‹ L'art japonaisChapitre 64 sur 76 · SIGNATURE DE KO RIN · texte numérisé non relu

SIGNATURE DE KO RIN

Tr-ro L'ART JAPONAIS.

crustateur, non pas qu'il ne se soit montré à roccasion" laqueur très habile, — comme nous le prouve la curieuse et rare boîte de pharmacie, d'un travail si parfait, entièrement en laque d'argent, qui appartient à ^ » M. Burty et qui a l'inappréciable avantage ^^ d'être signée du nom de l'artiste, et datée du

nengo Kiôhô II (1726), — mais parce que ce

^ sont ses incrustations sur laque et ses grandes

>*^ pièces décoratives qui l'ont rendu célèbre

^l ^ parmi les amateurs des deux mondes et qui

ont ieté un lustre tout particulier sur la ca-

KITSOUÔ. .'. .,

pitale des Shiogouns. Le moindre japonisant connaît les travaux de Ritsouô. Ils ont un caractère tellement tranché, si complètement japonais; les procédés d'exécution sont si originaux, l'invention est si personnelle et si franche, qu'il ne faut pas être grand clerc en matière d'art pour en être frappé. Il a fait des panneaux d'applique, des boîtes à gâteaux, des cabinets, des nécessaires à l'usage des femmes, des cantines, des plateaux, des étagères, des boîtes de pharmacie ; son ingéniosité s'est exercée sur les formes les plus diverses, son goût a relevé les objets destinés aux usages les plus vulgaires. Ritsouô est un indépendant; il n'est d'aucune école, il n'appartient à aucun genre. Entre tous les modes d'incrustations, ce sont les incrustations de céramique sur laque qu'il a traitées de préférence. Dans ce genre de travaux il a créé des merveilles dont aucun artiste n'a donné l'équivalent ni avant ni après lui, Ritsouô ne se répète jamais. Chaque objet sorti de ses mains est une œuvre complète, marquée au coin d'une recherche spéciale,

LES LAQUES. %7t

toujours intéressante. Son style a quelque chose d'étrange, d'imprévu et de sévère. Ses procédés forcent l'admiration par la difficulté vaincue, et son coloris enchante le regard par Taustérité et la vigueur des gammes employées.

Les collections de Paris et d'Amérique possèdent un assez grand nombre de pièces de Ritsouô d'une grande beauté. Nous donnons ici la reproduction d'une des plus remarquables : un danseur de Nô, en terre cuite peinte et laquée, d'un dessin vivant, d'un mouvement original.

Le meilleur élève de Ritsouô et son émule dans le travail des laques incrustés a été Hanzan. Il a fait d'admirables boîtes de pharmacie en laque d'or mat enrichies d'incrustations. Ritsouô lui accorda le droit de se servir, après lui, de son cachet. On reconnaît les pièces de Hanzan à leur délicatesse un peu plus maigre, à leur élégance plus recherchée et aussi à leur style plus moderne. K?j>^

L'école des Koma, de Yédo, fondée par Koma Kiouhakou, jouit aussi d'une grande renommée à la fin du xvn® siècle et au commencement du xvni*. Les œuvres de Koma Kouansaï , maître de premier ordre, sont ^ouj^j^j^i, parmi les plus exquises qu'ait produites l'art des laques. La perfection de ses aventurinés est célèbre; ils sont d'une pureté et d'une égalité sans rivales. Il excellait dans les laques frottés et de demi-relief sur fond de vermillon. Son atelier, comme celui de Shiounshio, a produit des élèves qui ont brillé pendant lout le cours du xviii'= siècle.

L'atelier des Kadjikava, de Yédo, dont l'origine remonte également à la fin du xvii* siècle (un Kadjikava fut appelé à la cour des Tokougava par le quatrième Shiogoun, et attaché à sa personne), égala en réputation celui des Koma, Les Kadjikava se sont rendus

KADJIKAVA. KOMA. KIYOKAVA.

célèbres par leur inros^. Tout ce qui sortait de cet excellent atelier était d'une exécution irréprochable. Les intérieurs aventurinés des inrôs de Kadjikava, à grosses paillettes riches et vibrantes comme du sucre d'orge concassé, étaient très appréciés des connaisseurs. L'atelier de la famille Kiyokava ex surtout celui des Shiômi avaient acquis une égale réputation.

Les noms de laqueurs connus deviennent de plus en plus nombreux à mesure qu'on approche de la fin du xviii' siècle. Hôdzoui, Joka (ouJokasaï, la particule saï devant être traduite par « maison de »), Masatsougou, Kouanshio, Toshihidé, Tôyô, ont été des maîtres

I. Les inrôs sont ces petites boîtes de ceinture, à un ou plusieurs compartiments s'ernboîtant, que nous appelons boîtes de piiarmacie, et qui, en réalité, sont surtout des boîtes à parfums. Il y a peu de séries d'objets où les Japonais aient répandu avec plus de profusion les trésors de leur invention décorative.

LES LAQUES

laqueurs très distingués. Ils nous amènent à Yoyousaï, qui ouvre avec éclat le xix" siècle et à Zeïshin, qui a été le dernier des laqueurs originaux.

Les laques avaient suivi révolution commune à toutes les formes de Part. Ils sont allés du simple et du robuste au délicat et au compliqué, en passant par la perfection classique du xvir siècle. Des mâles concep-

TÔY Ô.

KOUANSHIO. TOSHIHIDE. YOYOUSAÏ. ZEÏSHIN.

tiens du temps de Yoshimasa, le goût est peu à peu descendu aux mièvreries féminines, aux raffinements quintessenciés de la fin du xviii" siècle; adorables, j'en conviens, mais aussi différents de niveau que peuvent rêtre chez nous un reliquaire du temps de saint Louis d'une pendule du temps de Louis XVI. Du reste, chaque époque a du bon et chaque chose à sa raison d'être. J'admire autant que personne les ravissants et fragiles chefs-d'œuvre qui sont sortis de la main de fée des artistes japonais du xviii" siècle. La préférence que j'ai manifestée, d'accord avec les Japonais, pour les travaux plus anciens n'a point eu pour but de diminuer leurs mérites.

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