‹ L'art japonaisChapitre 75 sur 76 · HIBOU SUR SON PERCHOIR, PAR HOKOUSAI · texte numérisé non relu

HIBOU SUR SON PERCHOIR, PAR HOKOUSAI

(D'après une gravure de la petite « Mangoua > de 18J3.)

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En 1/99, Hokousaï est déjà en pleine activité de production. Il fait paraître en Pespace de quatre ans les trois séries en couleurs des Promenades de Yédo (Yédo, 1799, 1800 et 1802). Ces dates sont importantes et nous les avons relevées sur des exemplaires de premier tirage. Elles suffiraient, sans autres preuves, à démontrer, contrairement à Topinion courante des auteurs européens, que Hokousaï s'était déjà distingué par des œuvres de premier ordre, bien avant Papparition du premier volume de la Mangoua. Le Yama Matayama (i" série), et surtout le Tàto Shokeï Itshiran (2* série, un peu moins rare que la première), comptent parmi les plus éclatantes manifestations du génie de Hokousaï; la troisième série {Ad^ouma Assobi) , presque entièrement composée de paysages, est moins bien gravée et moins intéressante. Encouragé par le succès qu'obtinrent à Yédo ces admirables tableaux de la vie japonaise, il publia presque aussitôt une quatrième série, rAd:iouma Meïsho, qui est d''une délicatesse charmante. Le coloris de ces premiers tirages est d'une saveur étrange ; les jaunes d'or, les verts passés, les rouges feu y jouent dans une gamme sévère. L'éditeur réunit ensemble ces diverses séries et en publia un nouveau tirage, extrêmement soigné, sur papier fort, en 181 5 ; un dernier tirage en a été fait vers 1840 avec des couvertures spéciales; on peut les reconnaître aux attributs de Daïkokou, gravés en bleu, que Hokousaï y a semés.

L'idée de publier de petits cahiers de dessins à l'usage de ses élèves, des écoles populaires et des ouvriers industriels paraît avoir germé dans le cerveau de

Hokousaï, vers 18 10. A ce moment, son nom e'tait déjà connu des habitants de Yédo; il avait à sa dispoposition un excellent éditeur et des graveurs de choix. Les quatorze cahiers de la Mangoiia ou Recueil des dix mille esquisses ont paru séparément en l'espace d'une quarantaine d'années. Le premier cahier parut, non pas en i8ro, comifie on le croit généralement, mais en 18 14; la préface qui accompagne le premier tirage porte la date de 1812; l'éditeur, Katano Toshiro, de Nagoya, fils de Yeïrakouya, dit dans la postface du XV* volume (supplément), publié il y a quelques années avec ce qui restait de dessins non utilisés, que le premier volume avait été publié en 18 14. Ce premier volume, d'abord admirablement gravé, fut regravé peu de temps après, d'une façon assez grossière. Cette nouvelle édition, sans texte, est beaucoup moins rare que la première. On reconnaît celle-ci au titre courant gravé et répété à chaque page ; la gravure des sujets est d'une finesse et d'une légèreté surprenantes. Il est permis de supposer que le bois un peu mou n'a pu fournir qu'un tirage très limité. Les XlIPetXIV* volumes, interrompus par la mort de Hokousaï et par celle de Yeïrakouya, survenue peu après, ne parurent qu'en 1849 et i85i. Les premiers volumes ont été, en partie, gravés par l'excellent graveur Tamékiti, auquel succéda Yégava Santaro.

L'immense succès qui accueillit le premier volume détermina Hokousaï à continuer. Il publia coup sur coup les IP, III* et IV* volumes; au V*, il avait déjà, pour l'aider dans sa tâche, quelques élèves : Bokousen, HokouGun et Outamasa, à Nagoya, qu'il qualifie

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de « collaborateurs et élèves en Owari » et Hokkei. à Ye'do*. Le VIÏI^ volume paraît dès 1 819 et le maître le signe Katsoiishika Taïto. Après le X*, la publication se ralentit. En i83o, époque où Siebold revenait du Japon, les XI* et XII* volumes, qui sont parmi les plus remarquables, n'étaient pas encore parus. Cela s'explique par la multiplicité extraordinaire des publications de Hokousaï de 1820 Jusqu'à sa mort, et des demandes qui l'assaillaient de toutes parts.

