parti de Pusage du bois. Leur imagination féconde en a fait valoir toutes les ressources et ils sont arrivés au dernier degré de Phabileté technique. Les essences employées de préférence pour la construction appartiennent aux conifères, qui couvrent les montagnes du Japon et atteignent, sous ce climat, des dimensions colossales; et, parmi celles-ci, les plus estimées sont le soughi, le tsouga, le kourobé-soughi, et surtout le hinoki (variétés de sapins et de cryptomérias). Les colonnes du temple de Tshiôin, à Kioto, ou du grand temple d'Assaksa, à Yédo, égalent les mâts de nos plus gros vaisseaux et leurs jeux de perspective rappellent ceux de nos cathédrales. Les piliers du porche du temple du Daïbouts, à Nara, sont d'une seule pièce de bois et mesurent cent pieds de haut sur douze de circonférence ; la construction remonte au viii*' siècle. Les hautes pagodes à cinq étages qui ornent les enceintes de quelques grands temples bouddhiques sont des chefsd'œuvre d'ajustement et de hardiesse.

Les documents relatifs à l'histoire de l'architecture au Japon sont rares, les ouvrages indigènes sont presque muets sur cette question. Le peu de renseignements offrant quelque garantie, qui nous soient parvenus, sont fournis par les recherches de quelques auteurs européens, et notamment par M. Josiah Couder, pro-

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fesseur d'architecture au collège impe'rial de Tokio.

La tradition historique la plus ancienne remonte au i®"" siècle de notre ère. On attribue à l'empereur Ikoumé la fondation du grand temple d'Ice'»

à Vatarayé, qui est encore de nos Jours le sanctuaire le plus vénéré de la religion shinto. Ce temple fut confié à la garde de la princesse Yamato- Himé. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il ne reste rien de la construction primitive. Le temple d'Assouta, sur la baie d'Owari, fut construit au n" siècle pour recevoir le Sabre sacré. Une partie du temple d'Ouji daterait, dit-on, du v* siècle. A vrai dire, les témoignages positifs ne commencent qu'au vu*" siècle. C'est à cette époque

PAGODE DB NIKKO.

que l'on fait remonter la fondation de la miya shintoïste de Midéra^, et que sous Pimpulsion de Shiotokou-Daïshi, le propagateur de la religion nouvelle, sont construits les premiers temples bouddhiques. On s'accorde à attribuer à celui-ci rétablissement des règles et des mesures qui depuis cette époque ont présidé à la construction de toutes les téras. La téra se compose ordinairement d'une grande enceinte occupée par des jardins et par de nombreuses constructions de nature très différente, disséminées selon les accidents du sol. La végétation vigoureuse qui les entoure et dont les Japonais respectent le libre essor empêche d'en embrasser l'ensemble et fait souvent du temple bouddhique un véritable dédale.

Un temple, au Japon, est avant tout un jardin, et le nom de « cité religieuse » lui conviendrait beaucoup mieux que celui de temple. Cette remarque est indispensable pour faire comprendre le caractère de l'architecture. La poésie du paysage, ia grandeur des arbres,

I. Le mot miya sert à dénommer les enceintes qui renferment les temples du culte shinto, tandis que le mot téra est appliqué au culte bouddhique. Les miyas sont caractérisées par des constructions d'un style simple, en bois naturel et non verni; les sanctuaires ne renferment qu'un miroir de bronze, image du Soleil; les idoles en sont proscrites; les toits sont à pentes droites et en minces lamelles de sapin élégamment imbriquées. Le mot téra s'applique au contraire aux enceintes religieuses du bouddhisme; les temples des léras sont en bois peint, presque toujours sculpté et décoré avec une grande richesse; les toits, très saillants et concaves, couverts en tuiles, ont leurs pointes relevées suivant ia mode chinoise. C'est la forme du toit qui distingue plus particulièrement la construction shintoïste de la construction bouddhique.

