L'art & les artistes
Ce travail embrasse une période de quinze années : le plus ancien des articles qui y sont reproduits remonte à 1861 ; le plus récent, inédit, a été écrit en 1876.
Il m'a semblé intéressant de les réunir, autant pour moi que pour les artistes et les amateurs d'art qui voudront se donner la peine de les lire.
Les principes sur lesquels repose la critique d'art ne sont pas moins ondoyants et divers que ceux de la politique, et on ne peut guère plus reprocher à un philosophe de l'art les transformations dans son esthétique, qu'on ne pourrait condamner un homme politique pour avoir sincèrement changé d'opinion.
La vérité n'est absolue qu'en mathématiques. Tout ce qui impressionne, tout ce qui passionne, tout ce qui appartient au sentiment et au goût, tout ce qui peut éveiller la contradiction, irriter ou charmer l'esprit, troubler ou éclairer la conscience, est sujet à changements lents ou subits. Personne ne peut affirmer qu'il pensera demain, sur telle question donnée, de la même façon qu'aujourd'hui.
Il n'y a que deux [raisons de marcher en droite ligne dans le chemin de la critique, de la philosophie, de l'esthétique : le premier et le plus commun est d'avoir un parti pris, par exemple de suivre quand même le principe de la révélation, l'idée romantique, une fantaisie déterminée ; le second est de s'appuyer ou sur le vrai, ou sur la justice relative.
Il est rare alors qu'on s'égare. On est dans la bonne ou dans la mauvaise voie, et l'on y reste, sa petite lumière à la main.
Je crois être dans la bonne voie; si je disais le contraire, on aurait le droit de me répondre : Gardez donc pour vous vos élucubrations et des opinions dont vous doutez vous-même.