‹ L'art & les artistesChapitre 9 sur 18 · PEINTURE MATE · texte numérisé non relu

PEINTURE MATE

« Trois matières sont employées dans ce procédé :

« La matière colorante ; la matière adhérente ; la matière délavante.

« Toute matière colorante peut servir; dans l'usage ordinaire, on emploie :

« Le blanc de zinc ; le noir d'ivoire ; l'ocre jaune ou jaune de Naples ; la terre de Sienne ; le bleu de Prusse ; le vermillon de Chine ; les laques ordinaires.

« La matière adhérente est la térébenthine de Venise.

« La matière délayante est l'essence de térébenthine, ou l'alcool.

a PROPORTION ET PREPARATION DES MATIERES.

« La matière colorante doit être broyée en poussière impalpable.

« Les matières colorante, adhérente et délayante seront mesurées dans la proportion suivante :

« Couleur : 3 parties ; térébenthine : 1 partie ; essence : 2 parties.

« On fera dissoudre au feu doux la térébenthine de Venise, dans l'essence, jusqu'à homogénéité parfaite. A ce liquide on ajoutera la

1 Veuve Parent et fils, montagne de Sion, 17.

couleur. Le tout sera conservé dans des vases hermétiquement fermés ou dans des flacons bien bouchés.

« Les couleurs ainsi préparées seront en tout temps à la disposition du peintre. »

Tel est le procédé. Wiertz donne beaucoup de détails sur son emploi. Il paraît facile à mettre en œuvre; on peint sur toile écrue sans préparation. Pour les peintures décoratives, il me semble qu'on en pourrait faire usage, et qu'il remplacerait, avec succès, la peinture à la colle en bien des cas. C'est aux peintres à en faire l'essai.

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La petite ville de Commines, par une singu- . larité qui sans doute n'est pas unique à notre époque, est à la fois française et belge. La ligne invisible des frontières la traverse de part en part. Sans avoir un double caractère social et familial, sans être plus belge que française, elle a de doubles organes et elle est sollicitée par des courants contraires. En certaines circonstances, cette malheureuse bourgade, ainsi violemment désunie par des lois insensées, pourrait se trouver tout à coup forcée à se déchirer de ses propres mains. Une guerre entre la France et la Belgique serait pour Commines une guerre civile, une guerre de famille. Les voisins, qui aujourd'hui vivent en parfait accord, se tireraient des coups de fusil ; le « face à face » , maintenant affectueux et souriant, deviendrait haineux et tragique. Ainsi, les régulateurs de nos destinées déclarent raisonnables les absurdités les plus étranges...

194 LART et les artistes

C'est dans cette ville hybride que Charles de Groux est né. Le hasard lui a fait, pour la première fois, ouvrir les yeux et jeter son premier cri parmi les Français de Commines. Il est donc Français, né de parents français, Français de par sa naissance.

Sa famille vint s'établir à Bruxelles en novembre 1833. Charles était le septième des dix enfants de Joseph de Groux, fabricant rubanier. Il fit à Bruxelles ses études d'écolier. C'est à Bruxelles qu'il se développa physiquement et moralement. Sa véritable existence a commencé à Bruxelles et s'y est achevée. Il s'est imprégné de nos idées; il n'a connu que nos mœurs; il s'est nourri de notre histoire et il a eu nos aspirations. Lorsqu'il eut atteint sa majorité, comme il appartenait à la France, il crut devoir se résigner à la condition de réfractaire ; il ne craignit point le titre de fugitif, de déserteur : c'était se déclarer Belge. Bien plus, il fit des tentatives pour qu'une loi régularisât sa position : il demanda aux Chambres des lettres de naturalisation qui lui furent accordées, mais dont des circonstances inutiles à rapporter ici empêchèrent l'efficacité. De Groux est donc Belge volontairement ; il l'est par son travail et par ses mœurs. Un accident seul l'avait fait Français.

Ceci importe peu, du reste. Il ne faut point attacher d'importance à ces questions de nationalité, à une époque où les idées étroites engendrées par le patriotisme disparaissent peu à peu, malgré les violences et les intérêts

monarchiques, pour faire place à la solidarité et à l'union.

Ces observations n'ont d'autre but que de ranger Charles de Groux parmi les peintres du Nord, dans une catégorie qui a sa raison d'être, comme tout ce qui est local et caractéristique. L'art a et doit avoir une physionomie personnelle, tout en restant social et humain. L'artiste appartient à la fois à un coin de terre et au monde tout entier. Par les idées, il est universel; par l'expression de ces idées, il fait partie d'un milieu déterminé, qui lui donne son individualité en développant ses facultés naturelles.