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le pittoresque des rochers et des eaux jou::u un rôle capital. C'est au milieu des accidents les plus variés et les mieux choisis de la nature que le Japonais aime à voir s'échelonner les portiques à la silhouette élégante et monumentale ', s'étager les lanternes funéraires, les vasques en bronze, les chapelles aux magnifiques toitures, s'élancer les pagodes en laque rouge dont l'éclat puissant tranche sur la verdure des conifères. L'architecture d'un temple est en même temps l'architecture harmonieuse d'un ensemble, la plupart du temps, d'une vaste étendue. Tout architecte est un Le Nôtre. Partout éclatent l'amour et le respect de la nature. Quand on contemple ces tableaux avec un œil asservi aux accents solennels et symétriques de la platebande, de la corniche et de l'arceau, accoutumé aux alignements de nos rues et de nos parcs, on ne peut se défendre tout d'abord d'une troublante surprise. Mais si, dépouillant les souvenirs de l'éducation et les préjugés de la race, on se laisse aller à la jouissance sensuelle qui se dégage de tous ces raffinements de fantaisie et de couleur, de ce rapport parfait entre le cadre et le décor, de ce sentiment exquis et profond du secours

I. Ces portiques prennent le nom de tori dans les temples iu culte shinto. En bois laqué ou en pierre, ils en annoncent l'approche et en précèdent les avenues. Le tori, dont les formes élancées font l'admiration de tous les voyageurs, se compose, dans sa disposition la plus simple, de deux montants verticaux inclinés l'un vers l'autre, comme la porte dorique, et d'une traverse horizontale légèrement relevée aux deux bouts. Lorsqu'il est en bois, il est habituellement revêtu de laque d'un beau rouge vif. Le grand tori du temple de Yéyas, à Nikkô, qui passe pour le plus beau du Japon, est en pierre et en bronze.

que la nature peut prêter à Part, Timpression devient bien différente : la loi esthétique apparaît. Toute conception architecturale est, au Japon, un tableau où la couleur a autant d'importance que les lignes ellesmêmes. Dans cet ordre d'idées les Japonais ont composé des chefs-d'œuvre que le temps a parés d'une beauté sans égale. Ils ont trouvé la formule d'art qui répondait le mieux à leurs goûts, à leur tempérament, à leur climat.

C'est au VII® siècle que Tendzi-Tennô fit élever son palais d'Assakoura, à Siga, qui resta pendant plusieurs siècles le modèle des yashikis impériaux. Le temple de Horiouji, bâti par Shiotokou-Daishi, et quelques autres constructions de Nara datent aussi du vu' siècle; il en est de même d'une partie du temple de l'île d'Idzoukou (Idzoukou-Shima), dans la mer intérieure, célèbre par son antique et riche trésor.

Au viii« siècle, deux empereurs ont eu une grande influence sur les progrès de l'art architectural. L'empereur Shioumoun (724-749) s'est rendu illustre dans l'histoire par les encouragements qu'il a prodigués à toutes les branches de l'art et surtout à l'industrie des laques. Il passe pour avoir donné une impulsion féconde aux travaux de construction. C'est lui qui a élevé le château fort de Taga, dans la province de Moutsou, dont les ruines existent encore aujourd'hui; Yosaï l'a représenté examinant le plan de la forteresse. Les tuiles retrouvées dans les décombres sont parmi les plus anciens spécimens de céramique ayant date certaine qui soient conservés au Japon. C'est sous le règne d;;; Shioumoun que Nara, alors capitale de l'empire,

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atteignit son plus haut degré de prospérité. La porte et

la plus grande partie du sanctuaire du temple de To-

daïji (temple du Daïbouts), à Nara, sont de cette époque.

Peu après, l'empereur Kouanmou {782-806) con-

l'LAFOND DU TEMPLE DOBAKOU A OUJI.

struisit le palais impérial de Hyeïanzio, à Kioto, et fonda le grand temple d'Enriakoudzi, sur le mont Hyeïzan, qui est demeuré comme le Vatican du bouddhisme, au Japon. Il ne reste rien de la construction primitive de ce temple, sauf quelques objets conservés dans le trésor.

Kouanmou est le grand constructeur du viii^ siècle. Cest à lui que Nara doit le beau temple de la déesse Kouanon, le magasin du trésor impérial et le temple

de Hâis-îiimân. A la même époque appartiennent le temple de Todp, construit par Koba-Daïshî, et quelque^^-uns ies monuments funéraires de Koyaran.

