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FORTERESSE JAPONAISE

Yéyas, et le temple de Tshiôin, à Kioto, — tous deux construits par le célèbre sculpteur-architecte Hidari Zingoro, — les grandes pagodes à cinq étages de Nikkô d'Osaka et de Kioto sont considérés, à juste titre, comme les merveilles de l'art japonais arrivé à son épanouissement.

Les dimensions colossales du sanctuaire principal

ijo L'ART JAPONAIS.

de Tshiôin l'ont fait appeler par les voyageurs européens le Saint-Pierre du Japon. Quant au temple de Yéyas, à Nikkô, il n'y a qu'une voix pour lui accorder le premier rang. Comme magnificence et comme conservation, il l'emporte sur tous les autres, même sur ceux de Kioto. Comme intérêt artistique, il est bien réellement le plus admirable de l'empire et la plus splendide curiosité que les étrangers y puissent contempler.

Devant ces constructions de bois qui ont la grandeur des choses éternelles, on doic se dépouiller des vieux préjugés et se convaincre que la majesté de l'architecture tient plus à la forme qu'à la matière et que le bois, dans certains cas, vaut la plus belle pierre et les plus beaux marbres du monde.

« Au pied du temple de Gonghen-Sama, s'écrie M. Bousquet, comme devant Notre-Dame, comme à Bourges, comme à Rome et à Athènes, l'âme humaine se sent à la fois élevée et écrasée. » Au milieu d'une nature sauvage, sous des ombrages plusieurs fois séculaires, près des cascades murmurantes, l'art et l'histoire se sont unis pour déifier la mémoire du plus grand homme du Japon.

Les trois temples les plus remarquables de Yédo, par leur beauté et leur richesse, appartenaient à la même époque : ce sont ceux de la Shiba, d'Ouiyéno et d'Assaksa. On les doit aussi à Yémitsou, le grand bâtisseur. Les célèbres temples de la Shiba et d'Ouiyéno ont été en grande partie détruits, le premier par un incendie en 1873 ; le second, par la guerre civile, en 1808. Celui du faubourg d'Assaksa, dédié à la déesse

L'ARCHITECTURE. iji

Kouanon, existe encore; il est un des beaux ornements de Yédo. Ses jardins, très fréquentés par le bas peuple, ont Taspect d'une foire perpétuelle. La téra d'Assaksa est un but d'excursion bien connu des étrangers.

Depuis deux siècles, le Japon s'inspire de Timitation des types créés sous le shiogounat de Yémitsou par Hidari-Zingoro. L'histoire de l'architecture offre désormais peu d'intérêt. Les temples plus modernes de Tokio n'ont rien à apprendre à ceux qui ont vu les chefsd'œuvre de Nikkô et de Kioto.

Aujourd'hui le Japon vit sur des formules appauvries. L'art religieux est frappé à mort. Il cède la place aux usines et aux gares de chemin de fer.

L'art architectural du Japon a deux qualités dominantes : son association intime avec le caractère du paysage — ce que j'appellerai sa mise en scène — et sa décoration. C'est dans ces deux sens, plus encore que dans la structure elle-même, qu'éclatent les ressources du génie japonais. Ce que nous admirons dans un miv nuscule netzké, dans une boîte de laque ou dans n'importe quel objet usuel, nous le retrouvons dans l'ornementation d'un temple; il y a la même bonne foi d'exécution, la même loyauté de main-d'œuvre. Les plus petits détails, fussent-ils en dehors de la portée du regard, sont exécutés avec un égal scrupule. Semblables

ija L'ART JAPONAIS.

à nos admirables maîtres de métiers du xiii« siècle, les artistes japonais des belles époques jugeaient que, dans une œuvre d^'art si compliquée qu'elle fût, rien n'était indigne de leur sollicitude.

Prenons pour exemple le grand temple de Yéyas, à Nikkô. Les artistes de Yémitsou, sous la direction de Zingoro, y ont donné pleine carrière à leur débordante fantaisie et en ont fait un musée d'art qui surpasse les rêves enchantés des Mille et une Nuits.