A partir de 1820, ses ouvrages de luxe ont été publiés sous sa direction, à Yédo, par des libraires associés à la maison de Nagoya. L'un des plus célèbres, parmi les derniers, est le Foiigakoii Yakoukei^ les « Cent vues du Fouziyama », trois volumes en noir et gris, parus successivement en 1884, i835 et i836. La gravure des deux premiers volumes a été exécutée par Yégava Tamékiti, le principal graveur de la Mangoua, et le troisième par son successeur, Yégava Santaro. Le premier tirage des deux premiers volumes est d'une grande rareté ; il est d'une netteté merveilleuse. On le reconnaît à sa couverture rose, gaufrée de dessins et décorée d'une petite plume de paon imprimée en bleu. 11 existe un tirage un peu postérieur, en noir et bistre rosé, qui est également très rare.

Les premiers tirages des cahiers de la Mangoua se reconnaissent à l'épaisseur du papier, à la beauté des impressions, faites de deux et trois tons gris, noir et bistre rosé, à la netteté extrême des contours qui ont

1. Note relevée sur l'exemplaire de premier tirage de la Bibliothèque nationale.

LES ESTAMPES. JJi

tout le nerveux du dessin de Hokousaï, à la légèreté des demi-teintes. Quelques exemplaires dressai ont été tirés en un seul ton rouge ou noir; le XII* volume, dans le premier tirage, est toujours en noir, sans aucune couleur. Ces tirages sont d'une rareté extrême, même au Japon, ou l'usage, le manque de soins, les incendies, les ont presque complètement détruits. Une suite, bien complète et en bon état, des quatorze cahiers est à peu près impossible à réunir aujourd'hui. Il faut ajouter qu'il est peu de productions graphiques qui offrent autant d'intérêt et de variété.

Du reste, toutes les œuvres de Hokousaï, même les dernières, sont presque introuvables en premier tirage. Un œuvre complet serait la gloire de n'importe quel cabinet d'estampes et pourrait être placé à côté de celui de Rembrandt, au sommet de la curiosité iconographique ; mais il n'existe nulle part, sauf peut-être à la bibliothèque publique de Tokio, alimentée comme la nôtre par le dépôt légal. L'une des plus précieuses collections de publications illustrées de Hokousaï qui existent en Europe est celle de la bibliothèque de l'Académie de Leyde, formée parSiebold; encore s'arrêtet-elle à i83o, et même Jusqu'à cette époque est-elle fort incomplète. Elle ne contient guère que vingt-cinq ouvrages différents, mais tous de la plus grande beauté, en premier tirage et dans un état de conservation irréprochable.

Si l'on réunissait les diverses collections publiques et privées qui ont été formées à Paris et à Londres, on serait encore loin d'avoir un œuvre complet de Hokousaï. Ce que cet homme prodigieux a créé dépasse

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toute imagination, Il n'existe pas dans l'histoire de l'art un autre exemple d'une fécondité pareille. Et je ne parle pas d'une fécondité courante, banale, je parle d'une invention toujours forte, personnelle, grandissante, d'une activité toujours en éveil, d'une imagination toujours éprise de nouveauté et de sincérité.

Le chiffre des ouvrages illustrés par la main de Hokousaï dépasse très notablement la centaine, et celui des volumes atteint au moins cinq cents. J'estime que le nombre des motifs et compositions de toutes sortes gravés sur les dessins de Hokousaï s'élève à plus de trente mille.

La variété des sujets n'est pas moins étonnante. Hokousaï a illustré des livres de toute nature : romans (quelques-uns ont quarante, cinquante et même quatrevingt-dix volumes), poésies, livres humoristiques, albums comiques, itinéraires, topographies, descriptions de pays, traités d'éducation et d'enseignement, etc.; il a dessiné des couvertures de livres, des affiches de théâtre, des enseignes; il a même composé des suites erotiques, comme beaucoup d'autres artistes de l'école vulgaire. Il a créé un monde où tout est animé d'une vie intense. Son œuvre est un tableau complet du Japon, une véritable encyclopédie expressive et pittoresque.

J'ai donné, dans mon grand ouvrage sur VArt japonais^, la bibliographie des ouvrages de Hokousaï telle que de patientes et minutieuses recherches m'ont permis de l'établir. Cette liste s'élevait déjà au chiffre plus

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