Tous les exils volontaires obéissent à cette loi de l'esprit cherchant son foyer, son atmosphère. A toutes les époques, des artistes, attirés vers des pays souvent absolument différents du pays où ils sont nés, se sont expatriés. Les Flandres, au xvie et au xvne siècle, envoyaient à l'Espagne et à l'Italie un assez grand nombre d'artistes. Quelques uns de ceux-là, comme Mabuse et Antoine Moro, sont devenus peintres italiens ou espagnols, se transformant ainsi que les animaux et les plantes transportés d'un climat dans un autre. A notre époque, ces migrations sont plus nombreuses encore ; elles suivent le courant moderne, qui tend, malgré les aptitudes spéciales des races, à unir plus intimement entre elles les diverses nations de la terre. En choisissant la Belgique, de Groux a certainement cédé à ses instincts d'artiste. Bien que l'idée de porter le costume militaire lui fût

antipathique au plus haut degré, nulle répugnance ne l'eût empêché de redevenir Français à l'âge de raison, si son penchant et ses goûts ne l'avaient énergiquement retenu à Bruxelles.

Comme tous les jeunes gens emportés par ce qu'on nomme une vocation, de Groux eut bientôt fait d'abandonner les études ordinaires pour s'adonner aux rêves qui le sollicitaient.

Je ne sais à quels travaux ses parents le destinaient, — car c'est l'étrange coutume des parents de contraindre leurs enfants à occuper telle situation sociale, bien avant que leurs aptitudes ne se soient révélées. Il est probable que les vœux de de Groux ne reçurent pas un bon accueil dans sa famille, et qu'il dut combattre pour conquérir sa liberté. L'art est généralement considéré comme funeste dans la bourgeoisie, où l'on rencontre plus d'esprits pratiques que d'augures et de poètes. Ce n'est pas un mal, car les tempéraments véritablement artistes triomphent toujours de l'opposition qu'on leur fait; et c'est bien, parce que, sans ces difficultés, des esprits médiocres innombrables envahiraient le domaine de l'art, par pur amour de la liberté.

Ce qui est certain, c'est que, vers 1843, de Groux devint élève de Navez. Il fréquentait depuis quelque temps déjà l'Académie des beaux-arts, que Navez, à cette époque, était parvenu à organiser très intelligemment.

Lorsqu'il entra à l'atelier de peinture de la

rue Royale, il composait surtout des sujets historiques, et c'est le moj^en âg*e qui l'attirait plus particulièrement. Le romantisme n'était pas mort à cette époque, et de Groux se laissait influencer par les bruits et les images qui nous venaient de Paris. A dix-huit ans, d'ailleurs, rien de ce qui est véritablement personnel ne s'est encore manifesté dans l'homme : il n'y a que de rares cas exceptionnels. De Groux aurait pu alors déjà illustrer quelque grand ouvrage en reproduisant sur bois les composi-. tions qu'il crayonnait chez lui, dans ses moments perdus. Si j'ai bon souvenir, il lithographia quelques unes de ses compositions, qui étaient bien « ordonnées » . Il croquait avec facilité et avec goût des groupes de chevaliers, de châtelaines et de pages, en chasse avec de beaux lévriers élégants et rapides. Il montrait des jeunes filles à robes tramantes, accoudées à quelque balcon, cherchant des yeux à l'horizon l'amant « fier » qu'un tuteur « cruel » leur défendait d'aimer. On pouvait voir, dans ces essais, que l'esprit de de Groux pénétrait aisément, bien entendu à l'aide des travaux des réalistes du passé, le caractère des époques disparues, les traits distinctifs des êtres et les mœurs de nos ancêtres.

Mais ce n'était là que le bégaiement et la première expansion d'un talent qui devait produire plus tard des œuvres originales.

Il se montra bientôt un peintre assez bizarre et, s'il faut tout dire, peu apte à interpréter la nature à la façon des maîtres.

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Ses études d'après le modèle vivant ou le plâtre moulé sur les statues antiques n ont pomt donné les promesses ordinaires; le mode le pla cide ou animé, paraissait le Btupefie^nte coniant, il perdait son sang-froid, il semoiau même n'avoir plus idée des proportions et des "uTeurs La plupart de ses têtes V étude ^mtes chez Navez étaient monstrueuses, colossales, deuxoutroisfoisplusgrandesque nature Navez

que Prenez un mètre, si vos yen* ne vous guident pas; donnez à vos têtes ™8* <^[ fentimètres de hauteur, un peu plus, un peu moins : ainsi vous resterez dans es propor tions humaines. Nous ne sommes plus au siècle Ts o-éants » Et Navez riait en regardant de

GrouÎ qui Itait petit et frêle ; il semblait dire

«Comment diable ces énormités peuvent-elles

sortir de ce bout d'homme-là.' »

Un muet désespoir s'emparait de de Gjoux,

aussitôt que « le maître » avait quitté 1 atelier

il effaçai? son étude, allait s'asseoir auprès du

poêle et demeurait à songer dans son coin,

immobile, pendant des heures

Je ne crois pas que jamais de Groux ait

une bonne étude peinte d après nature

A l'Académie, il n'obtint non p us d grau de

distinction que dans les concours de compo.

tion Là, il était réellement « chez lui » dan, son domaine. Il avait une imagination très

«3 le de* maîtres peintres religieux, tout en

L;erdr,lUne.Certaine "0te déJà individuelle Las de chercher en vain la réalité, il se livra

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