Bâti sur les pentes de la montagne, environné d'une splendide végétation, le grand temple de Nikkô forme toute une ville au milieu de laquelle l'imagination reste confondue. Les cours succèdent aux cours, les portes aux portes, les enceintes aux enceintes; et chaque enceinte, chaque porte constitue à elle seule un ensemble du plus haut intérêt; chaque cour est ornée de bâtiments de dimensions et de formes les plus différentes : kiosques élégants, pagodes élancées, fontaines abritées sous des toits somptueux, magasins destinés à recevoir les ornements sacerdotaux ou les livres sacrés, lanternes et toris magnifiques. Les murailles sont décorées de panneaux sculptés et de frises d'une exécution merveilleuse; les toits, garnis de faîtières et de bordures en bois, en terre cuite et en bronze du style le plus pur, reposent sur des charpentes dont le travail d'encorbellement rappelle les voûtes en ruche d'abeilles des Arabes. Toutes les poutres sont polies, ajustées, comme de l'ébénisterie de luxe; toutes les mortaises sont fixées par de grands clous à tête de bronze qui rivalisent avec les plus délicates orfèvreries, et la plupart des grandes pièces de bois sont maintenues dans des chemises de

PO ri TE PRINCIPALE DU GRA,rjn TF. MPLE DE NIKKC

SCULPTÉE PAR ziNGOiio. — ■ (x V 1 : "^ c'ècle.)

métal d^un travail précieux; les montants, les linteaux des portes, sont enlacés par des branches fleuries, des dragons dans les vagues; les plates- bandes des frontons sont ajourées de bas-reliefs où courent les motifs les plus variés, animaux ou personnages, au milieu des plantes et des fleurs ; les soubassements sont décorés de grecques du plus beau caractère; les corniches, de rinceaux et de volutes, légèrement indiqués ou grassement refouillés suivant la place qu'elles occupent; les plafonds, en bois naturel, sont sculptés de caissons somptueux. Partout la vie, Tanîmation, Pimprévu, la richesse du décor, s'assouplissant sous la maîtrise du ciseau, jaillissant dans la sève, dans la force d'un dessin généreux; nulle part la surcharge ou Penflure. Le manque de mesure, la lourdeur ou la gaucherie ne sont jamais à craindre avec ces admirables artistes du xvif siècle. Chaque organe respecte sa fonction, et au besoin Taccentue; le décor s'y subordonne avec un tact dont on ne trouverait l'équivalent que dans les oeuvres de la Grèce ou des beaux temps de notre art ogival; les supports restent des supports, les points d'appui conservent leur caractère de résistance; les détails surabondants, l'excès des parties riches, sont réservés aux panneaux, aux cloisons et aux remplissages. Ajoutez à cela les chaudes harmonies des bois de pin patines par le temps, des bronzes oxydés par la pluie, des ors amortis, des tons puissants des laques, des rehauts de couleurs avivant doucement les sculptures et marquant les lignes. L'esprit reste satisfait par la logique décorative de cette merveilleuse menuiserie. M. Dresser a le premier essayé une description un

peu précise du temple de Nikkô. Il avoue, en commençant, qu'en présence de tant de détails dont chacun mériterait, eu égard à sa perfection, une étude à part, la plume lui tombe des mains; à chaque pas, il s'arrête découragé. « Pour construire le sanctuaire du grand temple, dit de son côte M. Guimet dans ses Promenades japonaises, on a fait dans la montagne une immense entaille rectangulaire. On a soutenu les terrains par trois énormes murs pélasgiques avec de grands blocs irréguliers. Et, tout en haut de ces murailles, se dresse la forêt colossale. Le spectateur a donc la triple impression du temple doré, de la hauteur des murailles qui dominent la cime des toits et de la hauteur des arbres noirs trois fois séculaires, qui s'élancent dans le bleu du ciel. » Les dessins et aquarelles de M. Conder, les photographies et quelques gravures permettent de se

CTUR E,

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