‹ L'art japonaisChapitre 68 sur 76 · CARPES DANS LES PLOTS · texte numérisé non relu

CARPES DANS LES PLOTS

(Foukousa de la coUectîon de M<nc de Niitis.)

entrer dans son intérieur le raffinement d^un délicat.

Les fonds jouent un rôle capital dans le charme de

«es broderies. Les Japonais y ont essayé les nuances

les plus rares. Il faudrait créer un vocabulaire spécial pour les désigner. Les termes de rose turc, de vert poireau et de vert bouteille, de jaune citron, mais ou feuille morte, de bleu céleste, de blanc crème, de gris d'argent, de rouge feu, de violet aubergine, y ajoutât-on tous les néologismes de nos couturières en vogue, seraient insuffisants. Il y a des tons qui n'appartiennent qu'aux foukousas et que notre teinturerie européenne n'a jamais connus.

Avant d'être brodée, la composition du dessin était tracée au pinceau sur la soie même, et les rares signatures que Ton rencontre sont celles des artistes peintres. Cette coutume explique que certains foukousas soient Tœuvre de maîtres célèbres.

Les collections de Paris renferment les plus beaux foukousas du monde. On cite, parmi les pièces monumentales, la grande carpe remontant le fil de Teau, sur fond brun, appartenante M. Alph. Hirsch.

Les foukousas du xix" siècle se font surtout admirer par le fini de Texécution. Les fameux pigeons de M. de Concourt, qui appartiennent à cette époque, sont le dernier mot du trompe-l'œil pictural.

ARMOIRIKS DE KAGA.

LA CÉRAMIQUE

Entre tous les arts du Japon l'art céramique est resté, jusqu'en ces derniers temps, le moins connu des Européens , celui au sujet duquel avaient cours les // ^o-tj><xJ-^^ idées les plus erronées. Ce n'est pas à dire qu'on ne s'en fût déjà beaucoup occupé. Bien avant les premiers 'et timides essais d'Albert Jacquemart, on avait longuement disserté sur son histoire et sur sa fabrication. Dès le xviii* siècle, les collectionneurs de porcelaines chinoises recueillaient avec empressement ce qu'en langage de marchand on appelait les « vieilles qualités du Japon ».

2P8 L'ART J APON Aïs.

Mais, ayant pris à l'origine une fausse piste, il semblait que la critique dût s'embrouiller indéfiniment dans ses propres erreurs. Il a fallu l'ouverture du Japon après la révolution de 1868, les contacts provoqués par les grandes expositions de Paris, de Vienne et de Philadelphie, la persévérance de deux ou trois collectionneurs, pour jeter quelques lueurs sur la réalité des faits de Thistoire céramique.

On ne saurait assez rendre hommage à Pesprit d'initiative et de recherche indépendante qu'ont apporté à l'étude de ces questions MM. Franks, en Angleterre, Morse, en Amérique, et surtout MM. Bing et Hayashi, en France. C'est à l'honorable administrateur du British Muséum, M. Franks, que le Kensington doit son intéressante collection de poteries japonaises et l'excellent catalogue qui l'accompagne. M. Morse, professeur à l'Université de Boston, envoyé en mission officielle au Japon, s'est livré sur place à une étude approfondie de l'histoire des centres céramiques et a formé une collection scientifique de plusieurs milliers de pièces.

Mais c'est à M. Bing, le grand importateur parisien d'objets japonais, en même temps érudit et collectionneur des plus distingués, c'est à la rigueur de ses méthodes, à la patience de ses investigations commencées à Paris dès 1878, poursuivies au Japon même et continuées sans relâche par la formation d'une des collections les plus belles et les plus curieuses qui se puissent voir, que nous devons le premier et véritable éclaircissement de la question. Aujourd'hui, grâce à lui, on peut dire que l'histoire de la céramique japonaise est faite, le canevas en est solidement tracé ; on pourra cer-

LA CERAMIQUE.

tainement en fouiller les détails, on n^en modifiera point les lignes essentielles.

L'étude des questions qui touchent à l'histoire et à la classification des produits céramiques du Japon demanderait des développements que ne comportent

POTERIE ARCHAÏQ.UE. — (CoUectioii de M. s. Biiig.)

ni la nature ni l'étendue de ce volume. Je me contenterai d'une esquisse rapide de la question et je renverrai ceux que la matière intéresse plus spécialement à la belle et très complète étude de M. Bing, que j'ai publiée intégralement dans mon grand ouvrage ^

Comme je le disais ailleurs, les poteries japonaises

I. L'Art japonais, par M. Louis Gonse. Paris, Quantin, 2 vol. gr. in-4».

apo L'ART JAPONAIS.

occupent, dans la famille de Part céramique, une des premières places, sinon la première. Je dis à dessein les poteries, car c'est principalement par le travail des terres argileuses, où les jeux d'émaux produisent des effets plus vifs, plus somptueux, plus inattendus, que les artistes du Nippon ont affirmé leur supériorité. Il convient de remarquer en thèse générale que la porcelaine dure occupe au Japon un rang secondaire par rapport à celui des terres tendres, des faïences et des poteries. Les produits kaoliniques des Japonais, si parfaits qu'ils se montrent parfois comme réussite de cuisson, ne sont en réalité qu'une imitation plus ou moins adroite des admirables porcelaines de la Chine. Les Chinois sont les poj'celaîniers par excellence, les maîtres incontestés du kaolin. Les Japonais sont des potiers sans rivaux. Chez ceux-là l'intérêt du décor le cède souvent à la beauté des matières, à l'excellence de l'exécution ; chez ceux-ci, au contraire, il reste toujours le but dominant. La conception pittoresque, le parti à tirer de la splendeur, de la transparence, de la vivacité des couvertes émaillées : telles sont les préoccupations du potier japonais. Un instinct merveilleux des lois décoratives a fait comprendre aux Japonais que la poterie, avec ses formes, ses ressources, ses moyens infinis, offrait un champ incomparable à l'expansion de leur fantaisie.

La méconnaissance de ce caractère fondamental de la céramique du Nippon a été une des entraves les plus sérieuses pour les Européens à Tétude de son histoire. En aucune autre question la somme des préjugés à déraciner n'était plus grande; à priori, il fallait presque

LA CÉRAMIQUE

api

sur tous les points prendre le contre-pied des opinions courantes. Ces porcelaines japonaises qui avaient fait les délices de nos pères, ces plats, ces potiches des fabriques d'Imari et d'Arita, à décor bleu ou à décor bleu, rouge et or, toutes ces pièces dénommées vieux

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