‹ L'art japonaisChapitre 59 sur 76 · BOÎTE EN COQ.U1LLE D ' QE U F · texte numérisé non relu

BOÎTE EN COQ.U1LLE D ' QE U F

DÉCORÉE DB DESSINS EN LAqUE D ' 0 R.

(Collection de M"'» Louis Calien.)

pour les dessins unis ; puis il couvre les parties du dessin qui doivent être en relief de couches successives d'un mélange de vernis, d'oxyde rouge de fer et de poud re fine de charbon. L'application du vernis se fait au pinceau et présente des difficultés considérables si Ton veut conserver la pureté et le flexion des lignes. Le laque étant une substance gornmeuse et épaisse, il faut tenir immobile delà main gauche le pinceau qui en est

gorgé et lui présenter le dessin en faisant tourner Tob- Jet de la main droite. Quand il y a un manque, il faut enlever le tout avec du savon. L'or en poudre est appliqué en dernier lieu, soit à la houppe, soit au chalumeau, lorsque les reliefs ont atteint l'épaisseur voulue; il est généralement superposé à une couche de poudre d'argent emprisonnée dans du vernis. Toutes ces opérations sont entremêlées de polissages et de séchages à n'en plus finir, et varient en nombre et en nature suivant l'effet que l'artiste veut obtenir. Les contours du dessin sont épurés et nettoyés avec le plus grand soin. C'est précisément à la netteté irréprochable, à la franchise des reliefs sur leurs bords que se reconnaissent les pièces d'exécution supérieure. La moindre bavochure, le plus imperceptible tremblement dans les lignes est une cause de dépréciation aux yeux des Japonais. Un beau laque doit pouvoir être scruté à la loupe dans ses plus minimes détails et conserver l'aspect d'une matière métallique taillée dans un bloc. Pour apprécier un laque d'or, il faut tenir compte, en outre, de la qualité chaude, fondue, profonde des tons d'or. Les laques modernes ont des reflets faux et cuivreux lorsqu'on les regarde à jour frisant. Si habiles que soient les laqueurs d'aujourd'hui dans la pratique du métier, ils ne peuvent plus atteindre au mordant et au serré qui caractérisaient la facture de leurs ancêtres.

Ce que je viens de dire embrasse les grandes lignes de la fabrication. Mais on conçoit que dans un art qui ne se répète jamais, oti chaque artiste apporte son individualité, son goût, son invention, le détail des procédés varie sans cesse. Tous les mélanges ont été tentés,

LES LAQUES. a;]

toutes les matières employées, toutes les colorations mises en œuvre par les anciens laqueurs. La gamme des eflfets est d^une richesse et d'une varie'té qui dépassent toute imagination. Les laques d'ors verts, d'ors rouges, d'ors jaunes, isolés, associés ou fondus ensemble, les laques de bronze, d'étain, de plomb, de fer, d'argent, les laques rouges et verts, surtout les beaux laques rouges, jouent dans les plus puissantes ou les plus délicates harmonies. Le registre du laqueur est sans limites.

Une des ressources les plus surprenantes de cet art est l'incrustation : incrustations de nacre, d'ivoire, d'écaillé, de plaques de métal, de pépites, de lamelles, de grains et de paillettes d'or, sablés, mosaïques, pointillés, semés régulièrement ou comme au hasard. Lorsque les paillettes d'or sont en grand nombre, pressées les unes contre les autres, et se condensent dans des cristallisations de sucre candi ou poudroient dans des sein tillements de mica, le laque prend lenomd'aventurine

Les aventurinés remplissent un rôle des plus impor tants dans la fabrication des laques. Ils servent généralement à décorer l'intérieur et le dessous des boîtes quelquefois, cependant, ils sont employés dans le champ même du dessin. Les laques d'or en relief sur fond aventuriné sont généralement des pièces d'une grande distinction.

Les pavages réguliers ou mosaïquages de pépites d'or dans le vernis sont le travail le plus estimé et dont la réussite est le plus difficile à obtenir. Ils n'ont guère été pratiqués qu'aux hautes époques de l'art et par des artistes renommés. Ils se composent de véritables petits pavés d'or posés un à un dans l'épaisseur du vernis

encore frais, puis polis et égalisés à la poudre à repasser. Il n^ a pas de travail qui demande plus de temps, de patience et de sûreté de main. Mais aussi quelle opulence d'aspect ne donne-t-il pas aux objets qui en sont parés! Le laque mosaïque est la suprême jouissance des yeux, et même du toucher. Il donne sous la main la sensation d'un vieux maroquin au grain doucement velouté.

Après les deux grandes familles des laques noirs et des laques d'or, frottés ou à reliefs, vient celle des laques au vermillon ou à l'oxyde rouge de fer; certains amateurs préfèrent même ceux-ci à tous les autres. Ils sont plus vibrants, plus somptueux, s'il est possible. Le rouge (sou ouroushi) des laques japonais est quelque chose d'unique et dont l'intensité n'est égalée par aucune autre couleur employée artificiellement. Des maîtres célèbres se sont adonnés presque exclusivement aux laques rouges et ont produit en ce genre des merveilles incomparables. On peut collectionner la gamme des rouges.

J'ajouterai que les laques noirs prennent, en vieillissant, des transparences ambrées et qu'au bout de plusieurs siècles, le ton noir primitif est devenu un beau brun de terre de Sienne brûlée.

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