‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 19 sur 117 · THÉSÉE COMBATTANT LE CENTAURE BIEN OR · texte numérisé non relu

THÉSÉE COMBATTANT LE CENTAURE BIEN OR

(Bronze de Barye.)

ments emportés par le vent, semble remarquable ; mais elle est si haute qu elle paraît plutôt petite. On n'eût pas, je crois, pu la faire plus grande, car elle est posée sur le faîte d'un lanternon à jour, qui ne serait pas, mais qui, à cause de sa transparence, paraîtrait trop faible pour être le piédestal d'une figure assez grande pour être d'en bas bien visible. C'est déjà beaucoup de pouvoir en dire que la silhouette du mouvement est bonne ; mais on peut regretter de n'en pas avoir dans les jardins, sur une colonne, une réduction qui permettrait, en continuant de la voir encore de bas en haut, de se rendre compte du mérite réel de la figure.

Quant aux figures allégoriques qui se dressent sur les terrasses de la galerie demi-circulaire et s'imposent moins, elles sont aussi trop loin de Toeil pour faire autre chose que se découper sur le ciel. Dans cette grande foire des yeux et de l'esprit, on n'a pas encore eu le temps d'en distinguer les différences et les valeurs, mais les sculptures de la descente ont déjà toute leur importance. Dans les six groupes assis sur la terrasse d'où tombe la cascade, le plus remarqué, avec VAsie de M. Falguière, est VAfrique de M. Delaplanche, dont nous donnons le dessin. Comme de raison, c'est ce qui nous est le plus étranger qui, par sa difficulté même, a été le plus heureux, et la même chose s'est produite dans la suite des Nations qui décorent la façade extérieure du grand vestibule du Champ de Mars. Dans ces travaux d'ensemble, surtout quand ils sont hâtifs, la valeur du thème rencontre rarement toute la conscience qui serait nécessaire pour les bien traiter, et ici trop de figures sont absolument des poncifs. Qn y a vraiment abusé de la figure couronnée et convenue, qui sert à tout et n'exprime rien. Il y aurait eu mieux à faire en se préoccupant davantage du type national, qui eût été bien autrement caractéristique. Les seules qu'on remarque sont V Indienne de M. Cugnot, chargée de colliers et de bijoux comme les statues des déesses indoues; la Chinoise de M. Captier, et surtout la Japonaise de M. Aizelin, tout à fait jeune et élégante, avec un arrangement de costume des plus heureux, ainsi qu'on le peut voir dans le croquis même de l'artiste. Le Japon, du reste, a du bonheur au Champ de Mars, car VAsie de M. Falguière est née au Japon, et, si nous ne nous défendions de penser à ses bronzes, ils nous détourneraient de tous nos devoirs.

On a déjà parlé ici môme des groupes d'animaux qui cantonnent le bassin inférieur de la cascade. Le cheval est peut-être un peu dégingandé, et V Éléphant àQ M. Frémiet ne se masse pas de tous les côtés d'une façon heureuse. C'est de près seulement qu'il a toute sa valeur quand on l'isole poLU- le regarder en lui-même ; il aurait mieux valu lui donner dans l'architecture une place unique et prépondérante que de le mettre en pendant avec des animaux d'une autre taille. Cela a mené forcément à le réduire relativement, et, sans que beaucoup de gens s'en rendent compte, c'est ce changement d'échelle qui en diminue les mérites et l'efi'et. 11 ne paraît pas beaucoup plus grand que les autres, et l'on est choqué de cette inégalité. L'article de M. Gonse a donné le dessin du Bœuf de M. Caïn, et Ton n'oubliera pas la belle ligne de Tanimal dressant la tête et regardant au loin ; on y a vu également, d'après un pittoresque dessin de l'artiste, le

Rhinocéros de M. A. Jacquemart, peut-être le plus remarquable et à coup sûr le plus difficile de tous à réussir. Avec ses formes lourdes, avec ses plaques d'armures qui restent immobiles, rien ne paraît moins sculptural. L'artiste s'en est tiré, et il est impossible de ne pas être frappé par le sentiment de cette force pesante, lente à éveiller, mais qui, une fois excitée, sera furieuse et irrésistible. C'est vraiment un tour de force, et il ne faudrait pas défier l'artiste de faire une belle chose avec un hippopotame.

