PETITE BOITE EN I,AQ.UE ROUGE
DÉCORÉE DE POISSONS EN LAQ UE d'ûR,
PAR KOMAKOUANSAÏ,
(Collection de l'auteur.)
d'œuvre, en laque noir miroir, appartient à un autre amateur parisien; il est décoré d'un Lakan et de deux enfants endormis près d'un tigre, en laque d'or de haut relief. Kôëtsou a exprimé d'une manière admirable le calme du sommeil au milieu de la nuit. Le travail, regardé à la loupe, est d'une précision et d'une souplesse merveilleuses.
a6(î L'ART JAPONAIS.
A partir de Yéyas, le goût des objets en laque se répand dans tout le Japon et s'applique à tous les usages de la vie. On laque les colonnes, les portes et les autels des temples bouddhiques, les intérieurs des palais, les ponts, les chaises à porteurs (norimons), les voitures de cérémonie, les étagères, les cabinets, les coffres de voyage, les porte-sabres, les porte-bouquets, les selles et les étriers, les tabourets, les plateaux, les boîtes à lettres, les boîtes à gâteaux, les peignes, etc.
Shiounshio, appelé de Kioto par le Shiogoun, fonde
récole de Yédo, qui se distingue dès le début par une
manière plus large de comprendre le décor
JL» et par une grande liberté de méthodes. L'ate-
-^^T* lier de cet éminent artiste existait encore au
w milieu du xviii'' siècle.
-^ Le troisième Shiogoun Yémitsou a porté
HJ—-» à son plus haut point de développement SHIOUNSHIO. l'industrie des laques. Sous son impulsion féconde les ateliers de Yédo rivalisaient d'ardeur avec ceux de Kioto. Les laques dits de Tépoque du Sandaï Shiogoun ont conservé la faveur des délicats. Ils atteignent, et à juste titre, les prix les plus élevés. L'exécution en est d'une qualité irréprochable et peut, jusqu'à un certain point, se comparer à celle des chefs-d'œuvre du temps de Yoshimasa. Ils ont l'élégance suprême qui caractérise cette époque rafïinée.
On cite à ce moment le nom de Shimidzou Youhô, Un peu plus tard Kôhi, de Kioto, puis Yoseï, de Nagasaki, se sont distingués par l'originalité de leurs œuvres. Le premier ne travaillait guère que pour Tempereur. Il est célèbre pour ses laques noirs décorés des
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plus fines et des plus chatoyantes compositions en in-
I.NRÔ EN LAQUE DOR INCRUSTE DE NACRE, PAR MAN'ZAN (Collection de M. S. Fing.)
crustationsde nacre. Yoseï a importé au Japon le laque rouge sculpté, dit laque de Pékin, dont il a perfectionné
la fabrication au point d'en être considéré comme Tinventeur. Ses beaux rouges francs, son travail gras, n'ont aucun rapport avec les affreux pro- > î^ duits de la Chine.
)^1 L'époque de Genrokou (fin du xvii" siè-
cle et commencement du xviii°) est illustrée par deux maîtres qui comptent parmi les plus originaux et les plus éminents du Japon : j'ai nommé Kôrin et Ritsouô. L'un et l'autre ont employé et associé des YosEï. méthodes si personnelles qu'on peut dire
qu'ils ont révolutionné l'art des laques. Kôrin a transporté dans le décor et l'exécution des laques tout son esprit d'initiative, toute l'indépendance de sa fantaisie. Il a fait craquer le vieux moule dans lequel végétaient les ateliers de Kioto soumis à l'influence presque exclusive de l'école deTosa. L'action de Kôrin sur les arts décoratifs a été *. ^^ toute-puissante. Par son frère Kenzan, qui ""^"h était son sectateur convaincu, il affranchit X ^mX les écoles céramiques de Kioto de tout asservissement aux formules chinoises et acheva l'œuvre d'émancipation inaugurée par Ninseï ; par ses œuvres de laque, où kôrin il se révéla praticien de premier ordre, il força l'admiration de ceux de ses concitoyens qui étaient rebelles aux étrangetés de sa peinture. On dit encore aujourd'hui « l'or de Kôrin », tant le ton de ses laques d'or était particulier. C'est un ton sourd, puissant, égal, un peu mat, d'une chaleur concentrée et pleine de vibrations. Ses œuvres semblent taillées dans un bloc
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d^or. Le vernis coule de son pinceau comme une matière fluide et grasse. Son décor est traité par grandes masses, avec des partis pris sommaires d'une audace extraordinaire. Il tire des incrustations de nacre, d'argent, de plomb et d'étain des effets saisissants. Avec l'éiain et le plomb employés comme note grise, en surfaces minces ou en reliefs épais, il obtient des fuites de plans, des profondeurs dont il avait, il est vrai, trouvé des exemples chez les artistes anciens, mais que lui seul a amenés à cette perfection.
Parmi les rares pièces authentiques qui sont venues à Paris, je citerai particulièrement un encrier en laque d'or entièrement décoré de fleurs de kikou en burgau et en laque de plomb et d'argent. Cette belle pièce est signée, en laque d'or de relief et en pleine pâte, d'un paraphe dont nous donnons ici le fac-similé. « Il y a là, dit M. Paul Mantz *, un travail de composition qui révèle un décorateur de haut vol, une sûreté de main-d'œuvre, une perfection dans la technique à rendre jaloux les joailliers les plus adroits. Quand la lumière joue sur cette pièce aux irisations changeantes, elle donne au regard une fête sans égale. »
Ritsouô, de Yédo*, est moins un laqueur qu'un in-