Au Ts.* siècle, Femperear Ouda construisit le palais dn Gosho, qui devint la résidence ordinaire des sourerains i(iltBQii brûlé en partie et reédifié au xvn' siècle) ; i! fit décorer la grande salle d^'audience par Kanaoka. Ccst à peu près au même temps que remontent quelques-uns des temples de Nara, notamment le fameux temple de Kassoug-a, dédié à la mémoire de Kamatari, le premier des FoiozÎTara. Le îemple de Hatsiiiman, à Kioto, est au moins aussi ancien. Le spécimen le mieux conserve ei le plus intéressant de cène époque est le temple d^Obatou à Oup, dans la province d^Icé, fondé par «m prêtre venu de TAnnam. Le style en est, parait-il, d^mne sévérité admirable; les détails, d'une exécution sans rivale, accusent une influence iadoue. Ses dispositions fournissent le type le plus parfait de Tancàenne arcliitecture-

"\oTitomo éleva dans toute l'étendue de la région soaamàse à sa domination de nombreux châteaux forts. Les * siros i> formidables de ZézL, d^Otsou, de Minakoudi'i témoigneni de sa puissance.

Le XDT siècle est marqué par la fondation de la ville de Kamakoura et par la constraciion de ses édifices. Le Siiic^goun Yoiitomo avait tiré du néant cette bourgade et en avaii fait sa capitale. C'est li qu'il repose sous îome coloniae de granàî, ata milieu des ruines que ia végéiiiDon recouvre peu à peu de son verdoyant linceuil Ce qui reste du grand temple de Hatsiiiman, élevé par îïia aaax mânes de ses compagnons d'armes, et notam-

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ment la pagode, est bien digne de Timpression qu'en emportent tous les voyageurs. Le trésor du temple renferme les armes du grand capitaine, son armure, sa lance et son sabre de cérémonie. La ville de Kamakoura, en partie détruite par les derniers Ashikaga, ne se releva jamais. Un nom illustre, un site magnifique, un gigantesque Bouddha de bronza : c'est à peu prés tout ce qu'il en reste.

A la même époque fut construit le temple shinto, encore existant, d'Ishiyama.

Au xiii' siècle, Yoritsouné construit le temple de Tokoufoudji, à Kioto. A partir du xv«, le Japon se couvre de temples et de résidences princières. Ce n'est en réalité qu'à cette époque que l'architecture commence à revêtir les formes luxueuses qui caractérisent les œuvres des temps plus modernes. Un certain nombre de monuments de cette période ont été conservés. Parmi les plus remarquables, au double point de vue de Thistoire et de l'art, on cite le palais de Kinkakoudji, à Kioto, élevé par Yoshimitsou dans les premières années du xv« siècle, et le pavillon de Ghinkakoudji, élevé par Yoshimasa au milieu du xv* siècle, dans la même ville. Ces deux constructions se sont conservées à peu près intactes. Elles sont d'une grande élégance de formes et sont considérées par les Japonais comme des spécimens de Tarchitecture nationale dans sa pureté. D'après les photographies, il est facile de juger de leurs heureuses proportions. La décoration extérieure est fort simple; les toits, peu relevés, rappellent le galbe des toitures des temples shintos; toute la décoration avait été réservée pour Tintérieur qui était

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d^une extrême richesse. Les plafonds étaient revêtus de plaques d'argent; les boiseries délicatement sculptées. Ce qui en reste suffit à plonger les visiteurs dans le ravissement, selon l'expression de M. Dubard ^ Les jardins au milieu desquels se trouvent ces deux reliques architecturales sont des plus pittoresques de Kioto.

Les constructions religieuses du xvi'^ siècle abondent dans cette ville. M, Georges Bousquet, qui n'est pas suspect de partialité pour Part Japonais, les qualifie de « merveilles de goût et de simplicité, qui impressionnent par leur antiquité, leur encadrement et d'heureuses proportions ».

Du XVI'' siècle datent aussi, en partie, les remparts cyclopéens de la citadelle d'Osaka^. Ils sont l'œuvre du prédécesseur des Tokougava , l'illustre Taiko-Sama (Hidéyoshi), qui avait fixé sa résidence dans cette ville. Ils témoignent qu'à l'occasion les Japonais n'étaient pas embarrassés pour faire un emploi magistral de la pierre. Construit en blocs posés à cru, comme dans les remparts de la Grèce primitive, le siro d'Osaka semble défier le temps. Quelques-uns de ces monolithes mesurent jusqu'à douze mètres de long sur six de large et autant de haut, — plus de quatre cents mètres cubes ! — Le même Hidéyoshi a fait aussi construire le palais de Himkakou et le magnifique et célèbre temple shinto de Nishi-Ongouandji, à Kioto, qui fut terminé en iS/S.

Mais c'est le xvii' siècle qui est l'âge d'or de l'archi-

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