‹ L'art japonaisChapitre 69 sur 76 · BOITE EN PORCELAINE BLEU ET BLANC ATTRIBUÉE A SHONSOUI · texte numérisé non relu

BOITE EN PORCELAINE BLEU ET BLANC ATTRIBUÉE A SHONSOUI

(Collection de M. S. Bing.)

Hizen, dont les Hollandais avaient inondé PEurope pendant le cours du xvii® siècle, n'étaient aux yeux des purs Japonais que des produits secondaires destinés au commerce d^exportation. Jusqu'en ces dernières années, la véritable céramique du Japon, celle que j'appellerai volontiers la céramique nationale, était restée absolu-

spa L'ART JAPON Aïs.

ment inconnue des Européens. C'est à peine si quelques rares pièces de Kioto, connues des collectionneurs sous le nom de « vieux truite », étaient venues avec des envois de laques. Des centres de l'industrie céramique nous ne connaissions que les moins intéressants, les moins appréciés par les indigènes et les moins empreints de caractère personnel. Il nous suffira de remarquer que les vastes collections de Leyde, de la Haye, de Dresde, ou les pièces de Hizen se comptent par milliers, n'offrent pas au visiteur une seule pièce de Koutani, de Kioto, de Satsouma, de Bizen et d'Owari, c'est-à-dire pas une seule pièce qui permette d'entrevoir l'originalité du goût japonais en matière céramique. C'est à n'y pas croire, et cela est pourtant. Un étranger qui ne connaîtrait ni Rouen, ni Nevers, ni Moustiers, ni les pâtes tendres de Sèvres, serait dans la même situation vis-à-vis de la France. Le pire est que ces opinions fausses ont la résistance des préjugés les plus tenaces; il faudra encore bien des années pour faire comprendre aux amateurs et aux marchands de la vieille école que leurs admirations empiriques n'ont aucune valeur au point de vue japonais.

La céramique japonaise se divise donc en deux branches bien distinctes : la porcelaine et la poterie.

Le principal centre de la fabrication porcelainière est la province de Hizen où se trouvent d'importants gisements de kaolin, surtout autour de la montagne de Karat:{ou qui par suite a donné son nom à la céramique

LA CÉRAMIQUF,.

primitive de cette province. Les pièces de Karatsou, remontant au xiii'' et au xiv<^ siècle, que j'ai été à même

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STATUETTE DE F O U K O U -R O K O U , EN R A i: O U .

(Collection de l'auteur.)

de voir, présentaient un caractère barbare; elles étaient uniformément couvertes d'un émail gris, assez grossier,

épais et toujours craquelé, à la façon des poteries coréennes dont elles ne sont qu'une imitation.

C'est un potier du nom de Gorodayou Shonsoui qui rapporta de Chine vers i520 les principes de la fabrication de la porcelaine. Le village qui s'éleva autour de son premier four prit le nom d''Arita. Tout fait supposer que les pièces sorties de la main de Shonsoui étaient de timides copies de porcelaines chinoises, probablement de petites dimensions et en bleu et blanc. Ses deux élèves Goroshitshi et Gorohatshi étaient déjà plus habiles. Les pièces que j'ai vues et notamment un bol à décor en rinceaux, de style persan, bleus sur fond gris finement craquelé, témoignent des progrès de la fabrication, qui était déjà dans son plein à la fin du xvir siècle. Kakiyémon avait introduit en 1647 à Imari Tart de décorer la porcelaine au moyen de couleurs vitrifiables relevées d'or. Les Hollandais établis à Nagasaki imprimèrent aux nouvelles fabriques une vigoureuse impulsion; l'exportation s'accrut rapidement et créa une source presque inépuisable de richesses pour le prince de Hizen; la ville d'Imari devint le principal centre de la fabrication et l'Europe fut littéralement inondée de ses produits. Les pièces fines d'Imari peuvent rivaliser comme exécution avec les œuvres des céramistes chinois. Mais le décor en est un peu monotone. Ce sont bien des produits de fabrique où, sauf de rares exceptions, l'invention personnelle de l'artiste n'apparaît pas. Le type le plus connu, à décor de chrysanthèmes et de pivoines, en bleu, rouge et or, a été classé par Albert Jacquemart sous la dénomination de a famille chrysanthémo-pœonienne ». C'est là essentiel-

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lement un article de commerce exempt de toute espèce d'imprévu. Les fabriques de Delft, en Hollande, se sont applique'es à en imiter les caractères généraux. Un autre type, création particulière de Kakiyémon, est d'un ordre plus délicat. Le blanc crémeux et doux de Témaily joue le rôle principal. Le décor, au feu de moufle, se compose d'habitude d'un semis de fleurettes, employé avec sobriété, d'oiseaux élégants, de terrains fleuris que fait valoir l'exquise finesse de la couverte. La pâte est du grain le plus fin. C'est de l'étude de ce type que sont sortis les produits de Saxe et de Chantilly. Les pièces de cette sorte ont toujours été recherchées par l'aristocratie japonaise.

Dans le cours du xvni» siècle, la même province donna naissance aux centres porcelainiers d''Okavadji, de Hirato et de Mikavadji. Ces deux derniers se sont particulièrement adonnés à la fabrication des produits en blanc pur sans décor ou en bleu et blanc. Les pièces fines de Hirato sont très estimées. Leurs émaux blancs n'ont cependant jamais pu atteindre à l'incomparable douceur des vieux blancs de Chine. Par contre, les produits de ces fabriques l'emportent sur leurs similaires chinois par le choix, la variété et l'élégance des formes. Les brûle-parfums, en forme d'oiseaux, pigeons, canards mandarins et autres ou de personnages, sont des objets dignes de figurer dans les collections les plus choisies.

Beaucoup d'autres provinces se sont essayées dans les produits kaoliniques; des pièces d'un haut intérêt artistique et d'une grande perfection technique sont sorties des ateliers de Koutani et de Kioto. Mais ce n'est que dans les centres céramiques de Hizen que la production a atteint un complet et continu développement.

iç6 L'AKT JAPONAIS.

Il est certain que les origines de la poterie remontent au Japon à la plus haute antiquité. Les auteurs japonais admettent généralement que ce sont les antiques productions coréennes de Shiraki, de Koudara et de Koma qui servirent de premiers modèles aux productions indigènes. Il est, d'autre part, non moins certain que ces poteries primitives du Japon ont conservé pendant de longs siècles un caractère absolument embryonnaire et barbare, se rapprochant un peu des poteries archaïques de la Troade ou du Mexique. Au V* siècle, des fours étaient installés dans diverses provinces ; mais ce n'est qu'au vir que nous pouvons saisir des manifestations précises. Un prêtre bouddhiste du nom de Ghioghi, venu de la Corée et célèbre par la fondation du temple de Todaiji, où se trouve conservé encore aujourd'hui le trésor des anciens empereurs de Nara, donna une grande impulsion à l'industrie céramique; il passe pour avoir inventé le tour. Un certain nombre de pièces exécutées sous sa direction existent dans les trésors du temple et peuvent donner une idée des progrès réalisés. On peut voir dans mon ouvrage, V Art japonais ^^ la reproduction d'une pièce de Ghioghi appartenant à la magnifique collection de M. Bing.

La connaissance des procédés de l'émaillage ne date au Japon que du ix'' siècle. Les premières pièces émaillées dites Seïdji, à couverte de vert neutre, rappellent

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