FRAGMENT DE LA StATUë dOlOSSALË DË iA tlBERTE, PAR M. BARTHOLDI.

(Dessin de M. A. Gilbert.)

On le sait, tous les groupes de la cascade sont en fonte dorée. J'avoue pour ma part que je les aimerais mieux en bronze. La richesse toute matérielle en fait d'art m'est rarement sympathique et me paraît moins souvent une beauté qu'une exagération ou, dans un autre sens, une diminution. Certainement pour la Renonunée du faîte, comme pour le Génie de la colonne de la Bastille, la dorure est une nécessité pour éclairer la forme à cette distance et devenir un point lumineux ; mais l'éclat est bien facilement trop fort, et la dorure du dùm2 des Invalides l'alourdit plutôt et lui ôte de son élégance. Par un temps sombre, évidemment, la dorure éclaircit ; mais au soleil elle écrase, et l'on ne distingue plus le mauvais

du bon. Ce n'est pas un avis général; de bons esprits approuvent complètement la dorure, et il faut se souvenir à quel degré les anciens l'appliquaient aux statues de leurs temples et de leurs rues. Il peut aussi y avoir là pour nous un manque d'habitude, et Toeil est déjà fait à la dorure des groupes de l'Opéra, à propos desquels il faut cependant remarquer qu ils restent dans la condition de l'éloignement, que la gamme de la façade de rOpéra, bien plus franchement polychrome que Taspect du Trocadéro, demandait cette note indispensable, et aussi que leur éclat est déjà très adouci. Quand ceux du Trocadéro se seront un peu éteints, quand la blancheur de la pierre ne sera plus aussi crue, il se produira sans doute une harmonie qui ne peut exister au premier jour.

On a vu dans le premier article un croquis du char d'Apollon par M. Allard, qui couronne l'entablement de la porte monumentale de M. Sédille ; il faut l'ajouter par la pensée à celui que nous donnons également de la porte elle-même. On parle, et ce serait peut-être désirable, de conserver le grand quadrilatère des galeries extérieures du Champ de Mars. Les bâtiments des Beaux-Arts, construits dans la longueur de l'axe, disparaîtraient ; mais l'œuvre majestueuse de M. Sédille trouverait facilement sa place pour revêtir l'intérieur de l'une des grandes entrées. Elle y gagnerait même, parce qu'il serait alors facile de lui donner plus d'importance. La largeur était commandée ; toutefois sa hauteur n'est pas aujourd'hui dans la proportion qu'elle demande. 11 lui faut un tiers en sus de montant latéral, et l'on n'aura pas de peine à ajouter de chaque côté trois grands noms de plus ; il faut à ses pieds-droits une base moulurée plus haute et plus ressentie. Encadrée et serrée comme elle est, on ne s'en aperçoit pas d'abord. Ce qu'on y voit, et à juste titre, c'est le grand air et l'élégance du dessin, c'est l'éclat franc et vraiment décoratif des colorations émaillées. M. Lœbnitz, auquel on doit l'exécution de la partie du potier, y a montré un véritable sentiment de la franchise nécessaire à la coloration architecturale. Comme invention et comme exécution, la porte de M. Sédille est sans conteste au Champ de Mars le morceau le plus heureux de céramique monumentale.

La richesse du présent, les promesses de l'avenir ne doivent pas nous faire oublier de compter encore dans les rangs des sculpteurs français ceux qui viennent de disparaître, en laissant de côté Rude et David d'Angers, morts depuis assez d'années pour appartenir au passé et relever désormais de la postérité.

Perraiid n'avait pas, comme eux, l'invention et la fécondité; mais c'était un sculpteur consciencieux, amoureux de l'élévation de la forme, plus masculin que féminin, et chez lequel le morceau contribuait à l'accent

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