ALEXANDRE DUMAS
On a plus de plaisir à parler d'œuvres sérieuses , et parmi elles je citerai de Biellazzi le Petit Pâtre endormi sur la terre dans une pose simple et naturelle, le beau buste en habit moderne du vieux marquis de Brignole-Sale , par M. Rota, et le Cromwell assis dont M. Borghi nous montre le plâtre. 11 est un peu traité en ébauche, et le bronze lui conviendra mieux que le marbre; mais il a de la force et du caractère. Dans cette exposition, le sculpteur italien qui est à la tète et de beaucoup, c'est M. Giulio Monteverde. Son tombeau du comte Massari a de grands mérites. Le sarcophage, qui pyramide en gorge diagonale, est couvert de beaux rinceaux de feuillages qui se souviennent heureusement de Verrochio ; le cadavre , quoique sans bandelettes , est peut-être un peu trop serré dans son linceul à la façon du Lazare giottesque ; mais la femme ailée, qui est debout à sa tête, et qui se penche vers lui en encadrant de ses bras l'oreiller sur lequel il repose, est d'une belle silhouette générale. Quant au Jeûner, dont la Galette a déjà donné le dessin, il est encore supérieur. La ligne du groupe du médecin inoculant le vaccin sur son fils , qu'il tient sur ses genoux, est tout à fait trouvée; elle est pittoresque, personnelle et remarquablement appropriée au sujet. On ne saurait mieux rendre la bonté et le soin ferme et délicat avec lequel le père tient l'enfant qui voudrait se défendre. 11 y a là une idée, et elle est rendue; cela est autre chose que les tours de force d'exécution.
La classification du livret force à dire ici quelques mots de la Belgique, bien qu'en réalité sa sculpture ne se sépare pas de celle de la France. Elle a été atteinte de même par la réforme de David , plus tard par le mouvement romantique, et tous, en particulier Geefs et Simonis , ont souvent exposé chez nous. Aujourd'hui les deux sculpteurs dont on parle le plus sont M. Ducaju et M. Pescher, et la renommée les a peutêtre mis un peu trop haut. Ce que j'ai vu en Belgique de M. Ducaju est ardent et plein de verve, mais surtout avec la liberté de l'ébauche, et les éloges que j'ai lus du buste de Rubens par M. Pescher me faisaient attendre tout autre chose. Il me paraît lourd et gros plutôt que d'une grande tournure, et, en s'inspirant de plus près du goût architectural du maître, le piédestal pourrait avoir plus de caractère et d'accent. En même temps qu'eux l'on verra avec plaisir le buste d'enfant par M. de Groot, un beau buste d'homme otîiciel par M. Paul de Vigne, la tète en bronze de M. Victor Lagye par M. Pescher, qui, je l'avoue, me touche plus que son Rubens, et, dans les statues : la Clytie debout, sculptée à Rome en 1872 par M. Paul de Vigne, où l'amoureuse, en tendant vers le soleil
une fleur, préserve avec son bras gauche ses yeux éblouis parles ardeurs rayonnantes de son amant; VEnfant au léiard, par M. Bouré, dont le corps nu, étendu sur le sol, est d'un modelé fin et charmant; le groupe bien agencé de Daphnis assis et de sa chèvre par M. Cattier, et de M. Vanderlinden le bronze de Calixta, hésitant entre la statuette du Jupiter de ses ancêtres et la croix du nouveau Dieu, sujet bien compliqué, qui se résume de lui-même en une bonne figure de jeune femme assise et plongée dans ses pensées, ce qui suffit et au delà à la sculpture. Je citerai encore de M. Samain une Jciiiic Paysanne romaine fort belle