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HISTOIRE

La fabrication des laques est le produit non d'une recette importée de l'étranger, mais de tâtonnements

LES LAQUES

successifs et d'un long empirisme. Elle est la première en date des industries japonaises. Les chroniques indigènes se contentent de nous dire qu'elle se perd dans îa nuit des temps. Sans aller aussi loin que ces ob-

BOIT B DE L AQ.U E 0EL'ÉP0Q.I)E dite de l'empereur SHIOUMOUN. (iX' SIÈCLE.)

(Collection de l'auteur.)

scures traditions, ni même aussi loin que le rapport de la commission japonaise à TExposition universelle de 1878, qui, entre parenthèses, renferme de grossières erreurs, il est hors de doute que son histoire ne remonte à une très haute antiquité et que, dès le vu* siècle de

zs6 L'ART JAPONAIS.

notre ère, on ne soit parvenu à produire des objets d'un certain mérite, ce qui prouve que Femploi du vernis était déjà connu depuis longtemps. On conserve précieusement dans le trésor impérial du temple de Todaïji, àNara, des boîtes en laque, destinées à contenir des livres de prières, qui datent de cette époque. En Tannée 880, le philosophe Shihei publia un livre intitulé Enfçishiki, dans lequel il mentionne incidemment les laques rouges et les laques d^or. Au commencement du X* siècle, un officier du nom de Minamoto-nc-Jouin fit paraître VOutsoubo Monogatay-i, dans lequel il parle avec éloges des laques d'or et des laques connus sous le nom de Nashidji (laques d'un jaune orangé parsemés de paillettes d'or). Il ajoute que ces laques étaient fabriqués par des ouvriers très renommés, sans toutefois nous donner leurs noms, et sans nous faire connaître le centre de fabrication. En 980, une femme, l'auteur célèbre du Genji Monogatari, Mourasaki Shikibou, désigne clairement un nouveau genre de laque incrusté de nacre. Des renseignements puisés à bonne source et venus récemment du Japon nous font connaître qu'à l'époque de l'empereur Shioumoun, c'est-àdire dès le viii® siècle, l'art du laqueur avait atteint un haut degré de perfection. Cette assertion, qui ne laissera pas que d'étonner quelques-uns de nos lecteurs, est confirmée par le témoignage unanime des Japonais et des Européens qui ont pu visiter le trésor de Todaiji, lors de son exhibition publique en 1875. Il n'y a, paraît-il, rien de plus admirable que les pièces de laque de cette époque, boîtes à encens décorées de sujets religieux et objets à Tusage du culte, qui s'y trouvent

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conservés et qui ont été entretenus dans un état de fraîcheur irréprochable par les prêtres préposés à leur garde. Jusqu'à la lin du ix« siècle et même jusqu'au com-

BOITE A MIROIR EN L ik Q.U E d'OR INCRUSTE DE NACRE, EXÉCUTÉE POUR LA REINE MASSACO. (xill' SIÈCLE.)

(Collection de l'auteur.)

mencement du x*, Part du laqueur poursuit ses progrès. L'époque de Kanakoa, qui fut un moment de si brillante civilisation, correspond, aux yeux des Japo-

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nais, à Papogée de cette noble industrie. Les produits ressemblent à ceux du règne de Shioumoun, mais ils sont encore plus parfaits. On connaissait déjà l'usage de la poudre de vermillon et des oxydes de fer mêle's aux vernis. L'emploi des reliefs n'était pas encore usité; mais celui des ors aventurinés était pratiqué avec une adresse consommée. Tous les laques antérieurs au x« siècle sont unis; la beauté des dessins consiste dans l'épuration et la délicatesse des contours.

Une seule pièce datant authentiquement du temps de Shioumoun est, à ma connaissance, venue en Europe. C'est une petite boîte ronde, plate, en laque brun, sertie d'une mince bague d'étain et décorée, sur sa face supérieure, d'une figure de la déesse de la littérature Monjiu, nimbée, tenant un livre et un sceptre à la main. Cette figure, qui rappelle d'une façon frappante le style de Kanaoka, est en laque d'or uni pour les chairs, en laque brun pour les cheveux et les contours, et en laque aventuriné de différents tons pour les vêtements, qui sont modelés par des dégradations d'une impondérable ténuité. Le dessin est cerné d'un trait d'une pureté extrême. Le brun chaud du fond n'est que du laque noir bistré par un vieillissement séculaire. Les tons de l'or mat et les tons des ors aventurinés sont tellement fondus et harmonieux qu'aucune autre pièce de laque ne pourrait supporter sans désavantage le voisinage de leur intensité profonde. J'en publie ici un dessin; mais la grossièreté de nos moyens de reproduction ne peut donner qu'une idée trè. lointaine de la pièce ellemême.

A cette période de grande perfection, qui constitue

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k premier âge des laques, succède une complète décadence. Cette belle industrie sombra dans les grandes tourmentes politiques qui marquent Page de fer des Taira et des Minamoto. A Tépoque où Yoritomo fondait Kamakoura, les procèdes en étaient presque ou-

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