‹ L'art japonaisChapitre 34 sur 76 · DE NIKKÔ · texte numérisé non relu

DE NIKKÔ

faire une idée assez exacte de la splendeur du tableau.

La richesse des temples bouddhiques, même des plus beaux comme ceux de Tshiôin et de Nishi Ongouandji, à Kioto, est bien plus tapageuse, et la polychromie plus violente; l'effet extérieur est peut-être plus saisissant à distance, mais l'abus des dorures, des peintures vives, des vernis et des laques rouges et noirs, qui enveloppent jusqu'aux colonnes, fatigue assez vite; la forme ressentie, Famplitude excessive des toits rappellent la Chine. A Nikkô, au contraire, Part se montre essentiellement japonais; les influences qui prédominent dans l'ornementation sont celles de l'Inde et même de la Perse : c'est l'apothéose du style shinto. Le grand temple de Yéyas est bien l'expression la plus haute et la plus franche de l'art architectural du Nippon.

C'est dans les pagodes de bois, élancées et étagées que le bouddhisme a donné sa note la- plus heureuse. Rien n'est plus beau dans le paysage japonais. Ce sont les hautes pagodes en laque rouge et surtout la belle pagode de Kyomidzou, à cinq étages, qui donnent à la vue de Kioto, prise du haut des jardins du temple de Tshiôin, son plus ravissant caractère : une tache rouge sombre sur un fond d'émeraude glacé de vapeurs d'argent.

Les constructions civiles sont beaucoup plus simples; de même les théâtres. Les ponts de bois se font ' emarquer par leur étendue, leur élégance et la hardiesse de leurs courbes. Le palais du Gosho, à Kioto, aujourd'hui abandonné par l'empereur pour la résidence de Tokio, montre des parties fort belles et fort anciennes. La salle du tribunal et les appartements impériaux

L'ARCHITECTURE

peuvent être considérés comme les spécimens les plus excellents de ce genre d'architecture. La grande salle

d'audience est d'une simplicité grandiose; les murs sont garnis de grands panneaux décoratifs représentant des fleurs et des paysages; toute la richesse a été réservée pour le plafond de bois à caissons sculptés.

i;8 L'ART J A PO NAIS.

On cite encore le château de Nagoya pour la beauté de ses sculptures et de ses plafonds. Sa conservation en fait le plus remarquable édifice civil du Japon, Il fut commencé en 1610; Kiyomasa en fut Tarchitecte. Les extrémités de la faîtière supérieure de la tour principale furent décorées de deux grands poissons, formés par des lames d^or massif. Ces poissons, dont le scintillement était magnifique sous les rayons du soleil et se voyait à une très grande distance, jouissaient d'une universelle célébrité au Japon, Ils étaient d'une époque beaucoup plus ancienne que la construction du château. L'un d'eux fut apporté, en 1873, à l'Exposition de Vienne,

Je dirai quelques mots, en terminant, de la maison japonaise ou yashiki. A quelques détails près, les formes en sont constantes. Chaumières, maisons bourgeoises ou habitations aristocratiques sont bâties suivant le même plan et reproduisent invariablement le même type. La maison japonaise, toujours en bois naturel, a un aspect neutre, plutôt triste que gai, surtout à côté des temples bouddhiques peints en vermillon et ornés de sculptures polychromes.

« La partie essentielle et capitale d'une bâtisse japonaise, c'est son toit. Il est en chaume ou en bambou dans les villages, mais toujours en tuiles dans les villes C'est par le toit que commence la construction d'une maison japonaise. Lorsque cette partie principale a été achevée par terre, on enfonce de gros madriers équarris dans le terrain à la distance d'un ken (six pieds) l'un de l'autre. Derrière cette première rangée, on en élève une seconde, et l'espace entre ces deux

Z"/^. -f<Jyi'^* '

lAMtRNE EN BRONÎK DU TEMl'LK DE lA SHIBA, A TOKIO.

f^o L'ART JAPONAIS.

rangées de madriers forme la véranda, large de trois pieds qui fait le tour de l'habitation. On hisse le toit sur ces madriers, et le travail des charpentiers est considéré comme fini. Viennent les menuisiers qui pratiquent le long des madriers de la rangée intérieure des fentes dans lesquelles on fait glisser des parois assez minces en bois de sapin, qui sont les murs mobiles. La plupart de ces parois sont faites en croisées que Ton remplit, en guise de vitres, de papier plus ou moins transparent. L'intérieur de cette bâtisse est traversé de rangées transversales de madriers, entre lesquels on fait glisser des coulisses en gros papier. Ces coulisses peuvent être posées ou enlevées à volonté, selon que Ton veut avoir un grand nombre de pièces dans son appartement, ou qu'on préfère avoir des chambres spacieuses. A la hauteur de deux ou trois pieds au-dessus du sol, sur des poutres horizontales, Ton étend des planches, que Ton recouvre d'abord de paille ou de papier, et ensuite de ces belles nattes luisantes et dorées qui remplacent en même temps les tapis et les meubles. Le plafond est fait de planches encore plus minces et recouvert de papier. L'espace entre le toit et le plafond est abandonné aux rats, qui pullulent dans les maisons japonaises. L'air circule librement dans le vide qu'on laisse sous le planchera »

La décoration intérieure est des plus simples; le Japonais s'entend à merveille à mettre l'élégance la plus

I. Léon Metchnikoff, V Empire japonais. — Pour de plus amples détails sur la maison japonaise, nous renvoyons à l'excellent travail de M. le professeur E.-S. Morse, de Boston : Japanese Homes,

L'ARCHITECTURE

exquise dans la sobriété'. Une ou deux paires de paravents, quelques vases de bronze avec des fleurs, un petit panneau ou re'duit, appelé tokonoma, où Ton accroche le kakémono, quelquefois une étagère pour mettre deux ou trois bibelots de choix, et c''est tout. Seulement, si le propriétaire de la maison est un homme de goiàt, le kakémono portera la signature d'un maître et les paravents seront de véritables œuvres d'art.

LA SCULPTURE

Page 1